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La tequila made in Marseille : l’autre mexicanisation de la France

La tequila, c’est d’abord un cliché. Un soleil de plomb, des pistoleros à la barbe drue et un rituel à ravir les touristes : on saupoudre sa main gauche de sel et on avale la tequila d’un trait. C’est le « shoot Ay Caramba » vomitif populaire des fêtes étudiantes.

Au Mexique, l’ancêtre de la tequila fut une boisson fermentée de jus d’agave, appelée le « pulque ». Cette boisson qui provoquait l’ivresse était connue depuis longtemps lorsque les Aztèques l’intégrèrent à leurs rituels. Dans la mythologie aztèque, Mayahuel était la déesse de l’agave et de l’ébriété mystique. Elle était représentée visuellement au cœur d’un grand agave, les fleurs de la plante émergeant de son torse.

© Benjamin de Diesbach pour l’Incorrect

L’arrivée des conquistadors au seizième siècle bouleversa les modes de vie. Les Espagnols imposèrent leurs institutions politiques, ainsi que la distillation. Ce procédé permit de transformer le jus des agaves en alcool.…

Partout les saints : Saints époux Martin

Louis et Zélie Martin (nés respectivement en 1823 et 1831) passeraient aujourd’hui pour des tocards aux yeux du monde. Jugez plutôt : Louis, fils de militaire, est un enfant paisible et pieux, qui songe d’abord à devenir religieux, ce qu’on lui refuse car il ne connaît pas le latin. Horloger méticuleux et chrétien fervent, il aime les soirées avec ses amis, la pêche, la chasse, la méditation et le jardinage. Pas de refus d’obtempérer, pas de protoxyde d’azote, pas de tweets rageurs : Louis Martin qui, à l’âge canonique de trente-quatre ans, n’est pas marié, passe facilement pour quelqu’un de chiant. Zélie, elle, c’est un peu pareil : fille de militaire elle aussi, vieille fille à vingt-sept ans, elle a voulu être religieuse. Décidément… Dentellière pleine de délicatesse, elle prie Dieu de lui faire rencontrer son mari, et hop ! Là aussi : pas de selfies, pas d’OnlyFans, pas de tutos de pétasse, Zélie Martin n’est pas une figure qui parle aux jeunes filles de notre temps.…

Marc Guyot, ou la permanence du style

Un ciel lourd se fait sentir sur la capitale. Paris, lustrée et sale comme une vieille noblesse, s’ébroue dans le courant des rues de Seine, de la Madeleine et de la rue Pasquier. Nous marchons vers un homme qui, depuis trente ans, refuse le compromis de la mode et le fatalisme du temps. Derrière une vitrine discrète, une échoppe sans esbroufe, se dresse l’univers de Marc Guyot. Tailleur, bottier, styliste, mais d’abord artisan du style, dans l’acception la plus noble et la plus française du terme.

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Il nous reçoit en costume rayé bleu et blanc. Lunettes sur le nez, chevelure soigneusement peignée, maintien droit. Une élégance sans affectation. On pense à Jean Rochefort, à Marcello Mastroianni ou à un vieil acteur de la Comédie-Française exilé dans l’univers du vêtement. Mais l’homme ne joue pas. Il est dans son élément. Il est ce qu’il porte.…

Les 10 commandements du sartorial débutant

1 – Acheter de l’excellente seconde main : connaître ses tailles, passer du temps sur internet, commencer par des choses classiques qu’on est sûr de porter au quotidien (des chemises, une ou deux belles vestes, des chaussures marron,
ce genre de choses).

2 – Jamais de courses dans un magasin : les enseignes de centre commercial sont de mauvaise qualité et suivent la mode. Les grandes marques misent tout sur le marketing pour fourguer leurs trucs. Et en plus, personne n’a envie de passer son samedi après-midi dans la foule, surtout pas pour acheter des fringues.

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3 – Investir dans une belle montre : d’occase bien sûr ! Quelque chose qui était portable avant mai 68, quelque chose que votre grand-père aurait pu porter (de manière générale, toujours imiter davantage le style de son grand-père que celui de son père…) et que vous pourrez donner à votre petit-fils.…

Mes chaussettes rouges : l’élégance au pied levé

Comment est née l’idée de Mes Chaussettes Rouges ?
C’était en 2009. On était encore étudiant, et j’essayais désespérément d’acheter des chaussettes rouges Gamarelli, celles des cardinaux. Mais la boutique à Rome était toujours fermée le week-end. Après plusieurs tentatives, on s’est dit qu’on n’était peut-être pas les seuls à vouloir ces chaussettes-là. Alors on a lancé un site rudimentaire, avec cinquante paires, trois couleurs : rouge, violet, noir. Et à notre grande surprise, la première commande a épuisé tout le stock d’une référence. On a compris qu’il y avait un créneau. Petit à petit, on a élargi la gamme. On a collaboré avec un tailleur d’académiciens, puis on a lancé notre propre marque, Mazarin. Aujourd’hui, « Mes Chaussettes Rouges » propose près de 1 000 modèles, avec des longueurs, couleurs, matières et usages très variés. Notre obsession, c’est la justesse : une belle chaussette, confortable, qui tombe bien, et qui dure.

Romée de Saint Céran : Tablier de sapeur
Il pourrait être tailleur à Savile Row ou dandy suranné des beaux quartiers, mais il est illustrateur, père de famille et habite Lyon. Romée de Saint Céran a fait du vêtement un art discret, une ascèse joyeuse, un contre-pied élégant à la société du costume gris. Pour ce consultant devenu dessinateur, l’art sartorial n’est pas une coquetterie : c’est un code, un langage, une manière d’habiter son corps. [...]
17 juin 1898 : Guerre hispano-américaine, ou l’été rhum-coca
Au crépuscule du XIXe siècle, Cuba est, avec Porto Rico, le dernier vestige de l’immense empire espagnol des Amériques. Plus pour longtemps peut-être, car en 1895 y éclate une guerre d’indépendance. La répression espagnole, qui passe notamment par l’internement massif des civils cubains dans les premiers camps de concentration de l’histoire, révolte l’opinion publique américaine, excitée par les quotidiens à grand tirage. De plus en plus de responsables politiques réclament une intervention militaire à but humanitaire sur l’île au large de la Floride. [...]
Trop brève défense de la chemisette, passeport pour le kif estival
C’est une erreur fréquente des jeunes élégants de stricte observance : le mépris de la chemisette, assimilée à une chemise à manches courtes alors qu’elle en est à l’opposé. Évidemment, ils pensent tous aux sous-chefs des années 80 et 90, avec leurs chemises trop grandes dont les manches semblaient coupées, ornées d’une poche poitrine d’où dépassait un stylo quatre couleurs. Ces gars-là avaient des moustaches, des lunettes en métal à kidnapper des enfants, des pantalons un peu courts, des chaussettes de sport et des Méphisto à semelle de caoutchouc. Ok. Ils pensent peut-être aussi aux ayatollahs du style, ceux des années 30 à 50, comme Cary Grant, qui disait que s’il voulait une chemisette, il roulait les manches de sa chemise. C’est normal : quand on débute, on a l’intransigeance intranquille du converti. Tout ce qui flirte avec les bords du cadre est immédiatement suspect d’hérésie. Et puis, avec le temps, on grandit, on s’installe confortablement dans sa propre personnalité. On est moins irréprochable à mesure qu’on devient plus exemplaire. [...]

L’Incorrect

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