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Covid, croissance, démographie : la Chine s’inquiète

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Publié le

5 janvier 2023

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Ralentissement de la croissance, révolte contre la stratégie « zéro-Covid » et démographie en berne, les obstacles semblent s’accumuler pour la Chine sur la route de la puissance globale.
chine covid

Face à la route express G30, qui connecte Lianyungang à Khorgas, d’ouest en est de la Chine sur 4 240 kilomètres de long, les structures usées de dinosaures en métal rouillé et en plastique troué dressent leurs gueules hérissés de dents émoussées devant l’immense désert du Taklamakan, grand comme la moitié de la France. La construction du parc a débuté dans les années 1990. Il était censé tirer profit du (modeste) afflux de touristes arrivant à Dunhuang pour admirer les plus grandes dunes de sable du pays. Aucun touriste n’a jamais franchi l’arche gardée par un T-Rex poussiéreux et un diplodocus fatigué, dont le revêtement part en lambeaux, rongé par le vent du désert.

Dans ce far-west chinois, les « villages pionniers » poussent aussi vite qu’ils sont abandonnés, selon qu’un gisement de gaz naturel est découvert ou également abandonné. Le Xinjiang voisin, la province la plus à l’ouest de la Chine, qui abrite la majeure partie du désert du Taklamakan, est considérée comme un territoire hautement prioritaire. La province fournit un tiers de la production nationale en gaz naturel et c’est aussi la deuxième productrice de pétrole. Pékin a investi des centaines de milliards de yuans dans son développement et en conséquence, de larges pans du territoire et de l’économie de la province sont contrôlés directement par l’armée chinoise et ce que l’on nomme les bingtuans, les « brigades militaires », structures contrôlées par l’armée, créées en 1954.

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Pékin rase les quartiers historiques des « villes sœurs », jumelées aux grandes métropoles des provinces orientales, et envoie des dizaines de milliers d’ouvriers s’installer ici, en échange de salaires très attractifs. En 1949, la région comptait quelque 200 000 Hans (l’ethnie majoritaire en Chine). Ils sont dix millions aujourd’hui. Dans les villages pionniers qui bordent les voies express, les employés en combinaison rouge ou bleue des entreprises d’État Sinopec ou PetroChina, attendent chaque matin devant leurs petits immeubles peints aux mêmes couleurs les armées de taxis qui vont les mener sur les sites d’extraction de gaz ou de pétrole où ils vont s’égayer, formant des dizaines de petites taches sur les vastes étendues de sable jaune.

Pour la République Populaire de Chine, le Xinjiang est un gouffre dans lequel disparaissent chaque année cinquante milliards d’euros, soit l’équivalent du budget français de la défense. C’est un niveau de dépense à la fois monstrueux, indispensable et bientôt intenable pour Pékin. Après trois décennies de croissance à deux chiffres, les années 2010 sont celles de l’atterrissage. Le ralentissement était déjà notable avant le déclenchement de la pandémie de Covid. Mais après le pic de l’année 2006 (+13 % de croissance), l’activité économique chinoise est entrée dans une phase de ralentissement, pour tomber à 6,1 % de croissance en 2019. Au premier trimestre 2020, le PIB de la Chine a reculé de 6,8 %, à l’unisson, bien sûr, de la croissance économique mondiale, frappée par la pandémie. Certes, la Chine a été au cours de la même année le seul pays à connaître une croissance positive (2,3 %) et elle a connu en 2021 un redressement spectaculaire (+18 %). Pourtant, même Liu Aihua, porte-parole du Bureau national des statistiques, reconnaît que « les fondements de la reprise doivent être consolidés », évoquant les « incertitudes » qui persistent dans le monde sur le plan épidémique.

La Chine fait face à l’un des environnements géopolitiques les plus hostiles au monde et doit consacrer la majeure partie de son faramineux budget de la défense à la sécurisation des frontières terrestres

Les incertitudes se sont muées en crise très réelle, comme on l’a vu à la fin de l’année 2022, avec la reprise de l’épidémie et les révoltes de la population contre la stratégie « zéro Covid » du gouvernement. Pire, estime le géopolitologue et spécialiste de la Chine Michael Beckley, la Chine fait face à l’un des environnements géopolitiques les plus hostiles au monde et doit consacrer la majeure partie de son faramineux budget de la défense à la sécurisation des frontières terrestres avec le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan, le Pakistan ou encore l’Inde. Sans compter le domaine maritime et la mer de Chine où l’empire entretient des conflits de souveraineté avec tous ses voisins, du Vietnam à l’Indonésie, en passant par le Japon et les Philippines. La zone n’est certes plus une mare americana, comme dans les années 1990, mais les États-Unis ont opté pour une nouvelle stratégie qui consiste à soutenir financièrement l’armement des rivaux et adversaires de la Chine, afin de limiter les ambitions de Pékin, voire d’épuiser financièrement l’ambitieuse République populaire. Une stratégie d’usure qui avait après tout déjà fait ses preuves contre l’URSS…

Au rythme des dépenses chinoises actuelles, la stratégie pourrait s’avérer payante. Plus d’un trilliard de dollars (1 000 milliards) ont été investis depuis 2013 dans le projet des « nouvelles routes de la soie », dont Xi Xinping avait annoncé le démarrage en grande pompe au Turkménistan. Le résultat est à l’image de ce que l’on peut observer au Xinjiang à plus petite échelle : ponts et routes inachevés, chantiers à l’arrêt et dette abyssale. Il en va de même pour le très coûteux chantier de train à grande vitesse indonésien, que Pékin a décroché en 2015 et qui est totalement au point mort. De manière générale, les observateurs s’inquiètent désormais d’une économie largement étatique dont il est difficile de connaître le chiffre d’endettement réel mais dont les experts estiment désormais qu’il pourrait s’élever à plus de 300 %.

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Comme le note un rapport du Ministère de l’Économie et des Finances datant de mai 2020 : « Le modèle de croissance chinoise, largement financé par l’endettement des entreprises et des collectivités locales, a entraîné de forts déséquilibres internes (dettes excessives, secteur immobilier instable, système bancaire fragile) ». La crise qui secoue le secteur immobilier chinois et son porte-étendard, le géant Evergrande, depuis 2021, est là pour témoigner de ses difficultés et donner des sueurs froides à tous les traders du monde.

Et comme si cela ne suffisait pas, la République Populaire de Chine fait face à un autre péril, potentiellement mortel : sa démographie. Selon le dernier recensement publié en 2020, la Chine compte 1,41 milliard d’habitants, soit une hausse de 5,38 % de la population en 10 ans, une croissance au plus bas depuis la mise en place de la politique de l’enfant unique à la fin des années 1970. Malgré l’abandon de cette politique en 2016, le taux de natalité est en baisse régulière. Et, de fait, le vieillissement de la population représente une véritable bombe à retardement démographique et économique avec, selon les estimations des démographes, plus de 400 millions de plus de 65 ans à l’horizon 2040. En mars 2021, le Parlement chinois a adopté un projet de relèvement progressif de l’âge de la retraite au cours des cinq prochaines années, au grand dam d’une bonne partie de l’opinion publique, mais il est douteux que cela suffise à régler une situation à côté de laquelle l’actuelle crise des retraites en France passe pour une aimable plaisanterie.

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