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Le complexe Poutine

Nous ne sommes sans doute pas encore revenus de la sidération qui a saisi une bonne partie de la population française après que Poutine a envahi l’Ukraine, fin février 2022, pour lancer en Europe une guerre de haute intensité telle qu’on n’en avait plus connue depuis des décennies. Sidération qui s’explique aussi bien par le refus de la conscience occidentale de considérer que le tragique appartient encore au présent, que par l’image que nous avions de Poutine, celle d’un homme raisonnable, sinon modéré, une sorte de faux tyran qui en arborait de plus en plus les signes extérieurs pour dissimuler un politique plus libéral qu’il n’y paraissait désormais, une sorte de démocrate sous couverture en somme, à tout le moins, accommodé à la Russie qui, du long de son histoire emmêlée et brutale, n’a pas eu le loisir d’en connaître tant. 

Poutine semblait donc un pragmatique déguisé en autocrate et un élément de stabilité auquel on s’était, ici, habitué, de telle sorte que peu, très peu, sont ceux qui, à la veille de l’invasion de l’Ukraine, ont cru qu’il attaquerait pour que, nous autres crédules, détrompés ensuite et devant le fait accompli, nous arguions aussitôt que, puisqu’il avait attaqué, il vaincrait rapidement. Rien ne s’est passé ainsi que prévu. Non seulement Poutine a attaqué, mais il n’a toujours pas vaincu. Son armée, qu’on craignait dans le monde entier, patine et connaît de très lourdes pertes, échoue à prendre Kiev, tandis que l’OTAN ressuscite et se renforce. Sauf à considérer Poutine comme un illuminé parti en guerre sur un coup de tête, comment expliquer pareille gabegie stratégique et informationnelle à un si haut niveau de décision qui lui a fait se tromper sur la farouche volonté ukrainienne de se défendre ? Sans doute que le tyran avait déjà pris sa part au pragmatique et que la concentration du pouvoir en sa personne a privé Poutine de pouvoir entendre tout conseil susceptible de le décourager dans son entreprise.

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Reportage : la Grande-Bretagne se révolte contre la repentance

« C’est un fait étrange, mais incontestable : l’intellectuel anglais ressentirait plus de honte à se lever pendant l’hymne national qu’à voler le tronc des pauvres ». Le jugement est sévère ; il est de George Orwell (Le Lion et la licorne, 1941). « La situation n’a fait qu’empirer, m’assure Peter Whittle, fondateur du think tank « New Culture Forum ». Orwell faisait référence à un cercle influent, mais restreint, d’intellectuels socialistes. Depuis, une espèce de lumpen intelligentsia a pénétré nos institutions, musées, universités, églises. Ces gens méprisent leur héritage culturel. »

 La haine de soi gagne l’Occident. D’où l’idée de Peter Whittle d’organiser une journée de conférences intitulée Believe in Britain and the West. « L’objectif est de faire pression sur les Tories qui ne prennent pas au sérieux l’attaque contre notre culture, dit-il. La population est en majorité patriote, les sondages le montrent. Seulement, les occasions d’exprimer leur loyauté sont rares et mal vues. Or les événements en Ukraine ont bien mis en lumière l’admiration pour les valeurs d’héroïsme et d’attachement à son pays »

« Les moments de crise ont engendré les chefs-d’œuvre de la pensée politique »

David Starkey

Konstantin Kisin, co-fondateur du podcast très suivi Triggernometry et auteur d’une Lettre d’amour d’un émigré à sa terre d’accueil, ouvre la conférence. Kisin est russe, marié à une Ukrainienne ; ils attendent un enfant. « C’est elle qui est enceinte, pas moi. On est de la vieille école ». Sa pratique du stand-up ne gâche rien ; son speech emballe la salle. Il fait l’apologie des libertés et accomplissements de la civilisation occidentale, démocratie, liberté de la presse, égalité des chances, liberté d’expression, et appelle à ce métier des simulacres. D’où vient l’expression « politiquement correct » ? De la révolution russe de 1917 : l’objectif était d’imposer la ligne du parti. « Mes ancêtres s’entendaient dire : ce que vous prétendez là est factuellement vrai, mais politiquement incorrect… » Kisin se navre aussi du racialisme contemporain déguisé en antiracisme, et prône le retour à l’universalisme. [...]

