4 janvier 2019
« Le cheikh Jabir ibn Hayyan regarda l’élixir d’un œil vitreux. Tous ses salamalecs avaient été vains. Les jinns et les éfrits, pourtant, avaient été clairs : pour que le calife conservât son emprise sur les caïds, au son du luth, l’ambre et le camphre devaient se mêler en une alchimie complexe ».
Nul n’est besoin de lire Sirat al Bunduqiyyah pour sentir l’exotisme qui suinte de ces quelques mots. Qui ne s’est émerveillé devant les contes d’Al-Adin et sa lampe merveilleuse, ou d’Ali Baba et Cassim, ouvrant d’une voix plaintive un sésame salvateur ? L’arabe est une langue qui nous est notamment parvenue des Croisades, chargée de mystères. C’est une langue belle, aux détours mélodieux, qui nomment l’invisible mieux parfois que nos papes ne purent le faire. Une langue qui inventa l’alcool, volutes d’esprit en carafe, ou l’algèbre et l’algorithme, chorégraphies arithmétiques aux contours fardés de khôl.
Les langues, porteuses de leur culture et de leur histoire, nous transportent malgré nos différences. Elles révèlent, dans leur structure, une vision du monde étrangère, voire étrange. Chaque mot propose un chemin différent. Oui, mais voilà. C’eut été si simple de considérer que chaque langue avait son propre avantage, mais cela, malheureusement, ne convenait pas aux Modernes. Jean Pruvost, dans son ouvrage « Nos ancêtres les Arabes », peine à nous faire croire que la langue bédouine sert de base à la langue française. Vous utilisez plus de mots arabes que de mots gaulois dit-il d’un air surfait.
C’est vrai. Statistiquement, c’est même rigoureusement exact : il y aurait environ 400 mots arabes pour 250 mots gaulois dans les dictionnaires français. Cela ne veut pas dire pour autant que nous utilisions la totalité de ces mots : qui, quotidiennement, utilise le terme mahdi (guidé par Dieu) ou sebkha (zone inondée) ?
Mais soyons honnêtes et examinons les deux postulats.
L’arabe est une langue parlée par 300 millions de personnes de nos jours. Les échanges avec les territoires arabes furent nombreux pendant les Croisades. Le Maghreb fut un territoire français, ce qui facilita les échanges, et commerciaux, et linguistiques et depuis lors, la langue arabe se trouve être parlée par un nombre grandissant de personnes sur le territoire français.
Le gaulois est une langue morte. Une trentaine d’inscriptions ont été retrouvées à ce jour. Les quelques dictionnaires, excellents par ailleurs, sont basés principalement sur des conjectures linguistiques. Il serait incohérent de comparer les deux langues. C’est pourtant ce que nous pouvons entendre sur les ondes : « Il y a plus de mots arabes que de mots gaulois en français ».