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Affaire Saint-Jean de Passy : « Seul l’archevêque de Paris pourrait rétablir M. Clément dans son honneur et sa respectabilité »

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Publié le

6 janvier 2021

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Le 14 avril dernier, en plein confinement, le milieu catholique parisien était secoué par « l’affaire Saint-Jean de Passy » : François-Xavier Clément, le directeur du grand lycée du XVIe arrondissement, était mis à pied immédiatement pour d’obscures raisons, et une enquête préliminaire ouverte par le Parquet de Paris. Hier, 5 janvier, on apprenait que l’enquête était classée sans suite. Une source proche de l’affaire qui a eu accès à l’ensemble du dossier raconte.
Saint Jean de Passy

Le licenciement du directeur de Saint-Jean de Passy mi-avril avait causé une vive polémique dans les milieux catholiques parisiens. Pouvez-vous nous faire un petit rappel des faits ?

C’est le 14 avril au matin que M. Clément a reçu la visite d’un huissier pour se voir remettre une lettre de mise à pied à effet immédiat avec restitution de son matériel professionnel et une convocation à un entretien préalable en vue d’un licenciement. Cette procédure a été immédiatement suivie d’une communication du Conseil d’administration de SJP, du diocèse et de la présidente de l’association des parents d’élèves (APEL), affirmant que les faits étaient graves et relevaient d’une matière pénale.

Tout avait commencé quelques mois auparavant par la mise en place d’un audit orchestré par les mêmes protagonistes dans le but d’accuser le directeur, sans contradictoire et en toute opacité, d’un « management dysfonctionnel » et d’un « harcèlement institutionnalisé ». Les réactions à cet étrange procédé furent nombreuses, en interne et en externe, pour crier au scandale sur la forme comme sur le fond : si le directeur diocésain n’était pas d’accord avec la politique éducative menée par le directeur de Saint-Jean de Passy, il suffisait qu’il trouve un accord avec lui pour s’en séparer et organiser son remplacement. Force est de constater qu’il a préféré procéder à une « mise à mort » professionnelle pour que M. Clément ne puisse plus travailler dans l’enseignement catholique.

Lire aussi : Étrange mise à pied du directeur de Saint Jean de Passy

Une enquête préliminaire avait été ouverte par le Parquet de Paris. Quels sont les faits qui lui étaient reprochés ?

Alors que le Conseil d’administration avait décidé de transiger en mettant en place un protocole transactionnel avec M. Clément, dans le but d’éviter une procédure prudhommale, le directeur diocésain et le président du Conseil d’administration ont procédé à un signalement auprès du Procureur de la République dans le but de donner un peu de consistance à un dossier qui brillait par sa vacuité. L’enquête a été menée par la police judiciaire et a duré plusieurs mois. Six ou sept personnes ont été auditionnées à charge, parmi lesquels d’anciens collaborateurs, mais aussi la présidente de l’APEL, le président du Conseil d’administration et le directeur diocésain. La plupart de ces personnes n’étaient pas ou n’étaient plus sous l’autorité de M. Clément.

Les faits reprochés ont été présentés sous la forme d’une mixture d’accusations outrancières mêlant des rumeurs, des suppositions et des accusations fallacieuses. Un ancien collaborateur accusait M. Clément de l’avoir regardé avec dureté lors d’un conseil de direction ! La présidente de l’APEL affirmait que M. Clément lui aurait parlé avec véhémence alors qu’elle tentait de combattre certaines décisions. Toutes les accusations qui ont été présentées à M. Clément ou à M. Ducret, son collaborateur qui a été mis à pied en même temps que lui, sont des caricatures qui avaient pour but de justifier leur départ en évitant d’aborder les sujets de manière rationnelle et paisible. Fondamentalement, ce qui a été reproché à ce chef d’établissement était son indépendance !

Après enquête approfondie, les accusations qui le visaient ont été classées sans suite. Quand cette nouvelle a-t-elle été officielle et quelles ont été les réactions ?

C’est par un courrier du 27 novembre que les différentes parties ont été informées du classement sans suite de l’affaire. « Sans suite » cela signifie que le dossier est sans consistance juridique et que les faits n’ont pu être étayés. Il est regrettable de constater que Mgr Aupetit a fait le choix délibéré de ne pas communiquer alors qu’il a été informé assez rapidement début décembre.

Il paraît assez clair que M. Clément paie très cher son indépendance et sa liberté de ton quant aux principes éducatifs qui devraient fonder l’éducation catholique

Comment comprendre ce silence alors qu’il a été si prompt à communiquer pour condamner M. Clément ? Il eût été plus juste qu’il défende la vérité et l’honneur de celui qui a servi l’Église au sein de l’enseignement catholique durant près de 25 ans.

La procédure judiciaire est-elle définitivement close, et y aura-t-il des poursuites en diffamation, par exemple vis-à-vis des communiqués peu clairs qui pouvaient laisser penser qu’il s’agissait d’une affaire de mœurs ?

La procédure judiciaire concernant le signalement est définitivement close. Nous croyons savoir que M. Clément ne souhaite pas aller plus loin, mais nous savons cependant qu’une procédure pour dénonciation calomnieuse a été engagée. Seul l’archevêque de Paris pourrait rétablir M. Clément dans son honneur et sa respectabilité. Un procès ne ferait que salir davantage l’Église et l’enseignement catholique.

Comment analysez-vous a posteriori cette éviction ? Était-ce un règlement de compte politique, et si oui quels en étaient les motifs ?

Il paraît assez clair que M. Clément paie très cher son indépendance et sa liberté de ton quant aux principes éducatifs qui devraient fonder l’éducation catholique. Monsieur Canteneur n’a jamais caché son aversion pour les choix éducatifs réalisés par M. Clément depuis son arrivée à Saint-Jean de Passy. D’une sensibilité progressiste et installé dans un fonctionnement d’entre-soi, le directeur diocésain s’est entouré de gens qui lui servent la même soupe, et condamne tous ceux qui n’obéissent pas à ses directives en leur mettant la pression.

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Ce qui se joue dans cette affaire est l’orientation profonde de l’enseignement catholique à Paris et en France. Par ailleurs, certains, dans l’entourage de l’archevêque, prennent grand soin à éviter que des serviteurs de l’Église sortent du rangs en émettant une musique dont la partition n’a pas été validée par le politburo du cléricalisme parisien. On retrouve ici le ton méprisant critiquant les fidèles qui se sont permis de s’adonner à leur « petit business » durant le confinement pour obtenir la messe !

D’aucuns ont cru voir une volonté d’alignement de l’enseignement catholique sur les options pédagogiques de l’Éducation nationale, en vue d’un rattachement futur dans un grand service public unifié. Que nous dit cette affaire de l’enseignement catholique en France ?

Heureusement, l’enseignement catholique n’est pas unifié ! Il existe encore quelques îlots dans quelques diocèses qui résistent comme des petits villages gaulois grâce à l’autorité d’évêques qui ont encore des convictions concernant l’éducation catholique dans leur diocèse. Cette affaire est probablement symptomatique de la tension qui règne au sein du réseau des chefs d’établissement, au sein de l’association des parents d’élèves de l’enseignement libre, ou encore au sein des salles des profs. Tension idéologique d’un autre temps entre la nature même du projet de l’enseignement catholique et la réalité bien pauvre de ce qui se vit dans la majorité des stations-service de ce système désormais franchisé. Il n’y a pas de place dans l’enseignement catholique pour l’indépendance.

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