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Attaque terroriste au Nigéria : panique et inquiétude dans les lieux de culte

Vendredi. Grand jour de prière musulmane. Malgré l’appel à la prière un peu plus long que d’habitude, Ahmad Aladesawe présidera une assemblée presque éparse. L’imam de la ville d’Owo  (État d’Ondo, sud-ouest du pays) est tout ému. Cinq jours après l’attaque d’une église dans cette zone jusque-là épargnée par la violence terroriste, « les fidèles ont fui la ville » selon le chef religieux qui, après avoir condamné l’événement, a fait don de 1130 euros aux catholiques de la ville. Redoutant les représailles alors que les auteurs de l’attaque ne sont pas identifiés, les musulmans ne se mobilisent pas à l’entrée des mosquées. Deux jours après l’attaque de l’église, des djihadistes présumés s’en sont pris à une communauté de ferrailleurs, faisant 23 morts. Entre panique et inquiétude, « les populations évitent les lieux de culte et les rues sont désertes dès la fin de l’après midi » selon Isaac Ogundé, habitant d’Owo et protestant évangélique contacté sur place par L’Incorrect.

Malgré la condamnation du pape et son appel « à rester solidaires », les prêtres nigérians se sentent « exposés »

Inquiétude malgré l’immense solidarité

Ahmad Aladesawe comprend l’inquiétude des croyants « musulmans comme chrétiens ». Il a d’ailleurs confié à la presse avoir perdu des amis et proches catholiques. « L’une des membres de ma famille a reçu une balle dans le dos », a confié l’imam d’Owo qui a aussitôt appelé les musulmans à manifester leur solidarité à l’endroit des chrétiens. Un appel qui a reçu un large écho d’autant que plusieurs collectes de fonds ont été mises en place pour soutenir les victimes. « Nous avons proposé aux églises de les aider à assurer leur sécurité pendant les cultes », a confié Bouhaïma, étudiant en sociologie qui confirme avoir adressé un courrier aux autorités chrétiennes dans ce sens. « On peut les aider le dimanche puisque c’est vendredi notre grand jour de prière », insiste-t-il. Joints au téléphone, plusieurs prêtres du diocèse ont avoué « craindre pour leur vie » et ce d’autant qu’habituées à vivre ensemble, les populations d’Owo « ne s’attendaient pas du tout à une telle attaque », selon Aladesawe. Le gouverneur de l’état d’Ondo demande aux citoyens de « rester calmes mais vigilants » rappelant « qu’aucune localité n’est désormais épargnée » par le terrorisme. [...]

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Meurtre d’une représentante de l’ANC dans les années 80 : les services secrets français soupçonnés

Mardi 29 mars 1988. Le téléphone du ministre français de l’Intérieur et de celui des Affaires étrangères sonnent en même temps. La police a été appelée rue des Petites-Écuries, dans le Xe arrondissement de Paris, afin de constater le décès d’une femme tuée de cinq balles dans le corps. La victime est loin d’être inconnue puisqu’il s’agit de Dulcie September, représentante de l’African national Congress (ANC) en France. Une enquête est ouverte mais les diverses pistes explorées ne permettent pas d’identifier les auteurs et la justice finira par classer le dossier en 1992. Le dossier refait surface six ans plus tard lorsque l’ancien officier de la police sud-africaine (Vlakplaas), Eugène de Kock affirme devant la Commission vérité et réconciliation (TRC) que la militante a été assassinée par la France.

