Skip to content
[Enquête] Culture : bilan d’une année woke

Quand on écoute France Inter, comme c’est le cas de l’auteur de ces lignes, afin d’être tenu au courant des balises de la pensée autorisée et se trouver en mesure, donc, de distinguer parmi ses propos ceux qui relèvent du « dérapage », soit du blasphème, et de pouvoir ainsi blasphémer, mais en conscience, il paraît évident que les dogmes du wokisme sont devenus l’arrière-fond moral implicite de l’époque, du moins sur la scène médiatique et culturelle. 

Ce qui eût semblé incongru il y a à peine quelques années : qu’un humain n’a pas vraiment de sexe défini, que chacun est avant tout ce qu’il décrète être, qu’il y aurait un lien entre les oppressions des femmes, des homosexuels, des Noirs et des transsexuels mais aussi des personnes frigides, enfin, « asexuelles », et que cette oppression serait de nature « systémique », si bien qu’il y aurait des oppresseurs et des oppressés structurellement par essence, et quoique l’essentialisation soit par ailleurs proscrite, tandis que nos frères noirs, après avoir été privés de leur singularité ethnique à l’époque de l’ancien antiracisme selon lequel la race n’existait pas, sont désormais des « racisés », et la récupèrent, cette singularité, mais par l’œil coupable de l’oppresseur blanc, comme une illusion produite par la volonté de nuire. 

Pourtant, dès qu’on sort de la seule sphère médiatique officielle, cette omniprésence du discours woke se dilue assez rapidement

Toutes ces idées qui semblent relever d’un marxisme nouvelle manière dont la dialectique de classes se serait reconfigurée en liguant le reste du monde prolétarisé contre le supposé oppresseur blanc, mâle, hétérocisgenre. Comme toutes les idéologies niant l’évidence du péché originel et prônant une refonte intégrale des structures du monde, le wokisme appréhende la culture comme un vecteur de rééducation des masses. Et ça, ça désespère autant les esthètes que les femmes libres. Il fallait donc, en leur nom, enquêter sur l’emprise réelle de cette idéologie dans la création contemporaine. [...]

Catholicisme français, un déclin évitable ?

Mi-novembre, le Conseil d’État condamnait définitivement la mairie de Beaucaire pour avoir installé une crèche en son sein. L’enfant Jésus et sa couche définitivement chassés de nos lieux publics, alors qu’ils furent jadis pensés à son service : voilà bien le signe éclatant du crépuscule de la civilisation chrétienne en notre beau pays, diagnostiqué avec brio par Chantal Delsol dans La Fin de chrétienté. Cette extinction de l’esprit chrétien de nos lois, mœurs et usages est le résultat dramatique mais somme toute inévitable du déclin de la foi dans notre pays.

Une communauté de fidèles qui décline

Car déclin de la foi, il y a bien évidemment, et plus que jamais. Entre 1981 et 2018, la part des Français qui disent « croire en Dieu » a baissé de 62 % à 50 %, selon l’enquête européenne sur les valeurs (Arval, 2019). Sur la même période, le nombre de Français se déclarant catholique est passé de 70 % à 32 %, quand la part de ceux indiquant n’appartenir à aucune religion a augmenté de 26 % à 58 %. Seuls 6,6 % des Français se disent catholiques pratiquants (Ifop, 2021). Logiquement, la dynamique des sacrements suit la même pente. Et l’état de la foi dans notre jeunesse n’est guère encourageant pour l’avenir : si 50 % des Français se disent encore chrétiens, ce chiffre tombe à 30 % seulement chez les moins de 25 ans, contre 74 % chez les 65 ans et plus (Odoxa, 2022). Autant dire que demain, les chrétiens se feront rares.


Par-delà la chrétienté, c’est la possibilité même de la foi qui est menacée. Celle-ci reflue de plus en plus vers ses catacombes d’origine

Que ces tristes chiffres peuvent-ils bien signifier ? Dans notre grand débat d’octobre, Pierre Manent posait le juste constat : « La plupart des Français, à un moment ou à un autre, étaient en contact, ou avaient à faire ou ne pas faire quelque chose, avec la religion chrétienne. Aujourd’hui, et c’est le grand changement, de plus en plus de Français peuvent passer toute leur vie sans rencontrer cette question de leur rapport à la religion chrétienne ». Ainsi, par-delà la chrétienté, c’est la possibilité même de la foi qui est menacée. Celle-ci reflue de plus en plus vers ses catacombes d’origine. [...]

