Nos gueules sont masquées depuis longtemps. Strip-tease inversé. La nouvelle faute de goût, c’est le masque. Érotisme lugubre et démodé du vêtement qui bâille. Pourtant, l’affranchissement de la faute a été le grand rêve de 68. Sans entraves. Aujourd’hui, nous payons. Le mal est cet accident qui dure. Post-Éden. Quand nous devions choisir entre obéissance et transgression. L’exil et l’échine courbée sont notre mode d’être au monde, celui du bannissement du paradis, par extension de tous les paradis. L’exil est notre syndrome, celui de l’impossibilité de conserver ce que l’on a. L’espoir est l’expression de cette insatisfaction.
Nous nous sentons tous coupables. Rue des repentis. Spinoza disait que le repentir était une seconde faute. C’est plutôt une arme de putsch.
Tous également victimes d’un pouvoir maléfique, ou spoliés par l’État, roulés par la science et les médecins, harcelés par les femmes ou les transgenres, ridiculisés par son patron. On ne sait plus parler, penser, s’émouvoir. On passe son temps à demander pardon alors qu’on ne fait que frôler les autres. On est tellement noble qu’on se sent même coupable de n’avoir rien fait. Acceptant n’importe quoi contre une promesse de sécurité.
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Pardon pour quoi ? Le péché originel, l’expression de quelque chose, Levinas disait que « le visage déchire le sensible ». Nous sommes devenus anonymes et irrespirables. Le mal est une résistance, une actualisation de la puissance. La meilleure technique de marquage. L’examen de conscience n’en finit pas. La repentance grégaire ressemble à ce qu’elle dénonce. Les gens accusent pour s’absoudre. Les subjectivités sont de plus en plus absolues. À force de vouloir tout comprendre, on retourne toutes les situations – les bourreaux deviennent victimes et finalement les torts sont partagés. Le dernier cercle de l’enfer n’est pas celui de la mauvaise conscience. C’est celui de la tendresse molle, jetée aux regards des autres.
Déballez tout. Êtes-vous impur ? Le procès n’a pas de fin pour les nouveaux responsables. Le consentement par écrit. Tout sur contrat. Oui, je le veux ? Alors nous ne voulons plus rien.
On a compris et accepté la vacuité de toute chose (vous n’avez pas votre masque – 135 €) et dépassé le nihilisme par une sorte de joie franche. Riant même de l’homogénéité nécessaire à toute logique de production. Les aristocrates sont aussi morts que les classes les plus basses. Les riches choisissent, les pauvres, non. Les maisons sont squattées. Les chevaux, mutilés.
On nie le mal par la pureté d’un amour silencieux. Aimer malgré tout et attendre l’ordre nouveau
Il est peut-être temps d’échanger la culpabilité avec la responsabilité. Le péché sert. Il commence avec ma responsabilité. « À tout péché, miséricorde ». Pour cela, il faut que je le reconnaisse. Oui, j’ai vraiment péché. Sartre a tort, nous ne sommes pas responsables de tout. Nous n’avons pas à vivre de cette paralysie de l’empoisonnement. Dieu est le seul à pouvoir pardonner. C’est lui qui, par sa mort, a libéré la liberté. Le Christ est venu tout racheter. En mettant à distance le réel. La vraie vie est ailleurs. Le salut a été inventé par l’incarnation. Mais la mort de Dieu a fait mourir notre conscience et notre volonté. On nie le mal par la pureté d’un amour silencieux. Aimer malgré tout et attendre l’ordre nouveau.
La faute n’est plus défaillance à la loi, mais à l’amour ou seulement à la confiance.
« Le temps n’a pas de signification morale », écrivait Jankélévitch. Le devenir brut est un mode d’être. Comme l’indifférence. Au bout du compte, on est toujours en défaut. Alors, on aimerait à nouveau tirer le Christ par la manche ou le masque lavable.





