


Comme beaucoup d’autres lobbys modernes conspirant « contre toute espèce de vie intérieure » (Bernanos), l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) lutte en fait pour un objectif exactement contraire. La « mort heureuse », telle qu’elle est pensée et défendue par cette association, c’est une mort avec le moins de souffrances, une mort privée de calvaire, une mort sans agonie. Qu’on puisse souhaiter souffrir le moins possible, rien n’est plus compréhensible, cependant fuir la souffrance à tout prix, voilà ce qui ne saurait être considéré comme digne : c’est lâche et vil.
Lire aussi : Tugdual Derville : « C’est un bras de fer anthropologique qui s’engage »
Viktor Frankl, psychiatre rescapé d’Auschwitz, expliquait que même dans la pire des situations, l’homme a le choix de vivre l’inéluctable avec dignité ou bien avec bassesse : il appelait cela manifester des « valeurs d’attitude » ; on peut toujours introduire un espace entre ce dont on pâtit et soi-même, et avec la pointe de son esprit, on peut toujours défier ce qui nous tourmente. L’attitude devant le « Grand capitaine » de Baudelaire, la façon d’appareiller, sa manière de mourir est la dernière occasion de montrer le fond de son âme, voire de la purifier. Si le bon larron avait été sous sédatifs, aurait-il pu se convertir in extremis ? [...]
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Après le mariage pour tous, la PMA pour femmes seules et lesbiennes, l’extension des délais d’IVG, c’est l’euthanasie qui se profile dans le calendrier législatif. Comment stopper ou du moins freiner l’offensive sur la vie ?
Ces offensives sont à distinguer même si elles relèvent d’une même logique de déconstruction des repères anthropologiques. Oui, la légalisation de l’euthanasie menace, mais aussi l’euthanasie « masquée », c’est-à-dire dissimulée. Vous me demandez comment « freiner » : se contenter de donner un coup de frein à des évolutions vues comme inéluctables n’est pas motivant ! Mieux vaut repartir d’un regard ajusté sur l’état de notre société, afin d’analyser les causes profondes des régressions du droit à la vie, du respect de la dignité humaine, et des repères favorisant la famille durable, écosystème qui offre à l’être humain les meilleures chances de protection.
Il faut aussi reconnaitre les progrès indéniables de la protection de la vie humaine dans de nombreux domaines : respect accru des enfants, lutte contre la violence routière, l’alcoolisation du fœtus, les abus sexuels, etc. Se garder d’une vision univoque est essentiel, car nous assistons à une sorte de chassé-croisé : d’un côté, de grands progrès en matière de médecine, de prise en compte de la personne ; d’un autre côté, de graves régressions. C’est à partir de ce constat équilibré que nous pouvons construire une culture de vie. Il ne s’agira pas seulement de résister aux mesures législatives délétères que l’on fait passer pour « inéluctables » en les prétendant « humanistes » ; nous devons aussi favoriser les conditions sociales et culturelles pour que nos contemporains conservent le « goût de la vie » jusqu’à son terme naturel. Cela nécessite par exemple de lutter contre « la mort sociale » de millions de personnes âgées isolées, qui vivent dans la précarité affective et ont peu de prix aux yeux d’autrui. Tous contaminés par l’individualisme, nous avons à travailler à une société d’interdépendance, où les personnes fragiles auront toute leur place. C’est le sens de la récente campagne d’Alliance VITA « changeons nos regards pour changer sa vie ». [...]
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Sale temps pour les progressistes américains. Alors que la semaine dernière, le milliardaire Elon Musk a annoncé qu’il souhaitait racheter intégralement Twitter et que le wokisme était un « virus de l’esprit » en parlant de Netflix, c’est maintenant le géant Disney qui est dans le
viseur des conservateurs à cause de leur wokisme. C’est à Orlando que se situe le parc Walt Disney World Resort, symbole de l’empire Disney.
Accueillant plus de 20 millions de visiteurs par an pour un bénéfice de 18 milliards d’euros, il est l’un des joyaux de la Floride. Pourtant, alors que depuis plus d’un demi-siècle, il bénéficie d’un statut spécial qui l’exonère d’une grande partie des contraintes législatives liées aux entreprises, le parlement de l’État du Sud-est des États-Unis vient de voter pour la fin de cette exception.
Pourquoi ? Récemment, le gouverneur de Floride Ron DeSantis a fait passer une loi interdisant aux enseignants de parler d’orientation ou de théorie du genre avant dix ans : la loi « Don’t say gay ». Or, le patron de Disney Bob Chapek, après avoir longuement hésité, s’est prononcé officiellement en défaveur de cette loi en bon progressiste. Cette idéologie a de fait largement progressé dans l’entreprise, qui ne cesse depuis le début des années 2000 de donner des gages de bonne volonté aux LGBT et aux minorités, comme dans La Belle et la Bête qui avait fait du personnage LeFou un amoureux éperdu de Gaston. Pourtant, comme Netflix, la multinationale semble faire les frais de son wokisme alors que l’action a perdu plus de 30% en un an, dans un contexte économique plutôt favorable mais fragilisé par la concurrence. Bob Chapek est ainsi sur la sellette en raison de ses mauvais résultats, mais aussi de l’insatisfaction générée dans les deux camps aux États-Unis par sa réponse tardive. Ron
DeSantis a ainsi vivement critiqué la prise de position du géant du divertissement en arguant que « cet État est gouverné par les intérêts des citoyens de Floride et non par les exigences des dirigeants d'entreprises californiennes. L'État ne leur appartient pas ». [...]
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Votre livre a-t-il un lien avec l’actualité politique ?
