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L’empire du charabia

Dans toutes les collectivités locales, administrations, préfectures, cabinets et pissotières à procédures, tu as désormais un connard chargé d’inventer une nouvelle langue française, généralement plus jus de boudin et vasouilllarde qu’un communiqué d’Action directe. Dernièrement, j’ai repéré une merveille : « L’abri des mobilités ». C’est ce que les régions et l’Éducation nationale mettent en place dans chaque lycée : une sorte d’abri fermé pour ranger vélo, skates et autres trottinettes. « Abri des mobilités »… Ah ouais ! Le dernier terme est d’ailleurs là pour remplacer « transport », terme passé de mode qui sent par trop le Mimile et le RER. 

En vérité, le gauchisme, le capitalisme et l’administration sont faits pour se marier. Un trouple ! Jusque dans le choix du langage. Car, loin d’être la gardienne d’un français de bonne facture comme cela devrait être son rôle, l’administration française invente son propre charabia mi-techno mi-english mi-woke mi-école de management qui éloigne les Français de leur propre État. Quelques exemples du désastre ? La Corrèze a mis en place un système d’aide aux chômeurs, cela s’appelle « Boost Emploi ». Ledit territoire a pourtant deux langues, l’occitan et le français, mais bon… 

L’administration se vit comme un monde hermétique où ceux qui puent la bouse ne doivent surtout pas mettre les bottes

Le conseil départemental de Haute-Marne, lui, ne joue pas avec l’anglais mais a choisi de chercher un « Instructeur à l’aide sociale générale ». Ah ? Du temps où j’étais jeune et beau on appelait ça une « assistante sociale ». En « Provence-Alpes-Côte d’Azur », le Conseil régional, pour sa part, s’interroge « sur la trajectoire qu’il voulait donner à son territoire en matière d’énergie ». Espérons, pour trouver cette « trajectoire », qu’il « mobilise en co-working ses infrasynergies créatrices et élaborantes » [...]

Affaire Bastien Vivès : réflexions sur l’art, la morale, la vérité et sur le fantasme

De prime abord, la polémique autour de Bastien Vivès semble se résumer à un débat autour de la censure. On voudrait censurer un dessinateur qui n’a fait que dessiner, un créateur qui n’a fait que créer. Pire, on voudrait aseptiser l’art pour complaire à l’ère du temps et lui retirer sa vertu cathartique, laquelle ne va pas sans une certaine transgression nécessaire à son accomplissement. Mais si on réclame la catharsis dans l’art, on reconnaît alors à l’art une dimension morale et c’est cette  question de la morale dans l’art qu’il faut poser, même si on craint ce faisant de donner l’impression de céder à la fureur woke qui entend à terme effacer tout ce qui a été. Tant pis, l’effort de la réflexion mérite qu’on prenne ce risque car si l’hérésie woke pose pour une fois une bonne question, tout nous oblige à lui apporter urgemment une réponse correcte afin d’éviter qu’elle ait pour elle à la fois l’initiative et la conclusion, bref, qu’elle gagne.…

Pédophilie dans l’Église : sortons les poubelles

Un an déjà que le rapport de la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église de France) est paru, et nous avons tous eu du mal, collectivement, nous les catholiques de France, à le prendre sérieusement pour ce qu’il était : au-delà de la querelle des chiffres (300 000 victimes supposées sur 60 ans, pour 3 000 à 4 000 prédateurs sexuels dans cette Église de France), il s’agissait de réaliser l’ampleur des dégâts et, partant, de comprendre ce que pouvait dire « systémique » en l’occurrence. 

Était-ce qu’une organisation pédocriminelle s’était hissée à la tête de notre Église ? Sinon, plus sérieusement, qu’un certain nombre de prédateurs avait pu abuser en toute tranquillité d’enfants et d’adolescents, bénéficiant du silence naïf de leur hiérarchie ? Ou encore même, et pire, que le fidèle catholique avait pris ça à la légère, supposant que cela faisait partie du jeu de la nature humaine déchue ? Toujours est-il que le scandale, après vingt ans de tergiversations, de bonne volonté et de certains progrès dans le traitement de ces affaires, a fini par enfin éclater. [...]