Revenons en arrière. C’est en 1984 que Dulcie September débarque dans la capitale française. Les relations entre l’Hexagone et l’Afrique du Sud ont pris un nouveau tournant depuis l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand. Du moins en surface, car si le chef de l’État condamne publiquement le régime d’apartheid mis en place par la minorité blanche afrikaner depuis un demi-siècle, la politique française vis-à-vis de Pretoria n’a pas changé. Aide au programme nucléaire, vente d’armes ou poursuite des importations de charbon vers l’Afrique du Sud, Paris excelle dans l’art et la manière de détourner l’embargo via ses anciennes colonies. La première cohabitation (1986-1988) va accélérer cette coopération lancée sous le général de Gaulle. Lors de l’affaire Pierre-André Albertini, du nom de ce coopérant français arrêté dans le bantoustan indépendant du Ciskei, en possession d’armes pour l’ANC, le Premier ministre Jacques Chirac n’hésite pas à rappeler par courrier au président P. W. Botha, les « intérêts communs » entre les deux pays. [...]

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Reportage : Odessa, nid d’espions

Entre deux alertes de la défense antiaérienne, un communiqué du conseil municipal n’est pas passé inaperçu aux tables des cafés : s’agit-il du débarquement des nageurs de combat russes ? Du largage des dauphins chasseurs de mines dans l’avant-port ? De l’enlèvement de militaires ukrainiens au marché central par des clandestins du GRU, le redoutable service de renseignements militaires et d’action russe, avant l’assaut de la ville ? Pas du tout. Cette fois, le coup à une portée plus symbolique : les Russkis auraient gaspillé un missile pour détruire un…cabinet d’aisance sur une plage de l’oblast d’Odessa !

Plutôt flegmatiques devant la menace que la guerre de Poutine fait peser sur l’avenir de « la Perle de la mer noire », les retraités du centre d’Odessa, cité portuaire, balnéaire et cosmopolite d’un million d’habitants au sud de l’Ukraine, adorent sourire du pire. À Shevchenko park ou à Preobrazhens’kyy, les bancs des allées ombragées et fleuries sont pris d’assaut à l’heure où la ville est écrasée par une chaleur accablante, et les vieux s’y pressent comme à l’église le jour de Pâques pour tourner le chef du Kremlin en ridicule. Sous une guirlande de glycine qui embaume, des joueurs d’échecs de Soborna square se détournent un instant de leur partie pour commenter l’affaire des toilettes de plage. L’un d’eux brandit son pion, l’affublant du sobriquet « Poutinat » ou « Poutine la petite », sous le nez des fidèles de la cathédrale de la Transfiguration, qui se dresse au bout de l’allée. « Ici, on rencontre les meilleurs joueurs de l’oblast, me confie un habitué qui vient de s’offrir une nouvelle victoire contre un champion moldave dans un blitz endiablé. On joue aux dames, au back gammon, aux cartes et aux dominos. Nous avons tous des amis qui ont grandi en Russie ; j’en connais qui soutiennent les séparatistes du Donbass mais on évite de commenter les opérations militaires en cours. Quand les sirènes retentissent, on fait comme si de rien n’était, mais la guerre a compliqué les choses ».

Des panneaux rouges à tête de mort plantés dans le sable tentent vainement de dissuader les estivants de faire trempette sous peine de croiser une mine

Un humour grinçant et détaché, pétri de culture yiddish et de fatalisme tout oriental ; au XIXe siècle, il était encore ponctué d’accents grecs et italiens et de cette belle langue française qu’on parlait dans les cercles littéraires pour encenser Pouchkine, en manchette du Journal d’Odessa.

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Éditorial monde de juin : Le déclin du courage

Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations-Unies ». Ces mots employés par Alexandre Soljénytsine ont résonné le 8 juin 1978 entre les murs d’Harvard. Exilé depuis quatre ans aux États-Unis et invité à prononcer un discours à l’occasion du 327e anniversaire de la prestigieuse école, Soljénitsyne n’est pas venu adresser à l’élite américaine un lénifiant dithyrambe sur l’occident. « La devise d’Harvard est veritas. La vérité est rarement douce à entendre ; elle est presque toujours amère. Mon discours d’aujourd’hui contient une part de vérité ; je vous l’apporte en ami, non en adversaire ».