Philippe Charlez : « Les délestages vont accentuer les inégalités territoriales déjà existantes »

Vous avez récemment publié sur Twitter un tableau détaillant les offres théoriques et disponibles des différentes sources d’électricité en France. D’où viennent ces chiffres et comment avez-vous fait vos calculs ?

Je compare dans ce tweet l’offre théorique d’électricité à l’offre disponible. Ce que j’appelle offre théorique correspond aux capacités installées par source d’électricité, des chiffres aisément consultables sur le site de RTE. L’offre disponible correspond aux capacités que j’estime à peu près disponibles compte tenu de la situation électrique actuelle. Je me suis placé dans un cas particulier : matin ou soir dans la situation d’un anticyclone polaire.

https://twitter.com/Phcharlez/status/1598967036209549317

On remarque un décalage important entre l’offre théorique et l’offre disponible, notamment en ce qui concerne nos sources d’énergies renouvelables. Comment expliquer ces écarts ?

Aux heures de pointe du matin (8h) et du soir (19h) il n’y a pas de soleil. De surcroit, en cas d’anticyclone solaire, il n’y a pratiquement pas de vent. Ceci explique les 3 GW d’ENR (sur un total de 32 GW installés). Ce chiffre de 3GW est estimé à partir de ce qui a été observé au cours des dernières années. C’est donc la météo qui décidera de la capacité renouvelable disponible. Ainsi, ce lundi 5 décembre, il n’y avait qu’un petit GW d’éolien disponible. Même si on augmentait la capacité théorique en installant davantage d’éoliennes ou de panneaux solaires, cela ne changerait rien dans la mesure où le problème est l’absence de soleil et de vent. On peut faire la comparaison avec un appartement : vous pouvez installer des radiateurs à l’infini, si vous ne relevez pas l’eau chaude l’appartement ne sera pas davantage chauffé.

Même si on augmentait la capacité théorique en installant davantage d’éoliennes ou de panneaux solaires, cela ne changerait rien dans la mesure où le problème est l’absence de soleil et de vent

En ce qui concerne le gaz et l’hydroélectricité ce sont les stocks qui peuvent limiter les capacités disponibles. Ainsi, le stock de gaz qui a été renouvelé pour l’hiver ne peut pas être vidé prématurément au cours de la première vague de froid. Ceci explique les 13 GW disponibles face aux18 GW théoriques. C’est un peu pareil pour l’hydroélectricité. Si on met en œuvre trop tôt l’ensemble de la capacité installée on risque de vider prématurément les barrages et de devoir s’en passer en cas de seconde vague de froid.

Enfin, en ce qui concerne le nucléaire l’énorme écart entre théorique et disponible s’explique par le nombre de réacteurs arrêtés pour maintenance curative. Durant le mois de janvier, 1/3 des capacités devraient manquer d’où les 40 GW sur 60 GW théoriques. Par exemple, cette semaine nous n’avons pas dépassé 37 GW.

Cette situation énergétique que connait la France est-elle inédite ou avons-nous déjà été confrontés à cela par le passé ?

En ce qui concerne les ENR et l’hydroélectricité, c’est un « classico » étant donné que les conditions météorologiques se répètent chaque année. Suivant que l’hiver est plus ou moins rigoureux la situation peut toutefois être plus ou moins tendue. Ce qui est inédit cette année c’est la double tension sur le nucléaire et le gaz. Normalement, on dispose d’une soixantaine de GW nucléaires soit 20 GW de plus qu’aujourd’hui. Quant au gaz, la situation a été rendue critique notamment par le conflit russo-ukrainien. En résumé, c’est au niveau du nucléaire et du gaz que la situation est exceptionnelle. [...]

[Reportage] À Rennes, les antifas frappent à vingt contre un

On trouve parfois une certaine ironie dans les faits divers. Comme lorsqu’au nom de la tolérance, on se permet de tabasser ses adversaires politiques. C’est ce qu’il s’est passé mi-octobre à Rennes 2, campus universitaire breton réputé progressiste. Ce jour-là, vers 15 heures, deux jeunes hommes attendent un ami. Ils sont tranquillement assis sur des transats destinés aux étudiants. Plus loin, se tient une assemblée générale d’organisations et syndicats autour de la vie chère. C’est alors qu’ils voient venir à eux une bande d’au moins 15 personnes, peut-être même 20 ou 25. La grande majorité de cette foule est capuchée et masquée.

