30 avril 2020
La grande crise sociale de l’an dernier, celle des gilets jaunes, reproduit à peu de choses près le même schéma : l’État paie les désordres du marché. La mondialisation marchande, loin de produire un ordre social souhaitable, a conduit au plus grand désordre dans nos territoires. Les gilets jaunes sont en effet les produits de la métropolisation, c’est-à-dire de la concentration extrême de l’emploi et des services dans les grandes agglomérations au cours des 40 dernières années. La libéralisation des échanges sur le marché des biens et des capitaux a conduit les entreprises à construire des systèmes de production à l’échelle mondiale, les fameuses chaînes de valeur globale évoquées plus haut, qui éclatent la production du produit final en de multiples pays choisis pour leurs avantages en termes de coûts ou de législation. Pour que ces chaînes de valeur globale puissent fonctionner de façon fluide et à moindre coûts, il faut concentrer toute l’activité économique dans ces grands hubs logistiques que sont devenus les métropoles qui disposent des réseaux de transport et de télécom permettant la bonne gestion des flux de marchandises, d’information et de travailleur. La mondialisation marchande, fruit de la victoire idéologique des zélateurs du libre-échange, a conduit d’un côté à la croissance de la population des métropoles avec ses conséquences en termes d’explosion du prix de l’immobilier, de congestion routière et d’étalement urbain, et de l’autre à la désertification de la France périphérique : raréfaction de l’emploi, disparition des services publics et des services de proximité, extrême dépendance des populations vis-à-vis de la voiture… Ce nouvel ordre territorial est le produit de régulations marchandes incontrôlées qui ont complètement restructuré nos territoires dans le silence et l’impuissance du pouvoir politique central, et souvent avec la complicité des grandes métropoles qui, se pliant aux exigences des marchés et à grands coups de marketing municipal, tentent d’attirer de nouvelles activités et de nouvelles entreprises.