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Vers la féminité

Trouver des sources d’inspiration 

Pas besoin de réinventer l’eau chaude tous les matins. On « triche » facilement en piochant des idées de femmes qui nous inspirent et font vibrer notre petit cœur. Remisons la jalousie au fond de l’armoire et partons fouiller sur les réseaux ou chez le libraire. On s’achète la biographie d’Aliénor d’Aquitaine, on suit la talentueuse violoniste Zhang Zhang, on copie le dressing de Femme à Part ou de l’ex-danseuse de 72 ans Britt Kanja. Zappez illico dès qu’un contenu est rédigé sous forme « inclusive ». 

Se modérer

Féminine, pas « girly » ! On ridiculise et caricature souvent la féminité en la présentant comme ringarde, réservée aux greluches aux ongles 10 bornes et au teint plâtré en orange. Le maquillage se doit de mettre en valeur le visage, pas de le dissimuler. La modération passe aussi par le langage : on peut très bien insulter quelqu’un sans utiliser le moindre mot vulgaire (exception autorisée pour le moule à gaufres qui vous a grillé la priorité).…

Les robes qui volent sont-elles de droite ?

Pour des raisons qui m’échappent, ou que je ne peux considérer sans tristesse, Durex a décidé de lancer « une campagne ludique et authentique », Le Sex en Vrai [sic]. Évidemment, il s’agit moins d’être ludique que d’être « sans tabou », ce qui est quand même devenu une gageure ; je propose d’ailleurs de lancer un Conservatoire national des Tabous, pour la préservation des modalités sociales préhistoriques et historiques telles que la civilité et la bienséance ; mais c’est une autre histoire. Or donc, et comme l’affirme avec force et courage Benjamin Caspari, Category Marketing Manager chez Durex (ça existe), « cette opération répond à notre volonté d’inclusion et de libération de la parole. Nous souhaitons aborder la sexualité de manière ouverte et sans tabous, en parlant de sujets cruciaux comme les premières fois, la confiance ou encore le consentement. Notre but est de donner la parole aux jeunes mais aussi d’informer et de prévenir notamment sur l’importance du dépistage et de la protection ». On n’est pas plus citoyen, au sens républicain du terme (un sens républicain confère à n’importe quel objet, comme le préservatif, une indispensable aura de respectabilité sanitaire et progressiste, comme M. Blanquer a pu le démontrer).

Pour ce faire, Durex a fait appel à l’influenceuse Romy (« Romane pour les intimes. Pocket-sized girl who loves fashion, animals and icetea. »), blonde aux sourcils et au mufle travaillés. Cliquant sur le compte Instagram de Romy, je suis tombé sur un statut du mois d’octobre où Romy affirme qu’elle se sent « cute » en « purple », avec un commentaire éloquent : « Omgggggg ! » ; commentaire émanant de flyingdressfrance, qui vante les mérites de se faire prendre en photo avec une robe de soie volant au vent grâce à sa très longue traîne, et un ventilateur. [...]

Savoir-faire des ostréiculteurs français : huîtres à la douzaine

Parmi tant d’huîtres toutes closes / Une s’était ouverte, et bâillant au soleil / Par un doux zéphir réjouie / Humait l’air, respirait, était épanouie ». Silencieuse, belle et heureuse, ainsi Jean de La Fontaine décrit l’huître en 1678. Dans le livre VIII, la fable du Rat et de l’huître est une confrontation entre la suffisance comique d’un rongeur et la noblesse du coquillage. La beauté de l’huître charme les grands poètes comme le vulgum pecus depuis la préhistoire. Recouverte de nacre blanche et mauve à l’intérieur, sa coquille est bivalve (composée de deux parties). Les Grecs prêtaient à la coquille une valeur aphrodisiaque. Moins coquins dans la journée, ils s’en servaient aussi comme bulletin de vote. Ainsi les Grecs gravaient à l’intérieur de la coquille le nom de l’homme politique qu’ils souhaitaient bannir de la cité. Cette pratique a donné le terme d’ostracisme en français (de ostrakon, la coquille).…