Le courage de ses opinions

L’un des meneurs a environ 35 ans. « C’est toi qui étais au meeting de Bardella, connard ? » beugle-t-il, peu amène, à l’un des deux compères, âgé de 24 ans. Qui répond par l’affirmative. Les coups de la horde se mettent alors à pleuvoir.…

Immigration : nous ne faisons rien 

« Au-delà de l’émotion sur le sort des personnes, l’accueil en France de l’Océan Viking marque un tournant dans la politique d’immigration en France. Lorsqu’en 2018 avait été envisagée la création d’un hot spot à Toulon, je m’y étais opposé de toutes mes forces et avais démissionné »,  a déclaré Gérard Collomb dans un tweet qui n’est pas passé inaperçu. L’ancien socialiste est-il plus à droite que Gérald Darmanin sur le sujet de l’immigration ? Il est en tout cas plus pragmatique. Depuis son court séjour au ministère de l’Intérieur, Gérard Collomb ne cesse d’alerter et d’interpeller les responsables politiques. Il en sait trop. Il en a trop vu. 

Lui-même fut d’ailleurs victime de sa propre majorité en 2018. Après des mois à nous faire miroiter un projet de loi musclé, largement inspiré des politiques intelligentes de la social- démocratie danoise en la matière, le ministère de l’Intérieur avait fini par céder à l’aile gauche de la nouvelle majorité formée par La République En Marche qui comptait encore dans ses rangs des gens comme Aurélien Taché ou Sébastien Nadot. Ces députés sortis des rangs du Parti socialiste ou d’Europe Écologie Les Verts ont tout fait pour dénaturer une loi qui avait bien des qualités, montrant au grand jour un tropisme sans-frontiériste aussi naïf qu’anachronique. 

Lire aussi : Marek Jurek : « Nous avons besoin de reconstruire l’identité chrétienne de l’Europe »

On l’a depuis oublié, mais Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil avaient même dû publier une tribune dans Le Monde pour sonner l’hallali contre Gérard Collomb : « En France, la loi sur l’asile et l’immigration, que le ministre français de l’Intérieur présente au Parlement français, n’apporte pas de réponse à cette urgence, pas plus que ce qu’annonce son homologue allemand. Ce n’est pas de ce tandem qui joue sur les peurs que nous attendons quelque chose de bon, ni pour nos deux pays, ni pour l’Europe ». France Terre d’Asile avait manifesté devant l’Assemblée nationale et Jean-Luc Mélenchon dénoncé le retour des heures sombres, convoquant le souvenir de la Seconde Guerre mondiale. 

Résultat ? Rien de ce qui aurait dû être fait ne l’a été. Au contraire, notre arsenal législatif a été affaibli. L’ouverture du marché du travail aux demandeurs d’asile a été raccourcie de trois mois, le délit d’aide au séjour irrégulier quasiment supprimé, n’ont plus été considérés comme sûrs tous les pays ayant une législation discriminatoire à l’endroit des homosexuels, ce qui a facilité les fausses déclarations, et, last but not least, un amendement prévoyant l’extension de la « réunification familiale » aux frères et sœurs de « mineurs » avait finalement été adopté. De quoi lasser ce brave Gérard Collomb, qui, quelques années après, n’en démord toujours pas dans un entretien accordé au Point « C’est à force de ne pas prendre de décision en matière migratoire que l’on fait le jeu de l’extrême droite. Les sociaux- démocrates suédois ont tardé à prendre en compte ce problème, regardez le résultat ! Au Danemark, au contraire, la Première ministre social-démocrate a pris des mesures fortes, et elle a été réélue. Je préfère que ces problèmes soient gérés par des sociaux-démocrates plutôt que par l’extrême droite ». [...]