Affaire Bastien Vivès : la possibilité d’une censure

Que faire de Bastien Vivès ? La question nous est posée de manière générale et nous voilà obligés d’y répondre, même malgré nous. De manière générale, c’est-à-dire à tous les citoyens français, mais plus particulièrement à nous, presse et médias, éditeurs et critiques d’art. Que faire de son œuvre et, sans se mettre à la place d’une police et d’une justice que nous ne sommes pas et ne voulons jamais être, tenter d’y répondre d’un point de vue moral, ce qui contrairement à ce qu’assène la vulgate de cette époque, également partagée entre droite et gauche, n’est pas un mot ridicule ? Mais un mot supérieur.

Pour notre part, nous avons participé de quelque façon à la publicité faite à Bastien Vivès, qui pouvait s’entendre au premier abord dans le sens où il est reconnu généralement comme un grand dessinateur de bd contemporaine. Nous l’avons interviewé en mai 2020, au sujet de son album Quatorze juillet, qui n’avait aucun rapport avec quelque sexualité enfantine que ce soit, mais une question finale lui était posée sur le « consensus » qui avait fait reléguer son Petit Paul sous blister dans les enfers des boutiques, comme s’il s’était agi d’une censure politique.…

Coupe du monde : de guerre et d’amour

Mercredi soir, il faisait froid. Il faisait froid comme depuis des jours, et c’était normal puisque nous étions en décembre. Ça tranchait drôlement avec la fête autour, sur les boulevards. Si on avait été un peu naïf, on aurait maudit une Coupe du monde organisée en plein hiver, tout ça pour le plaisir des vilains magnats barbus du pétrole. Mais comme on avait grandi, on pensait que finalement, l’air glacial offrait un soupçon de folie bienvenu à la liesse : malgré une température négative, nous étions dehors, nous exultions. Ce froid était une épreuve supplémentaire dont nous avions triomphé.

Lire aussi : Jérémy Bouhy : « Cette édition est la plus belle Coupe du monde disputée jusqu’ici »

Car nous avions triomphé de tout et, sur le boulevard Haussmann, entre les klaxons, les drapeaux et les étreintes, il était difficile de retenir une larme à la pensée que notre pays écrivait l’histoire.…

Jérémy Bouhy : « Cette édition est la plus belle Coupe du monde disputée jusqu’ici »

C’est peu dire que le Maroc n’était pas attendu à ce stade de la compétition. Comment expliquez-vous ce succès ? L’académie de formation Mohammed VI est souvent citée en exemple. Azzedine Ounahi (SCO Angers) et deux autres titulaires lors de la qualification contre l’Espagne en étaient issus. Qu’en pensez-vous ?

Le Maroc est sur la pente ascendante depuis quelques années, et ceci pour deux raisons : tout d’abord, l’équipe repose sur une génération incroyable, incarnée par Ouhani, Boufal, Saïss et d’autres. Chaque pays connaît son âge d’or, je pense que le Maroc entre dans le sien, qui devrait durer quelques années. La seconde raison se situe à l’échelle nationale dans le travail entrepris pour structurer la formation, identifier les talents, former les éducateurs, bâtir des stades et des centres d’entraînement notamment avec l’académie Mohammed VI. Le Maroc a calqué son modèle sur ce qui se fait de mieux en Europe, et en récolte les fruits aujourd’hui.…

Abbé Raphaël Duchamp : « Le déracinement vient couper le peu de foi et de pratique qui perdurent »

Pouvez-vous nous présenter rapidement les caractéristiques de votre paroisse ? 

