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Réponse au plagiat de Jean Messiha sur mes travaux

Dans une tribune pour Causeur, Jean Messiha - ou ses équipes - a plagié plusieurs passages d'une analyse du géopolitologue Loup Viallet parue quelques mois plus tôt dans Les Échos. L'intéressé lui répond.

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© Loup Viallet

Dans sa tribune « Quelle politique africaine pour le camp de la France » publiée le 21 juin 2021 sur le site internet du magazine Causeur, Monsieur Jean Messiha a reproduit mot pour mot trois passages (une quarantaine de lignes, 39 exactement) d’une analyse intitulée « Non, les entreprises françaises n’ont pas de pré carré en Afrique » que j’avais signée dans les Échos le 23 février 2021. Ces passages reprenaient des travaux issus de mon ouvrage La fin du franc CFA, un essai sur les failles de la coopération franco-africaine et ses évolutions possibles.

À la suite de mes sollicitations publiques sur les réseaux sociaux, j’ai fini par trouver les excuses de Jean Messiha courageusement exprimées sous la forme d’un tweet qui ne m’était pas adressé mais répondait à une internaute qui l’interpellait spontanément. En moins de 180 caractères, j’ai appris qu’il m’avait déjà présenté ses excuses, que ce plagiat n’était qu’un « oubli », qui n’était à attribuer qu’à « son « équipe », lequel « oubli » ne concernait de toute manière qu’ « une citation ».

Comment réagir à des excuses empreintes d’un tel niveau de franchise, de remords et de rectitude morale ? J’ai d’abord pensé à organiser une confrontation sur la question qui avait conduit Jean Messiha (ou ses équipes, ou tous à la fois) à me plagier. Ç’aurait-été pour moi un moyen de mettre en lumière un pan encore trop méconnu de notre politique extérieure, dont les ramifications africaines me semblent de plus en plus essentielles à maîtriser pour tenter de comprendre et de résoudre deux phénomènes qui menacent la survie de notre nation et des autres États-nations d’Europe : la crise migratoire et la crise climatique. Or, la politique africaine est tellement sous les radars qu’un responsable public français de premier plan comme Jean Messiha, crédité de 9% d’intentions de votes à la présidentielle de 2022 par un sondage IFOP du mois dernier, doit recourir au plagiat pour remplir sa tribune.

Mais organiser un débat pour parler avec qui ? À distance et par écrit, comment savoir si c’est vraiment Jean Messiha qui répond ou s’il va de nouveau attribuer la responsabilité de ses propos à « son équipe » après la publication ? Qui plus est, je n’ai pas – et ne veux pas – d’équipe sur laquelle me défausser. Avec un tel format nous ne serions donc pas à armes égales : tandis que j’assumerai mes propos, Jean Messiha pourrait toujours renier la paternité des siens ainsi qu’il l’a déjà fait.

En droit pénal français, les sanctions pour contrefaçon peuvent aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende. Il n’y a pas une profession dont les travaux relèvent de la propriété intellectuelle qui ne soit à l’abri de ce coup d’esbroufe. Or, à l’inverse des étudiants ou des chercheurs qui, lorsqu’ils commettent cette faute, voient les portes de leur carrière universitaire se fermer, ce discrédit ne représente qu’une petite ombre au tableau pour les personnalités publiques de premier plan. Jacques Attali a fini par se vanter des multiples plagiats qu’il avait commis dans Histoire du temps et Verbatim. Alain Minc n’aura versé que 5 000 € de dommages et intérêts à l’écrivain dont il avait copié 47 passages dans sa biographie du secrétaire de Jean Moulin. Si la facture a été plus salée (80 000 €) pour le chanteur Calogero qui avait volé un refrain en 2004, les plagiats de Gad Elmaleh et Tomer Sisley sur des humoristes nord-américains dénoncés par le collectif CopyComic les ont seulement conduits à diversifier leur carrière aux États-Unis, leur permettant même de faire leur comeback en fanfare sur des émissions télévisées françaises sans jamais avoir à faire amende honorable, ni devant les auteurs qu’ils avaient volés, ni devant le public qu’ils avaient trompé.

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Avant la phase judiciaire, il y a la phase de conciliation. Une confrontation filmée en direct, sans fiches ni interruptions me semble bien plus appropriée que des euros en guise de dommages et intérêts. Mais pour parler de quoi exactement ? De la conception qu’a Jean Messiha de la politique africaine de la France ? Il n’en a manifestement pas : j’en ai fait les frais. Et dans le seul texte qui lui soit attribuable sur le sujet (ou doit-on l’attribuer à son équipe ?) on peut lire tout et son contraire : à la fois une injonction à abandonner nos politiques en Afrique, fondée sur l’importance marginale que représentent les marchés africains pour l’économie française, mais aussi un appel à déployer des coopérations avec au moins un tiers des pays africains, sur le fondement de nos intérêts économiques. À la fin, l’auteur se garde bien de conclure en apportant des propositions concrètes à ses lecteurs. Et on le comprend, tant il paraît impossible de concevoir des politiques permettant d’harmoniser des objectifs aussi contradictoires. Un « en-même-temps » qui rappelle une méthode connue d’enfumage politique, dont je pensais que Jean Messiha se prétendait le fervent opposant. Ceci étant dit, j’accepterais de participer à un débat, si une chaîne télévisée avait la bonne idée de l’organiser, lorsque Jean Messiha se sentira prêt à le mener, sans doute après avoir réussi à résoudre ses contradictions internes.

Quand on vient d’ailleurs et que l’on se présente comme un responsable public incarnant un modèle d’assimilation à la nation française, on se doit d’adopter un comportement exemplaire. Être capable de piller le travail d’un national et de se défausser de ses responsabilités sur « son équipe » tout en donnant des leçons sur la politique de son nouveau pays de plateau télé en plateau télé démontre que le comportement de Jean Messiha viole les valeurs qu’il prétend représenter. Adopter un pays, c’est d’abord apprendre à respecter ses mœurs et ses compatriotes.

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Il y a un siècle une partie de ma famille émigrait en France, fuyant les massacres de la révolution d’octobre. Discrets et besogneux, ils savaient qu’ils avaient tout à démontrer pour que leurs descendants méritent d’être un jour acceptés comme des membres à part entière de la communauté nationale. La génération des chauffeurs de taxis et des concierges a cédé la place à une génération d’ingénieurs, de haut-fonctionnaires, de professeurs, qui elle-même a cherché à se fondre dans la masse, sans tambours ni trompettes. Ils y sont parvenus.  Si Jean Messiha cherche un modèle d’assimilation, il le trouvera dans ces parcours d’hommes et de femmes humbles, qui sont assurément exemplaires.

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