
Tous rivés à nos interfaces machiniques nous tabulons autant de reflets, de mirages, de parcelles de vides. Isolats suspendus d’informations, nos vies et nos routines encodées dans des réseaux où le chimérique se heurte au fantasme. Nos existences tout entières résumées à des fragments d’algorithmes, procédant de cette fabrique du faux qui babille à longueur de temps, dans ce brouhaha continuel de bavardages, de commentaires, de commentaires de commentaires. Le « mème » comme nouvelle monade syncrétique de cette nouvelle réalité, où l’atome a été remplacé par la donnée – cette fameuse « data » dont se gargarisent les nouveaux alchimistes du digital.
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Comment vivre l’expérience de la vérité dans cet océan, dans ce brouet tautologique dont toute hiérarchie est évacuée ? Le complot, c’est-à-dire la sensation d’un Mal occulte, invisible et ubiquitaire, est la pathologie de notre époque hyper-informationnelle, la névrose d’un monde sans socle, qui oscille sur des tréteaux en trompe-l’œil. Dans un monde où ce parasitage, ce brouillage perpétuel est devenu la norme esthétique, dans un monde où la seule injonction civilisationnelle consiste à s’inscrire dans un silo d’artifices, de s’incarner dans un avatar, le Mal redevient, comme en écho à cette dissolution, une pure probabilité et donc un pur programme. [...]