Inspirantes ou désespérantes, les princesses

Mako du Japon, une Jasmine moderne

Fille de Fumihito, prince héritier du Japon, la princesse Mako avait tout pour plaire. Discrète, belle et éduquée, elle aurait fait l’honneur et la fierté de son pays. C’était compter sans le jeune Kei Komuro, rencontré à la prestigieuse université chrétienne de Tokyo, qui remporta le cœur de Mako. Scandale dans la maison impériale : ce jeune homme n’a aucun sang noble. Pire, il a les cheveux longs. Le service en charge du protocole leur dénie le Choken no Gi, cérémonie officielle de l’annonce des fiançailles auprès de la famille régnante. Certains japonais manifestent même contre cette union, revendiquant de préserver la tradition. Mais Mako persiste : elle aime profondément Kei, et sa détermination l’emporte. Un compromis émerge : elle épouse sans frasques Kei Komuro le 26 octobre dernier, signant simplement un contrat au tribunal. Pas de banquet, pas de dot impériale pour Mako. On apprécie sa mesure et sa réserve, qui lui ont gagné le respect des médias et une vie de bonheur, en dépit du carcan de traditions nippones. On lui enlèvera quelques points pour sa garde-robe, monotone et ne réussissant pas à la mettre en valeur.

Meghan Markle du Royaume-Uni, la marâtre

À l’inverse de Mako, la roturière américaine divorcée a tout voulu : enlever le Prince Harry à sa famille, se marier en grande pompe et critiquer les traditions de la maison Windsor. Désormais exilée en Californie, elle partage son temps entre rendre son mari dépressif et envoyer des piques à sa belle-mère par caméra interposée. Les médias tendent tous les micros possibles à Meghan : elle en profite pour y exhiber ses tenues qui confondent l’élégance et le prix. Convaincue d’avoir compris sur les plateaux de tournage la manière dont fonctionne le monde, elle assène des leçons d’écologisme et de dénatalité à longueur de tabloïd. Harry, si tu as besoin d’aide, fais-nous un signe. [...]

Les lichens sont-ils de droite ?

Il y a peu de temps, j’étais dans un cimetière. Nous enterrions un mari, un père, un frère, un ami… Le cimetière était petit, villageois et familier?: vieilles tombes au bord de la ruine, marbres modernes luisants et froids, inscriptions lisibles, à moitié effacées ou même fondues, et toutes ces plaques, aux poèmes convenus et navrants.

Alors que nous nous dirigions vers la fosse, nos pas marquant un sol sableux, je regardai les vieilles croix de pierre grise, mate et comme adoucie par le temps. Les lichens jaunes, verts et gris les constellaient discrètement, minuscules galaxies végétales apposées sur un symbole qui défie le temps et l’espace. Elles croissent aussi lentement que la lumière des étoiles lointaines réussit à nous atteindre. [...]

L’art et les manières

On pourrait résumer les bonnes manières en listant une suite de règles de protocole. Certains livres le font d’ailleurs très exhaustivement, comme le bien connu Manuel de savoir-vivre de Nadine de Rothschild, seul livre par lequel jure votre Tatie Danièle, heureuse propriétaire de douze chats. Tout ceci reste cependant assez lointain et un rien ringard. Pour nous autres simples mortels, difficile de s’y retrouver dans cet empilement de codes sans l’aide d’un bon avocat. Pourtant, rien de bien sorcier.