Les enjeux liés à la fin de vie sont d’une brûlante actualité parce que, pour la première fois en France, une majorité de députés a voté en avril 2021 le principe de la légalisation de l’euthanasie, mais sans avoir le temps d’en fixer les modalités. Dans ce contexte, j’ai écrit ce livre sur la réalité de l’euthanasie et du suicide assisté, afin d’alerter les Français sur les conséquences sociales et éthiques graves qu’une telle loi engendrerait. J’ai analysé en profondeur les cinq principaux arguments utilisés par ses partisans, pour en comprendre la portée et la valeur, mais aussi pour en mesurer les limites, les risques, les dangers.
La légalisation de l’euthanasie s’inscrit-elle dans la lignée des lois « sociétales » adoptées ces dernières décennies, et en particulier de l’IVG ?
Oui, ses partisans veulent absolument imposer la légalisation de l’euthanasie comme la grande réforme « sociétale », que tous les candidats devraient s’engager à réaliser au cours du prochain quinquennat. À leurs yeux, ce serait « l’ultime liberté » dont les Français auraient besoin, après avoir acquis celle de l’IVG il y a un demi-siècle, celle du « mariage pour tous » et celle de la « PMA pour toutes » plus récemment.
Lire aussi : Enquête : Jean-Luc Romero-Michel, articulo mortis
Pourquoi est-ce une préoccupation qui ne touche que des pays riches ?
De fait, ce sont essentiellement les pays riches de culture libérale occidentale qui se sont engagés dans cette voie. Ces pays ont développé depuis un demi-siècle une vision de plus en plus individualiste de la personne humaine, inspirée de la culture anglo-saxonne : celle-ci serait seule responsable de ses choix et des conséquences de ses actes, sans prendre en compte la dimension collective des décisions individuelles. Pourtant, l’interdit de tuer constitue un des fondements essentiels que les hommes se sont donnés depuis la nuit des temps pour pouvoir vivre ensemble en société, paisiblement. [...]
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Docteur Fourcade, comment la SFAP soutient-elle aujourd’hui les soins palliatifs en France ? Qui représentez-vous ?
La SFAP est une société savante. Notre objectif est d’augmenter les savoirs, de faire avancer la recherche et la technique. Il y a une société savante dans chaque discipline médicale mais en soins palliatifs nous n’avons pas que des médecins. La SFAP est donc pluridisciplinaire, comme les soins palliatifs. Nous regroupons à peu près dix-mille soignants de soins palliatifs et plus six-mille acteurs bénévoles d’accompagnement. C’est tout à fait original dans le paysage des sociétés savantes. Elle est à la fois dans la recherche de progression des savoirs mais aussi de militer pour le développement des soins palliatifs. Nous sommes donc aussi un mouvement militant.
Vous adressez-vous uniquement au personnel soignant ou tentez-vous aussi de sensibiliser le grand public ?
La SFAP est composée de docteurs en soins palliatifs mais parle au-delà du monde soignant, au grand public. Nous lançons une grande campagne d’information destinée au grand public.
Effectuez-vous un travail d’influence ?
Notre mission consiste aussi en un travail d’information. La SFAP est un acteur de référence au niveau professionnel: le seul représentant officiel en soins palliatifs, et l’interlocuteur des pouvoirs publics en ce qui concerne ces questions. Qu’il s’agisse d’écrire de nouveaux protocoles ou de réfléchir aux politiques de fin de vie.
L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD) revendique 71 % de médecins favorables à la légalisation de l’euthanasie ou du suicide médicalement assisté. Quel est l’état de la fracture entre les partisans et les opposants à l’euthanasie au sein du personnel médical ? N’êtes-vous pas minoritaires ?
C’est difficile à estimer. Le seul sondage qu’il y ait eu est un sondage du Conseil de l’Ordre qui a au moins 12 ans. Il montrait surtout que parmi les médecins, plus on est proche de la fin de vie, moins on est favorable à une aide médicale à mourir quelle qu’elle soit. Et plus on est éloigné de la mort, plus on a une position qui se rapproche de celle de la population générale. Un dermatologue ou un médecin de santé publique aura un point de vue assez proche de celui de la population générale. En soins palliatifs c’est tout à fait différent. L’été dernier, après l’épisode de la proposition de loi Falorni en faveur de l’euthanasie, nous avons organisé une grande consultation des acteurs de soins palliatifs. Nous leur avons demandé ce qu’ils pensaient du calendrier législatif sur ce sujet. Et les chiffres que nous avons recueillis sont complètement différents : 96 % des acteurs de soins palliatifs sont opposés à l’euthanasie, dont 98 % des médecins. C’est sans appel. La conclusion est que pour les acteurs de soins palliatifs, donner la mort ne peut pas être un soin. Ce qu’on dit, c’est que l’euthanasie, faite par des soignants, ce sera un « non » catégorique. Il n’y a pas moyen. Le cadre législatif actuel nous permet, à nous soignants en soins palliatifs, d’accompagner correctement nos patients. Nous manquons de moyens, mais le cadre législatif est satisfaisant.
La loi Claeys-Léonetti fait-elle toujours loi à l’hôpital ?
Oui, ce sont les retours que nous avons. Ce qui est difficile c’est que ce sont des sujets très complexes dans la pratique quotidienne et la loi Claeys-Léonetti est mal connue. Il y a une grande méconnaissance par la population en générale : des soignants, des possibilités, des obligations de soulager, de l’interdiction de l’obstination déraisonnable. Beaucoup de patients ne savent pas que tout cela est déjà possible avec la loi actuelle. [...]
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