
Comme je découpais des tranches de collier d’agneau, j’en profitai pour les dégraisser et les petits morceaux de graisse blanche s’entassaient. Ils m’évoquèrent le gras du jambon cru, que certains inconscients ne dévorent pas, et même le lard gras immaculé dont Francisco faisait ses délices au petit-déjeuner, après avoir trait les vaches. Quand je me levais assez tôt pour l’accompagner dans sa tournée (les voisins accrochaient la veille leurs bidons à la grille, nous les remplissions du lait tout frais tiré et les redistribuions), il m’en offrait une tranche épaisse et moelleuse qui cédait lentement sous la dent. Je naviguai de gras en gras jusqu’à ce gras jaune du foie gras qu’on réservait pour des pâtes d’anthologie…
Mais le jaune m’emporta ailleurs et je songeai aussi aux graisses artistiques contemporaines, avec l’inénarrable charlatan chaman Beuys et ses blocs de graisse se décomposant lentement (Fat Chair, 1964-1985 : le boc graisseux posé sur une chaise mit vingt à rancir et se dissiper), ou l’infecte Teresa Margolles qui fait tomber « chaque minute au sol une goutte de graisse humaine, prélevée après autopsie sur des cadavres de personnes assassinées au Mexique » jusqu’à ce qu’« une flaque immonde se forme au sol, épaisse et suintante » (Caìda Libre, 2005).…