Intello social

« Plus qu’une suite de règles, le savoir-vivre est l’art de mettre tout le monde à l’aise » explique Bérangère de Montebois, experte en savoir-vivre. Cette pétillante jeune femme de 28 ans vient de lancer, en compagnie de Cédric Kannengiesser, l’école L’art de vivre à la française, proposant un ensemble de formations à la bienséance. « Rien de rigoureux ou de trop codifié ! Il s’agit avant tout d’une démarche d’estime de soi et des autres ». Bref, mettre ses interlocuteurs en confiance, par de simples petites actions, une harmonie de gestes et de paroles qui éviteront à tout le monde un aller express pour Malaise TV. « Dans un monde qui nous infantilise, nous pousse à avoir des comportements instinctifs, presque animaliers, le savoir-vivre nous appelle à une exigence envers nous-mêmes », souligne notre experte. Si mamie vous enguirlandait pour que vos pieds dégagent de sa table basse, ça n’était pas qu’une question d’hygiène ; après tout, on sait que cette table basse sera nettoyée trois fois avant le coucher du soleil. Elle vous épargne de mauvaises habitudes, qui seraient gênantes lors d’un dîner chez vos collègues. Le vrai « vivre-ensemble », en somme. [...]

Difficile d'expliquer à Timéo qu'il faut tenir la porte aux filles quand on lui répète à longueur de programme télé que les filles et les garçons, c'est pareil

Pisse-mémé et des orties

La verveine?: Rien de tel qu’une verveine bien tassée pour faire passer la nausée. Une cuillère à soupe infusée pour une tasse d’eau frémissante fera disparaître les lourdeurs d’estomac. Il vous faudra au moins ça pour digérer les slides montrant Bruce devenue Caitlyn Jenner devant lesquelles vous devez faire semblant de vous extasier. Bonus : la verveine détient également des effets légèrement narcotiques. Aussi, vous pouvez en préparer à l’avance en prévision de la réunion sur l’énergie éolienne.

La camomille?: Cette plante miracle recèle des propriétés anxiolytiques et relaxantes. On en fait infuser une cuillère à café dans une tasse d’eau bouillante pendant 10 minutes, et on l’avale d’un trait. Bien préparée, elle vous évitera de ricaner nerveusement devant l’intervenant, tout émerveillé par la transition d’Ellen devenu Elliot Page après des années d’un véganisme zélé. Bonus : certains s’en servent comme d’un redoutable insecticide.

Lire aussi : Élégante et frileuse

Artisans ciriers : tous de mèche

Pour échapper à la vulgarité du monde, Jean des Esseintes compose des parfums subtils. Le personnage de Huysmans est un dandy antimoderne, et dans À rebours, il s’agit bien d’une lutte : la lutte contre une pensée qui aplatit tout au nom du progrès aussi inéluctable que désastreux. Des Esseintes est un résistant réactionnaire et l’odeur de frangipane qu’il combat chez lui à coups de vaporisateur est l’odeur de l’indifférenciation, l’exhalaison d’un monde industriel et aseptisé.

Un siècle plus tard, nous autres modernes devons affronter le monde digital, tout aussi liquide et aseptisé. Derrière nos écrans, nous manipulons des symboles, les fesses scellées à nos chaises. Nos corps ne se déplacent plus, nos mains ne produisent plus rien. Le calcul a pris le pas sur les sens. Sentir l’odeur de la terre, des plantes et des fleurs est devenue une expérience relevant du cabinet de curiosités. Mais comme des Esseintes, ils sont nombreux aujourd’hui à vouloir reprendre le contrôle de leurs existences. Dans son livre Les Défricheurs, Éric Dupin décrit les nouveaux modes de vie de ces Gaulois réfractaires. Lassés des « bullshit jobs » (les métiers à la con qui ne produisent rien de concret), ils se tournent vers les métiers manuels.

L'odeur de la terre, des plantes et des fleurs est devenue une expérience relevant du cabinet de curiosités

En 2018, Julie Manzoli reçoit comme cadeau un kit de fabrication de bougies : « Je travaillais comme opticienne mais j’étais très attirée par l’artisanat. Je voulais pratiquer une activité manuelle et créative ». Julie plaque tout pour créer sa marque : Iokko. Rien de japonais, il s’agit du nom de son chat ! […]

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