Skip to content
L’honneur d’un doigt

« Enfin, quoi que vous puissiez penser de ses idées extrémistes, reconnaissez que ce doigt d’honneur, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ! En même temps que son calme, votre Z. a perdu toute crédibilité, toute stature de présidentiable ! Vous avez entendu Gilles Bouleau sur TF1 le soir de sa déclaration de candidature, lorsqu’il a mis en parallèle le doigt d’honneur infligé par votre gougnafier à cette pauvre Marseillaise, et le doigt présidentiel qui pourrait être amené à presser le bouton nucléaire…

Si le dîner était resté calme, c’est parce que Mathilde, en maîtresse de maison avisée, s’était arrangée pour qu’on ne parle ni de politique, ni du pape François. Et voici que Chantal de S., affalée dans un fauteuil avec un verre de chartreuse jaune à la main, se lançait à corps perdu dans une diatribe contre sa bête noire du moment. [...]

Éloge des pectoraux
Chères lectrices, vous n’êtes plus attirées par ce beau pompier à la mâchoire carrée et aux muscles saillants. Non. La science le dit, ou à tout le moins Bernard Andrieu, philosophe et professeur en STAPS en Sorbonne. Les codes de l’attirance sexuelle changent. On choisira dorénavant son partenaire si ledit partenaire n’existe qu’en deux dimensions. Les néo-féministes y lisent un désintérêt pour les schémas traditionnels de l’attirance sexuée. Finis aussi les gentlemen aux tempes grisonnantes et aux costumes impeccables ! Ils sont relégués au rang de reliques d’un lointain passé, celui où nos idiotes de grand-mères n’avaient pas accès au chéquier ou au bon goût. Place à l’homme déconstruit, quoi que cela veuille dire. [...]
Boire au Moyen Âge : le sarment d’hypocras

Il y a trente ans les fêtes médiévales de Provins ou du Puy-en-Velay apparaissaient comme des évènements locaux folkloriques. Aujourd’hui, à l’arrivée des beaux jours, les fêtes médiévales sont omniprésentes. Troubadours, cracheurs de feu, artisans et danseurs animent les villes de caractère. Le spectateur retrouve le goût de l’aventure avec les tournois de chevaliers et les spectacles de voltigeurs. Cet engouement des Français pour leurs racines se confirme dans le succès des émissions historiques à la radio ou à la télévision. Cette quête des racines n’est pas spécifiquement française. En 2005 dans son ouvrage Qui sommes-nous, Samuel Huntington constatait qu’à l’ère de l’économie mondialisée, la crise des identités nationales est devenue un phénomène mondial. Depuis, le parc d’attractions historique Le Puy du Fou exporte ses concepts en Espagne, en Chine et en Russie.

Fantasmé ou non, le Moyen Âge est considéré comme une période héroïque. Ripailleur et grand buveur, l’homme médiéval n’est pas torturé par le doute et la haine de soi. « Voilà ce qu’était qu’être un chef au Moyen Âge, affirme le populaire Papacito : Être un titan d’os, de muscles et de graisse, vivant la vie par tous ses reliefs sacrés. Le vin irriguait le corps par un flot de sang christique. [...]

Vers la féminité

Trouver des sources d’inspiration 

Pas besoin de réinventer l’eau chaude tous les matins. On « triche » facilement en piochant des idées de femmes qui nous inspirent et font vibrer notre petit cœur. Remisons la jalousie au fond de l’armoire et partons fouiller sur les réseaux ou chez le libraire. On s’achète la biographie d’Aliénor d’Aquitaine, on suit la talentueuse violoniste Zhang Zhang, on copie le dressing de Femme à Part ou de l’ex-danseuse de 72 ans Britt Kanja. Zappez illico dès qu’un contenu est rédigé sous forme « inclusive ». 

Se modérer

Féminine, pas « girly » ! On ridiculise et caricature souvent la féminité en la présentant comme ringarde, réservée aux greluches aux ongles 10 bornes et au teint plâtré en orange. Le maquillage se doit de mettre en valeur le visage, pas de le dissimuler. La modération passe aussi par le langage : on peut très bien insulter quelqu’un sans utiliser le moindre mot vulgaire (exception autorisée pour le moule à gaufres qui vous a grillé la priorité).…

Les robes qui volent sont-elles de droite ?

Pour des raisons qui m’échappent, ou que je ne peux considérer sans tristesse, Durex a décidé de lancer « une campagne ludique et authentique », Le Sex en Vrai [sic]. Évidemment, il s’agit moins d’être ludique que d’être « sans tabou », ce qui est quand même devenu une gageure ; je propose d’ailleurs de lancer un Conservatoire national des Tabous, pour la préservation des modalités sociales préhistoriques et historiques telles que la civilité et la bienséance ; mais c’est une autre histoire. Or donc, et comme l’affirme avec force et courage Benjamin Caspari, Category Marketing Manager chez Durex (ça existe), « cette opération répond à notre volonté d’inclusion et de libération de la parole. Nous souhaitons aborder la sexualité de manière ouverte et sans tabous, en parlant de sujets cruciaux comme les premières fois, la confiance ou encore le consentement. Notre but est de donner la parole aux jeunes mais aussi d’informer et de prévenir notamment sur l’importance du dépistage et de la protection ». On n’est pas plus citoyen, au sens républicain du terme (un sens républicain confère à n’importe quel objet, comme le préservatif, une indispensable aura de respectabilité sanitaire et progressiste, comme M. Blanquer a pu le démontrer).