Je suis prêtre dans la paroisse de Lodève au nord du diocèse, à cheval sur le piémont pyrénéen et le début du plateau du Larzac. Nous sommes deux prêtres dans une paroisse qui regroupe environ 28 communes, 35 églises et près d’une quinzaine de chapelles. Pour gérer tous ces clochers, on fonctionne de la manière suivante : la grand-messe du dimanche est célébrée à la cathédrale de Lodève ; pour le reste, la paroisse est découpée en trois secteurs qui chacun a une messe le samedi soir ou le dimanche matin. Pour vous donner un ordre d’idée, il y avait 124 prêtres séculiers avant la Révolution française sur l’ancien diocèse de Lodève, aujourd’hui il y en a sept en activité dont deux ont plus de 75 ans. 

Sociologiquement, de quelle France s’agit-il ? 

Avec environ 7 000 habitants, Lodève est assez miséreux : près de 50 % de la population se trouvent sous le seuil de pauvreté. Environ un tiers de la population est issu de l’immigration nord-africaine. Et il y a quelques zadistes aussi! En clair, la situation matérielle et morale est assez précaire. Aux alentours, on se trouve dans la ruralité profonde : le plus petit village possède à peine 35 habitants ! 

« Depuis mon arrivée, je sens qu’il y a encore une certaine attente vis-à-vis de l’Église, plus forte qu’en ville, même si elle s’étiole »


Abbé Raphaël Duchamp

Séminariste puis prêtre à Montpellier, vous avez atterri à la campagne en septembre dernier. Quels changements pour votre ministère ? 

L’apostolat est beaucoup moins spécialisé. À Montpellier, nous étions relativement nombreux donc je m’occupais particulièrement de la jeunesse. Ici, j’ai une grosse part d’apostolat classique : célébrer les baptêmes et mariages, visiter les gens et les malades, passer de village en village, etc. L’apostolat est itinérant, je passe beaucoup de temps en voiture. En ce qui concerne la population, les gens sont plus simples qu’en ville, sans esprit bourgeois. Depuis mon arrivée, je sens qu’il y a encore une certaine attente vis-à-vis de l’Église, plus forte qu’en ville, même si elle s’étiole. Ils sont contents d’avoir un prêtre parce qu’ils savent qu’il n’y en aura plus dans quelques années. Dans les campagnes, il faut connaître les gens et tisser des relations concrètes. Ça n’est pas un travail de masse comme parfois en ville, c’est vraiment un travail de personne à personne. Enfin, il faut adapter l’enseignement : je ne fais pas les mêmes homélies ici qu’en centre-ville de Montpellier, ni même à Lodève que dans les villages alentour. [...]

Noël : les idées cadeaux de L’Incorrect

LIVRES
(par Romaric Sangars)

LE CŒUR NE CÈDE PAS, Grégoire Bouiller, Flammarion, 904 p., 26 €

Les vacances de Noël et les longues soirées d’hiver vous offriront les circonstances idéales pour plonger dans ce pavé remarquable, hors genre, qui valut à Grégoire Bouiller d’être défendu comme leur propre Goncourt par les critiques de l’excellent magazine Transfuge, et qui était d’ailleurs le « chouchou absolu » de Didier Decoin, le président du jury du célèbre prix littéraire. Il aurait aussi pu être le nôtre, tant est éblouissante son inventivité folle pour déployer dans tous les sens l’obsession de l’auteur pour un fait divers sordide des années 80 (un ancien mannequin sexagénaire se laisse mourir de faim à Paris et consigne son agonie). Un livre déconcertant, monstrueux, tragique et parfois drôle, sans équivalent dans la littérature récente.

LA FORTERESSE (AUTOBIOGRAPHIE 1953-1973), Richard Millet, Les Provinciales, 304 p., 24 €

Richard Millet au sommet de son art, évoquant son enfance, sa naissance à la littérature, à la musique et à la sensualité, l’intransigeance cruelle de son père, son enfermement autistique et les différents lieux – la Corrèze, le Liban et Paris – qui constitueront sa vision du monde et sa sensibilité par contrastes et combinaison de mémoires diverses.…

L’Incorrect

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