En bon ami, Soljénitsyne se montre donc impitoyable avec l’ouest qui l’a accueilli : affaissement moral, assèchement spirituel, déliquescence des mœurs, recherche effrénée du confort, l’auteur d’Une journée d’Ivan Denissovitch, n’y va pas de main-morte.…

Québec : les Patriotes, entre épopée et amnésie

Il n’y a pas de meilleure journée que le Jubilee de la reine Elizabeth II pour parler de l’indépendance du Québec. Tout comme le 23 mai dernier, alors que tout le Canada célébrait la Fête de la Reine – Victoria, l’aïeule –, les Québécois, eux, devaient fêter dans leur coin de pays la Journée nationale des Patriotes.

Cette commémoration souligne le combat courageux mené par les Canadiens-Françaislors des luttes de 1837-1838 contre le régime colonial britannique « pour la reconnaissance nationale [du peuple québécois], pour sa liberté politique et pour l’obtention d’un système de gouvernement démocratique ». En plus, cet hommage précède d’un mois la Saint-Jean-Baptiste, la fête nationale du Québec. On pourrait penser que la journée des Patriotes forme une sorte de préambule patriotique, une première partie exaltée, un prélude passionné ouvrant la grand’ voie jusqu’au 24 juin. Hélas, il n’en était rien. [...]

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Colombie : l’extrême gauche aux portes du pouvoir ?

Depuis le début des années 2000, c’est la droite traditionnelle qui gouvernait le pays. Quel regard portez-vous sur son bilan ?

La Colombie est un pays en guerre depuis plus de soixante ans, avec quelques intermittences. Avec l’arrivée d’un président de droite au début des années 2000, Álvaro Uribe, tout a changé. Il a décidé d’affronter vraiment les FARC, ce groupe de la guérilla marxiste. Avant il y avait eu des tentatives mais avec lui, la Colombie a vraiment riposté. Grâce à son action, il a été réélu et la guérilla a été pratiquement défaite. Il a été président pendant deux mandats, c’est-à-dire huit ans, qui ont permis aux Colombiens de redevenir fiers de leur pays. Avant, on ne montrait même pas nos passeports : on avait peur, on avait honte d’être le pays de la drogue. Lui nous a redonné cette fierté nationale.

Son ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, lui a succédé. C’est un homme qui appartient à l’oligarchie de Bogota, la capitale de la Colombie. Il se réclamait aussi de la droite mais il était assez changeant et plutôt intéressé par sa gloire personnelle. Il voulait le prix Nobel de la paix, il l’a eu, et après il est devenu ambassadeur à Londres. C’est quelqu’un sans idée, et il a complètement changé de politique par rapport à Álvaro Uribe. Il a voulu pacifier à tout prix en signant des accords de paix. Cet accord n’a aucune légalité parce qu’à travers un référendum, les Colombiens ont voté non à la paix telle qu’elle était proposée par le traité, car elle permettait une totale impunité des crimes des FARC. Cet accord de paix a été signé en 2016 et on en voit les conséquences : los guerrilleros n’ont pas rendu les armes et ont continué le trafic de drogue, sans jamais dédommager les victimes. Les corps de nombreux militaires n’ont pas été rendus à leur famille. La justice n’a pas été faite, et c’est pourquoi la vie politique nationale est très polarisée.

Iván Duque a été élu il y quatre ans pour faire face au danger de l’extrême gauche de Gustavo Petro, qui était déjà là. Ivan Duque est un homme droit et honnête, qui ne participe pas à la corruption, mais ce n’est pas un homme d’État. Le poste était trop grand pour lui, il ne connaît pas les jeux politiciens qu’il faut maîtriser pour gouverner. D’où l’échec de la droite.[...]

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