Pour ce faire, Durex a fait appel à l’influenceuse Romy (« Romane pour les intimes. Pocket-sized girl who loves fashion, animals and icetea. »), blonde aux sourcils et au mufle travaillés. Cliquant sur le compte Instagram de Romy, je suis tombé sur un statut du mois d’octobre où Romy affirme qu’elle se sent « cute » en « purple », avec un commentaire éloquent : « Omgggggg ! » ; commentaire émanant de flyingdressfrance, qui vante les mérites de se faire prendre en photo avec une robe de soie volant au vent grâce à sa très longue traîne, et un ventilateur. [...]

Savoir-faire des ostréiculteurs français : huîtres à la douzaine

Parmi tant d’huîtres toutes closes / Une s’était ouverte, et bâillant au soleil / Par un doux zéphir réjouie / Humait l’air, respirait, était épanouie ». Silencieuse, belle et heureuse, ainsi Jean de La Fontaine décrit l’huître en 1678. Dans le livre VIII, la fable du Rat et de l’huître est une confrontation entre la suffisance comique d’un rongeur et la noblesse du coquillage. La beauté de l’huître charme les grands poètes comme le vulgum pecus depuis la préhistoire. Recouverte de nacre blanche et mauve à l’intérieur, sa coquille est bivalve (composée de deux parties). Les Grecs prêtaient à la coquille une valeur aphrodisiaque. Moins coquins dans la journée, ils s’en servaient aussi comme bulletin de vote. Ainsi les Grecs gravaient à l’intérieur de la coquille le nom de l’homme politique qu’ils souhaitaient bannir de la cité. Cette pratique a donné le terme d’ostracisme en français (de ostrakon, la coquille).…

Inspirantes ou désespérantes, les princesses

Mako du Japon, une Jasmine moderne

Fille de Fumihito, prince héritier du Japon, la princesse Mako avait tout pour plaire. Discrète, belle et éduquée, elle aurait fait l’honneur et la fierté de son pays. C’était compter sans le jeune Kei Komuro, rencontré à la prestigieuse université chrétienne de Tokyo, qui remporta le cœur de Mako. Scandale dans la maison impériale : ce jeune homme n’a aucun sang noble. Pire, il a les cheveux longs. Le service en charge du protocole leur dénie le Choken no Gi, cérémonie officielle de l’annonce des fiançailles auprès de la famille régnante. Certains japonais manifestent même contre cette union, revendiquant de préserver la tradition. Mais Mako persiste : elle aime profondément Kei, et sa détermination l’emporte. Un compromis émerge : elle épouse sans frasques Kei Komuro le 26 octobre dernier, signant simplement un contrat au tribunal. Pas de banquet, pas de dot impériale pour Mako. On apprécie sa mesure et sa réserve, qui lui ont gagné le respect des médias et une vie de bonheur, en dépit du carcan de traditions nippones. On lui enlèvera quelques points pour sa garde-robe, monotone et ne réussissant pas à la mettre en valeur.

Meghan Markle du Royaume-Uni, la marâtre

À l’inverse de Mako, la roturière américaine divorcée a tout voulu : enlever le Prince Harry à sa famille, se marier en grande pompe et critiquer les traditions de la maison Windsor. Désormais exilée en Californie, elle partage son temps entre rendre son mari dépressif et envoyer des piques à sa belle-mère par caméra interposée. Les médias tendent tous les micros possibles à Meghan : elle en profite pour y exhiber ses tenues qui confondent l’élégance et le prix. Convaincue d’avoir compris sur les plateaux de tournage la manière dont fonctionne le monde, elle assène des leçons d’écologisme et de dénatalité à longueur de tabloïd. Harry, si tu as besoin d’aide, fais-nous un signe. [...]

Les lichens sont-ils de droite ?

Il y a peu de temps, j’étais dans un cimetière. Nous enterrions un mari, un père, un frère, un ami… Le cimetière était petit, villageois et familier?: vieilles tombes au bord de la ruine, marbres modernes luisants et froids, inscriptions lisibles, à moitié effacées ou même fondues, et toutes ces plaques, aux poèmes convenus et navrants.

Alors que nous nous dirigions vers la fosse, nos pas marquant un sol sableux, je regardai les vieilles croix de pierre grise, mate et comme adoucie par le temps. Les lichens jaunes, verts et gris les constellaient discrètement, minuscules galaxies végétales apposées sur un symbole qui défie le temps et l’espace. Elles croissent aussi lentement que la lumière des étoiles lointaines réussit à nous atteindre. [...]

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest