Plusieurs députés souhaitent rallonger de deux semaines le délai légal de l'avortement Pouvez-vous nous décrire médicalement ce qu'est un avortement à quatorze semaines de grossesse ?
C'est une opération sous anesthésie générale qui consiste à broyer les organes de ce qui n'est plus un embryon, mais un foetus. Par exemple, la tête est calcifiée : il faut d'abord la broyer avec une pince, in utero, pour pouvoir le sortir par le col de l'utérus. Si ce n'est pas fait, le col pourrait se dilater et créer une béance, ce qui fera que pour les prochaines grossesses la femme aura un risque accru de faire une fausse couche ou un accouchement prématuré.
Comment les praticiens accueillent-ils ce changement de délai, et y aura t-il des refus catégoriques de leur part de pratiquer ces avortements tardifs ?
On pense que c'est fort probable. Si l'on s'en réfère à ce qui a été le dernier allongement du délai, quand on est passés de dix à douze semaines, trente pour cent soit un tiers des confrères qui acceptaient de faire des IVG ont arrêté pour cette raison là. Cette fois, on passe dans une autre catégorie de risque chirurgical. Ce n'est pas un geste facile à réaliser, et c'est un geste qui évidemment marque le médecin, dont le métier est plutôt de faire en sorte de sauver des grossesses plutôt que devoir écraser des foetus. C'est un geste choquant et on peut prévoir qu'on aura beaucoup moins de médecins prêts à faire ça. Or, si c'est dans la loi, les gens y ont droit, et donc les médecins y sont contraints. Heureusement, dans ces cas là vous pouvez faire valoir votre clause de conscience.
Cette fois, il s'agit de permettre aux sages-femmes de faire des avortements chirurgicaux par aspiration. C'est un geste, dont le praticien doit être capable de gérer les suites. Or, les sages-femmes n'ont pas les compétences pour réparer les éventuels dégâts qu'elles produiront.
À ce sujet, dans le rapport il est écrit « les états d’âme de professionnels n’ont pas à influer sur le droit des femmes à avorter » Que vous inspire cette déclaration ?
Sans commentaire. Les états d'âme des députés n'ont pas à influer sur la pratique médicale.
Les médecins sont-ils majoritairement favorables à une clause de conscience qui soit claire sur un plan légal ?