Sélectron : les pires défaites de l’Allemagne

5 - Bouvines

Bon, Bouvines, c’est la totale. Salade, tomates, oignon, et puis tu me rajoutes une petite olive pour la forme. Une bataille où la France en armure brillante humilie à la fois le Godon et le Chleuh, c’est vrai que ça nous fait des petits frissons quelque part, non, ne nions pas. Contexte : quand Philippe Auguste monte sur le trône en 1180, tout l’ouest notre pays est sous domination anglaise, alors que le domaine royal capétien se réduit à une grosse Île-de-France. Pas terrible. Comme Philippe a une sacrée tendance à la bagarre, d’ailleurs il était très turbulent dès la moyenne section, il se met en tête de tout récupérer. Une trentaine d’année plus tard, c’est presque chose faite. Le Maine, l’Anjou, tout le bassin de la Loire, la Normandie et la Bretagne sont récupérés. Ne reste plus que l’Aquitaine au roi d’Angleterre, le vilain (mais bien nommé) Jean sans Terre. En 1214, le sale mec décide qu’il en a marre de se faire grignoter. Avec le courage légendaire de l’Anglais, il monte une coalition européenne pour foutre sa pâtée au Capétien.

Lire aussi : Sélectron : les meilleurs matchs de l’Équipe de France en Coupe du monde

C’est là que l’Allemand entre en jeu. L’empereur du Saint-Empire est à l’époque un usurpateur du nom d’Otton IV. Désireux d’asseoir sa légitimité et de rafler des terres à l’est du royaume de France, il s’allie à l’Anglais et fournit le gros des troupes qui se rassemblent dans les Flandres pour envahir notre bonne terre. En face, Philippe Auguste a sorti la compo des grands jours : oriflamme de Saint-Denis en pointe, milices communales au centre, chevalerie bien bodybuildée sur les ailes, on joue clairement la gagne malgré l’infériorité numérique. Les Français sont probablement sept mille, les Anglo-allemands une dizaine de milliers. La confrontation a lieu le dimanche 26 juillet, 1214 donc. Les Allemands comptent en gros sur leur solide infanterie, soutenue par les archers anglais, et la France sur la fougue déjà légendaire de ses chevaliers. La bataille est d’abord indécise, les Français emportent les ailes mais sont enfoncés au centre, jusqu’à ce que Philippe Auguste soit personnellement menacé. Quand ils voient leur monarque en danger, les seigneurs français redoublent d’ardeur, finissent par balayer le centre allemand. Dans les carrés d’infanterie germains, les soldats en retraite trébuchent sur les morts et blessés, ce qui crée un mouvement de panique et bientôt une débandade générale. À la fin de journée, Philippe est maître du terrain, et de l’Europe. Jean sans Terre perd la majeure partie de l’Aquitaine et se voit imposer par ses barons la Magna Carta, sorte de proto-constitution qui réduit drastiquement ses pouvoirs. Otton IV, qui n’a pour ainsi dire plus d’armée, est contraint à l’abdication et un empereur soutenu par la France, Frédéric II, monte sur le trône. La France est pour cent ans, jusqu’à la guerre du même nom, la première puissance mondiale. [...]

La France déchristianisée est-elle encore la France ? Débat entre Chantal Delsol et Thibaud Collin

Chantal Delsol, qu’entendez-vous par la « fin de la chrétienté » diagnostiquée dans votre dernier livre, et comment se matérialise-t-elle ?

Chantal Delsol : La fin de la chrétienté n’est pas la fin du christianisme. La chrétienté est une civilisation, c’est-à-dire une société dans laquelle le christianisme insuffle ses idées, dirige les mœurs et inspire les lois. À la différence du christianisme qui est plutôt en expansion dans le monde, la chrétienté est bien terminée. Cette disparition se matérialise surtout par les mœurs. Avec les lois sociétales, les mœurs françaises ont été littéralement retournées, signe que le christianisme ne décide plus de ce qui est permis ou non d’un point de vue moral. C’est un signe de ce qui se passe au fond des cœurs. Le débat sur la fin de vie et l’euthanasie montre bien que les normes morales ont complètement changé.

« Avec les lois sociétales, les mœurs françaises ont été littéralement retournées, signe que le christianisme ne décide plus de ce qui est permis ou non d’un point de vue moral »


Chantal Delsol

Thibaud Collin : Je suis entièrement d’accord sur le constat de la fin de la chrétienté comme civilisation. C’est le révélateur d’un affaissement intérieur très profond du monde chrétien. La modernité est sous bien des rapports l’apostasie du christianisme. Nous avons assisté en quelques décennies à l’effondrement de la structure civilisationnelle qui n’était plus irriguée depuis longtemps par son principe de vie.

