À VOIR OU À FUIR, C’EST LA SEMAINE CINÉMA DE L’INCORRECT

 

Une aventure canine jubilatoire ou des rois sidérants de bêtises…Que faut-il aller voir ou fuir au cinéma cette semaine.

 

 

L’ÎLE AUX CHIENS

De Wes Anderson

Avec Vincent Lindon, Isabelle Huppert, Romain Duris

En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Île aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.

 

 

L’Ile au chien est le neuvième long métrage de Wes Anderson ( La Vie aquatique, La Famille Tenenbaum, The Grand Budapest Hotel…) , et son deuxième film d’animation après son adaptation de Roald Dahl Fantastic M. Fox. Si son cinéma trouve sa singularité dans cette alchimie méticuleuse de son obsession des couleurs, de son ton absurde toujours teinté de nostalgie, et de la construction presque maniaque de ses cadres, ses films d’animation, par l’utilisation de la Stop Motion, se révèlent encore plus jubilatoires. Au-delà de l’originalité formelle -photographier image par image des figurines ou des marionnettes en 3D dans des décors en modèles réduits – cette technique offre une palette de couleurs et de détails qu’on ne voit nulle part ailleurs. Son exubérance décorative est ici décuplée. Chaque plan regorge de détails impressionnants jusqu’à donner l’impression de toucher, littéralement, l’image du regard.  Mais cette exubérance n’est pas pour autant boursouflée façon bling bling pictural, au contraire. L’Ile aux chiens est une poubelle géante, les chiens eux-mêmes sont tous cradingues et écaillés et pourtant chaque plan et chaque lieu, à l’apparence similaire, se révèlent à chaque fois uniques.

Mais L’Ile aux chiens n’est pas qu’une prouesse visuelle. Wes Anderson s’amuse avec la même minutie à réinventer une narration. Son scénario est un récit à tiroir qui oscille intelligemment entre digressions et flash-back et son protocole narratif s’avère aussi jubilatoire que surprenant. Dès l’ouverture, le narrateur annonce que les chiens parleront en anglais et que les hommes s’exprimeront en japonais, traduit selon son bon vouloir, par des commentateurs assermentés par le pouvoir.  Si le réalisateur américain excelle dans la création de nouveaux mondes, ces derniers ressemblent furieusement aux nôtres grâce à ses ruptures de ton ainsi que ce mélange de candeur et de cruauté qui fait son cinéma. On passe d’une scène hilarante des chiens menacés par un danger imminent qui se refuse de choisir tant qu’il n’y a pas consensus, à une scène très crue d’une greffe de rein. Mais ce joyeux bordel parfaitement organisé n’est pas un trip égoïste d’artiste, il fait naître des émotions qu’on ne voit jamais venir. N’est-ce pas là l’essence même du 7ème art ?

 

 

KINGS

De Deniz Gamze Ergüven

Avec Halle Berry, Daniel Craig, Kaalan Walker

Auréolée du succès international de son premier film Mustang, la jeune réalisatrice franco-turque, Deniz Gamze Ergüven, s’attaque aux émeutes de Los Angeles de 1992, armée d’un casting hollywoodien.

 

 

Millie (Halle Berry experte en main devant la bouche et yeux écarquillés) s’occupe de sa famille et d’enfants qu’elle accueille en attendant leur adoption. À la télévision, le procès Rodney King bat son plein. Lorsque les émeutes éclatent, Millie va tout faire pour protéger le fragile équilibre de sa famille. Depuis 1929, même le quidam inuit connaît le concept de krach boursier. Avec Kings, ils découvriront celui de krach cinématographique. Trop grand, trop partisan, trop con. La pourtant très talentueuse réalisatrice rate tout ce qu’elle entreprend, jusqu’à mettre en scène le couple Berry/Craig en train de s’échapper d’un lampadaire d’où ils étaient menottés en tressant une corde grâce à leurs jeans déchirés à la main. Sidérant.

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adewatrigant@lincorrect.org