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À Frontignan, le naufrage des Républicains

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Publié le

13 mars 2020

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À Frontignan, ville de 23 000 habitants dans l’Hérault, les opposants à la majorité de gauche sortante veulent y croire. Ils pensent possible de battre un système en place depuis 25 ans et de prendre une ville détenue par la gauche depuis un siècle. À commencer par Gérard Prato, conseiller régional (RN) d’Occitanie, qui se voit dans la peau du favori.

 

 

 

La liste menée par Gérard Prato est exemplaire d’un phénomène observé en Languedoc : les Républicains s’effacent progressivement, certains d’entre eux rejoignant des listes de droite « unionistes » ou le Rassemblement national. Ainsi, Agir pour Frontignan-La Peyrade, la « liste d’union communale » conduite par Gérard Prato, qui avait obtenu plus de 43 % en 2014 face au socialiste Bouldoire, en place depuis 1995 et qui cette fois ne se représente pas, bénéficie du soutien de trois partis : le Rassemblement national (RN), le Parti chrétien-démocrate (PCD) et Debout La France (DLF). Leurs logos, ainsi que celui de La Droite populaire de Thierry Mariani, figurent côte à côte sur les documents de campagne. Robert Ménard, maire de Béziers (située à 40 kilomètres), apporte, lui aussi, son soutien à cette liste concrétisant cette union des droites qu’il appelle de ses vœux. Il s’est du reste rendu à Frontignan pour témoigner de son appui.

Pis pour LR : la section de Frontignan ne compte quasiment plus un seul militant actif car ceux qui n’ont pas rejoint la liste Agir pour Frontignan participent à une liste sans étiquette qui refuse toute référence aux Républicains !

Il faut dire que Gérard Prato, inspecteur des finances, a su attirer à lui des cadres et d’anciens candidats issus des Républicains. Son directeur de campagne, Frédéric Patte, a été responsable UMP du canton. Plusieurs de ses colistiers se sont présentés sous l’étiquette LR aux précédentes élections. Les transfuges de la droite représentent près du quart de son équipe de campagne. Pis pour LR : la section de Frontignan ne compte quasiment plus un seul militant actif car ceux qui n’ont pas rejoint la liste Agir pour Frontignan participent à une liste sans étiquette qui refuse toute référence aux Républicains ! Elle est menée par le jeune et ambitieux Thibaut Cléret, un ancien candidat UMP qui n’a plus de lien avec son ancien parti et assume de n’avoir aucun logo sur ses affiches.

En 2019, la liste Les Républicains n’a réuni que 4.4 % des suffrages aux européennes dans la ville.

Cette saignée militante coïncide avec un effondrement électoral spectaculaire : en 2019, la liste Les Républicains n’a réuni que 4.4 % des suffrages aux européennes dans la ville. Dix points de moins que la liste de Michèle Alliot-Marie aux européennes de 2014, vingt points de moins si on réfère au scrutin antérieur !

 

Lire aussi : Les années de plomb de Frontignan

 

Arnaud Julien, patron des Républicains de l’Hérault, se dit modérément préoccupé par la quasi-disparition de son parti à Frontignan. Ses suppléantes aux législatives de 2007 et de 2012 ont toutes les deux rejoint l’équipe de Gérard Prato ? Officiellement, ce n’est pas si grave qu’il y paraît : « La première, c’était il y a dix ans, et la suivante, elle n’était pas encartée chez nous. Les digues cèdent mais pas au niveau des élus ». Mais il ajoute : « Ce sont surtout des individualités qui veulent faire une carrière », sans se rendre compte que, même si c’était vrai, cela signifierait que pour faire carrière, ce n’est plus à LR qu’il faut aller… Et d’asséner : « L’extrême droite profite de la désunion mais il y aura un front républicain au second tour, les listes fusionneront. Ma position est claire : ni Front ni Macron ».

Et, toujours dans la ville, il s’en était fallu d’une poignée de voix pour que Gérard Prato ne remporte le duel du second tour.

Dans la réalité, c’est ambiance Titanic. Aux législatives de 2017, à Frontignan même, Arnaud Julien avait péniblement atteint 7,87 %. Et, toujours dans la ville, il s’en était fallu d’une poignée de voix pour que Gérard Prato ne remporte le duel du second tour.

À Béziers et dans les communes autour, Robert Ménard a rallié à sa cause la quasi-totalité des militants LR. À Sète, Sébastien Pacull, ancien président des LR du département, a monté une « liste d’union des droites et des citoyens » soutenue par le RN.

Si la fusion par la base des LR et du RN semble avancée à Frontignan, Arnaud Julien a encore d’autres raisons de s’inquiéter. À Béziers et dans les communes autour, Robert Ménard a rallié à sa cause la quasi-totalité des militants LR. À Sète, Sébastien Pacull, ancien président des LR du département, a monté une « liste d’union des droites et des citoyens » soutenue par le RN.

En donnant raison à Robert Ménard, qui déclarait à Frontignan : « Le prix à payer pour faire l’union des droites, c’est de la faire contre les partis politiques : ce sont eux qui nous empêchent de nous retrouver ».

En fait, l’Hérault apparaît comme l’avant-garde de l’évolution politique de LR. Partout, les Républicains multiplient les rapprochements avec la majorité présidentielle, refusant toute alliance avec le RN, quand bien même elles relèveraient de l’intérêt local, mais la base militante ne suit pas. Une divergence de vues qui semble pour l’heure insoluble et devrait fissurer un peu plus encore Les Républicains dans les années à venir. En donnant raison à Robert Ménard, qui déclarait à Frontignan : « Le prix à payer pour faire l’union des droites, c’est de la faire contre les partis politiques : ce sont eux qui nous empêchent de nous retrouver ».

 

 

Gabriel Robin

 

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