Rappelons l’affaire. Adélaïde, ayant écrit pour la presse d’opinion de droite, a postulé à l’Association pour le rayonnement de l’Opéra de Paris sans omettre son travail passé. Reçue lors d’un entretien d’embauche, elle a été humiliée par la responsable en charge du recrutement, celle-ci trouvant « incroyable qu’une fille de droite avec un tel CV puisse penser que le monde de la culture s’ouvrirait à elle », ajoutant que « le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit ». Adélaïde a décidé de médiatiser l’affaire, et une enquête est aujourd’hui en cours.
La gauche, totalitaire par essence
Comment en sommes-nous arrivés là ? Il ne faut pas hésiter à remonter loin, à 1789 pour être exact. L’histoire est connue : lors de la constitution de l’Assemblée nationale, les partisans de la Révolution s’assirent à gauche et les fidèles au roi à droite. Ainsi naquirent les catégories politiques définissant notre ère. Qui siégeait à gauche ? La bourgeoisie. Qui siégeait à droite ? La noblesse. Que voulait la bourgeoisie ? Prendre la place de la noblesse. A-t-elle réussi ? Oui, et son règne se nomme République. République qui gouverne mal mais se défend bien, pour reprendre le célèbre mot d’Anatole France. Contre qui ? Contre la droite, en qui elle voit son ennemi ontologique, la noblesse, ainsi que les nostalgiques de la culture classique et des temps anciens. On voit d’ailleurs très rapidement à ce titre en quoi un parti politique tel que celui des « Républicains » n’a évidemment rien de droite, jusqu’à son nom même, révélateur de son ancrage effectivement bourgeois et donc en réalité de gauche, comme les dernières sorties de Mme Pécresse l’ont attesté. L’autre adversaire de cette bourgeoisie, né de sa propre domination, est le prolétariat, qu’elle amalgame donc au camp contre-révolutionnaire (le fameux « beauf réac »). Ceci explique d’ailleurs pourquoi les couches les plus populaires ont effectivement fini partout en Occident par voter à droite. Ainsi, dès que cette dernière se montre, la gauche, pour conserver son pouvoir qu’elle sait illégitime face à la noblesse et inique face au prolétariat, purge, tire et tue.
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Du génocide vendéen aux goulags soviétiques, des gardes rouges de Mao aux wokes de l’Opéra de Paris, la même logique d’épuration paranoïaque prévaut. Si vous êtes soupçonné de sympathie envers la droite, c’est-à-dire de déloyauté envers la gauche, celle-ci vous abattra, mortellement ou socialement. Après le XXème siècle de l’horreur et face à celui de la folie, il ne faut ainsi pas avoir peur de dire que la gauche est ontologiquement totalitaire. En vérité, sa Terreur révolutionnaire ne s’est jamais arrêtée : il s’agit du mode même de son existence. Sans elle, la modernité et ses mensonges sur la nature humaine, dont on voit aujourd’hui les formes les plus grotesques, ne sauraient tenir.
La culture, nerf de la guerre idéologique
À ce titre, la gauche redouble de vigilance au sein des institutions défendant la culture classique comme l’Opéra, car elle sait qu’elles attirent naturellement des profils de droite, c’est-à-dire des ennemis potentiels. Il est donc primordial pour la bourgeoisie de les contrôler et d’en chasser tout individu pouvant y remettre en cause son magistère. C’est que, de façon plus générale, niant l’existence d’une réalité spirituelle, la culture est à la gauche ce que la religion est à la droite. Dit autrement, il s’agit du centre doctrinal et idéologique de son pouvoir, par lequel elle justifie symboliquement, esthétiquement et moralement ses décisions politiques en vue de la défense de ses propres intérêts et de ce qu’elle croit être les intérêts généraux de l’entité qu’elle gouverne. Ainsi, lorsque l’employée sous-entend qu’Adélaïde est « raciste » (elle aurait pu dire « misogyne», « homophobe » ou « islamophobe »), elle ne fait que la qualifier d’« hérétique » dans le langage propre de la religion diversitaire dont elle est clerc et gardienne, en tant que membre d’une institution culturelle, c’est-à-dire en fait cultuelle.
Pour ne pas céder une partie de son capital économique aux couches populaires, l’élite redistribue le capital symbolique de ces dernières vers la « diversité », faisant croire qu’il s’agit là de la seule (et véritable) politique de réduction des inégalités qui soit
C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle l’a invitée : afin de montrer à ses pairs sa foi d’inquisitrice zélée, débusquant et humiliant les « mécréants ». C’est ce qu’on appelle communément sur les réseaux sociaux le « signalement de vertu », c’est-à-dire le fait de montrer son allégeance au pouvoir progressiste, dans le but que celui-ci nous récompense de notre loyauté. Ainsi, si Saint-Just criait : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté », les wokes hurlent : « Pas de diversité pour les ennemis de la diversité ». Évidemment, lorsque l’Archange de la Terreur cite la « liberté » pour la seconde fois, il faut comprendre : « la liberté pour la bourgeoisie de prendre le pouvoir face à la noblesse », et rien d’autre. Mais alors, aujourd’hui, qu’entendent les wokes par le terme de « diversité » ?
Quand la bourgeoisie instrumentalise la « diversité »
Ce que les wokes appellent « diversité », nous l’avons nommé dans un précédent article « pseudotariat », à savoir un prolétariat factice que la bourgeoisie met en avant et en place afin d’invisibiliser les véritables classes populaires et la question sociale. Pour ne pas céder une partie de son capital économique aux couches populaires, l’élite redistribue le capital symbolique de ces dernières vers la « diversité », faisant croire qu’il s’agit là de la seule (et véritable) politique de réduction des inégalités qui soit. Pour faire simple, la bourgeoisie remplace le social par le sociétal ou encore la lutte des classes, verticale, par celles, horizontales, des races, des sexes, des religions etc.
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Apparaît alors une alliance objective entre le pseudotariat et l’élite, celle-ci cherchant à placer ses pions diversitaires partout où elle le peut. Ces derniers, déduisant grâce à leur statut spécial qu’ils n’ont même plus besoin de développer de compétences objectives pour obtenir ou conserver leur poste, se montrent donc fidèles, tels des vassaux, à la bourgeoisie dans les nombreuses institutions qu’elle contrôle par définition. En échange de son soutien, ils la défendent contre la droite. Ainsi, lorsque la responsable de l’AROP annonce à Adélaïde qu’elle a montré son CV à des collègues « issus de l’immigration » apparemment gênés de travailler avec la jeune femme, elle veut dire, de manière inconsciente, que ces derniers font ce pour quoi ils ont été embauchés, à savoir servir de bouclier « moral » à la bourgeoisie face à ce qu’Adélaïde représentait. Par sa carrière politiquement marquée à droite, la jeune femme constituait en effet pour l’alliance entre l’élite managériale et le pseudotariat une double menace, idéologique et sociale, c’est-à-dire conservatrice et populaire.
Le temps des trois ordres est revenu en France, et nous voilà seuls contre deux. Tant mieux : la victoire n’en sera que plus belle.





