Comment est née cette initiative parisiano-toulousaine ?
Catholiques convaincus, Geneviève (la deuxième co-initiatrice) et moi-même avons été alarmés par la décision du Président d’interdire les messes pendant ce deuxième confinement. Nous ne pouvions pas rester sans rien faire, et avec plusieurs autres jeunes, nous avons décidé de lancer cette pétition en ligne. Nous ne voulions pas revivre un confinement comme en mars-avril, à suivre la messe par internet. Nous sommes convaincus que la religion catholique a besoin d’incarnation, quel les fidèles se retrouvent et participent physiquement à la messe. Nous ne voulons pas passer la messe de Noël sur notre canapé, comme ce fut le cas pour la messe de Pâques.
Depuis que les messes publiques ont repris, fin mai, un protocole sanitaire très strict est respecté dans toutes les églises de France (port du masque, distanciation sociale, distribution de gel hydroalcoolique…). Nous, catholiques, avons montré que nous étions responsables. Désormais, le gouvernement doit pouvoir protéger la liberté de culte. Nous comprenons l’urgence de la crise sanitaire, mais nous demandons une proportionnalité dans les mesures prises. Nous pointons du doigt l’incohérence du gouvernement : à partir de lundi, des classes de 30 élèves vont se réunir dans des salles plutôt petites, mais le rassemblement de catholiques dans une église ne serait pas possible ?
Nous pointons du doigt l’incohérence du gouvernement : à partir de lundi, des classes de 30 élèves vont se réunir dans des salles plutôt petites, mais le rassemblement de catholiques dans une église ne serait pas possible ?
Y a -t-il un lien entre votre initiative et l’attentat de Nice ?
Nous avons commencé à y réfléchir dès mercredi soir. Mais en effet, les attentats de jeudi, à Nice et en d’autres endroits de France, nous ont plongés dans l’incompréhension. Nous apportons tout notre soutien aux familles des victimes et aux catholiques niçois. Les catholiques sont aujourd’hui explicitement visés par les terroristes ; ne pas les autoriser à se recueillir et à prier ensemble, après ces attentats, accroît grandement la pénibilité du deuil. Permettre le rassemblement des catholiques français dans les églises leur serait une aide, à notre sens, pour relever la tête. Même au niveau symbolique, fermer les églises, n’est-ce pas aussi une manière de se soumettre à ces attaques barbares ?
Qu’attendez-vous concrètement de l’État ?
Nous demandons simplement la possibilité d’assister à la messe, dans le respect des conditions du protocole sanitaire (que ce soit celui que nous respections jusqu’alors ou même un autre, plus strict). Nous sommes prêts à nous adapter, comme par exemple en nous inscrivant au préalable aux cérémonies. L’interdiction généralisée est une mesure trop restrictive. L’État a tergiversé sur la politique à adopter concernant de nombreux secteurs, mais la question des cultes a été réglée en deux secondes. La liberté de culte demeure pourtant une liberté fondamentale de la République.
Pensez-vous que votre attente soit représentative de celle des catholiques français ?
La pétition a rassemblé plus de 40 000 personnes en 24 heures, elle touche donc de nombreux courants. Nous ne demandons pas à ce que tous les catholiques sortent de chez eux pour assister à la messe, nous demandons simplement la possibilité de pouvoir y aller. Beaucoup de catholiques ne comprennent pas cette situation et sont étonnés par une nouvelle interdiction. Si certains ne cautionnent pas notre initiative, nous avons soulevé un problème chez une majorité des catholiques, je le crois au vu de ce succès inattendu.
N’avez-vous pas peur de semer la désunion dans une nation très divisée sur le sujet religieux comme sur la gestion sanitaire ?
Je ne vois pas en quoi demander la possibilité d’assister à une messe pendant le confinement peut diviser la nation. Encore une fois, nous n’obligeons personne mais nous demandons simplement la possibilité de participer à la messe. Certains auront besoin de se réunir pour le travail, d’autres pour aller dans les commerces dits essentiels. Aller à la messe est aussi essentielle pour nous qu’aller à la Fnac…
Notre objectif est simple : que le gouvernement autorise les catholiques à se réunir pendant le confinement pour assister à la messe. Notre initiative est populaire et se veut apolitique
Êtes-vous soutenus par des personnalités de la hiérarchie catholique ou par des politiques ?
Notre objectif est simple : que le gouvernement autorise les catholiques à se réunir pendant le confinement pour assister à la messe. Notre initiative est populaire et se veut apolitique. Certains représentants des Républicains ont écrit une lettre au Président de la République en leur nom. Les initiatives se multiplient et nous en sommes heureux. Aucun évêque n’a soutenu officiellement la nôtre, mais nous savons que certains ont le même désir et l’ont affirmé publiquement. Toute personne, chrétienne ou non, est invitée à signer la pétition si elle partage la défense de la liberté de culte.
Comment pensez-vous agir si vous rassemblez les 100 000 signatures attendues ?
Tout est possible, tout est à l’examen. L’objectif est bien sûr d’influer sur les décisions des politiques. La pétition est adressée à Emmanuel Macron. On se pose la question du meilleur levier d’action auprès des pouvoirs politiques, en particulier le levier judiciaire qui avait fonctionné lors du déconfinement. Nous espérons que le Conseil d’État sera aussi protecteur des libertés qu’il l’a été en mai. [Le 18 mai, le juge des référés du Conseil d’État avait ordonné au gouvernement « de lever l’interdiction générale et absolue de réunion dans les lieux de cultes », jugée disproportionnée aux risques sanitaires, Ndlr].
Propos recueillis par Marie Dumoulin