Parmi les causes, vous pointez du doigt le dogmatisme de l’Église. Or n’est-ce pas ce dogmatisme qui pendant très longtemps a permis à l’Église de préserver la vérité en triomphant des nombreuses hérésies, jusqu’à l’hérésie postmoderne ?

Ch.Delsol : Oui certainement, mais à quel prix, en utilisant la violence et les pressions. Cela peut fonctionner un certain temps, mais il arrive un jour où ces procédés ne sont plus acceptés. Le XVIIIe siècle, dit « des philosophes », correspond à un moment de déchirure, de rupture : des écrivains annoncent tout haut qu’ils sont athées. La seconde moitié du XXe siècle marque une autre déchirure : en l’espace de vingt ans tout au plus, une opinion dominante clame qu’elle ne supporte plus les injonctions de l’Église concernant les mœurs.

Th.Collin : Je ne nie pas la tendance coercitive de toute société homogène dans laquelle ceux qui ne partagent pas les croyances communes sont réprimés. Toutefois, il me semble que vous reliez dogmes, vérité et violence alors que je pense, en modeste disciple de Jean-Paul II et de Benoît XVI, que la prétention à la vérité est au cœur du christianisme, et que la vérité peut tenir debout toute seule. La chrétienté n’est que la manifestation institutionnelle d’une surabondance intérieure de vie. Si elle ne tient plus que par la coercition, évidemment elle s’effondre.

Ch.Delsol : Sur le sujet de la vie par exemple, nous sommes coincés entre les post-modernes qui permettent l’avortement parce qu’on n’a pas eu son prêt bancaire et, comme en Pologne, un système dans lequel la moindre fausse couche est empêchée par les médicaments parce qu’il faut préserver la vie. Des médecins y sont inculpés parce qu’ils n’ont pas voulu faire de l’acharnement thérapeutique ! On ne peut pas appliquer des dogmes bêtement, comme des fanatiques, sans tenir compte de la technique moderne qui repousse sans cesse les limites de la vie. Il faut trouver un équilibre intelligent. Ce n’est pas parce qu’on ne veut pas du post- moderne affolant qu’on est obligé de devenir bouddhiste et défendre la vie absolument à tout prix. Il y a un moyen terme qui réclame à mon avis d’abandonner certains dogmes.

Lire aussi : Y aura-t-il encore des cathos à Noël ?

Th.Collin : La défense de la vie n’est pas un acharnement absurde. Il s’agit ici tout simplement de refuser d’interrompre volontairement une grossesse. Si la nature interrompt cette grossesse, c’est une autre question. Quand Jean-Paul II déclare dans Veritatis Splendor qu’il y a des actes intrinsèquement mauvais, il renvoie à une vérité morale qui a une consistance propre, ce qui n’implique pas forcément qu’on va l’imposer. La prétention à la vérité n’est pas nécessairement violente.

Ch.Delsol : On peut simplement dire, je crois, que la prétention à la vérité ajoute une raison supplémentaire à la violence. La première raison de la violence, c’est la défense des particularités : défendre une patrie, un roi, une ville. Le régime de vérité, qui apparaît tardivement et seulement chez les Européens (Parménide, Moïse, Platon), ajoute une autre raison de violence : se battre pour une foi, pour des dogmes. Là où il y a vérité, il y a possibilité de doute, d’où la naissance en Occident de la science et de la démocratie, mais aussi un risque de violence supplémentaire qui s’exprime dans l’histoire depuis quinze siècles. [...]

Y aura-t-il encore des cathos à Noël ?

Le 1er juin 1980 au Bourget, sans mitre, ni calotte, une mèche au vent et un parapluie comme seul rempart à la tempête, saint Jean-Paul II conclut son homélie par cette question qui nous hante encore : « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » Quarante ans plus tard, la réponse ne peut être que négative. Pour Chantal Delsol, la fin de la chrétienté, c’est-à-dire l’influence du christianisme dans les mœurs et les lois françaises, ne supporte aucun point d’interrogation. La réponse est affirmative. Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment seize siècles de civilisation ont-ils été balayés aussi rapidement ? La France peut-elle être encore la France sans christianisme ? Le constat est rude, violent même. Entre une institution qui n’a pas terminé de sortir ses poubelles, la fin de l’abondance des vocations, une pratique en voie de disparition et une fracture générationnelle qui ne cesse de s’agrandir, l’avenir semble bien sombre.…

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest