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Alexandra Dezzi : Obscure clarté

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Publié le

7 janvier 2019

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De l’univers trash du groupe électro-rap Orties à la quête métaphysique de son premier roman Silence radieux (Éd. Léo Scheer), tout en étant la locataire de Michel Houellebecq, cette fille avait tout pour nous intriguer.

 

Alexandra Dezzi a remisé « Orties » au placard. De fait, la jeune trentenaire qui nous reçoit à deux pas de la Madeleine n’a plus grand-chose à voir en apparence avec le personnage qu’elle entretenait sur scène. Calme et posée, la voix d’Alexandra Dezzi ne crache plus son dégoût du monde moderne et de ses contemporains, désormais elle l’écrit. Lorsque le duo « Orties » qu’elle formait avec sa sœur jumelle a pris fin, la jeune femme a donc tracé sa route en solo. Un épilogue qui a « accéléré le processus d’écriture. On écrit mieux face à soi-même », précise-t-elle.

 

Renouer avec l’écriture, c’est renouer avec son premier choc artistique. Pour Alexandra, ce fut Albert Camus. Une étude de L’Étranger en cours de français plus précisément. Le Révolté partage avec Duras la paternité de sa vocation d’écrivain : fille de Duras et Camus, il lui fallut s’émanciper et c’est dans un studio parisien qu’elle entama sa carrière artistique. Un studio parisien dont le propriétaire était… Michel Houellebecq. Cela ne s’invente pas et cela pourrait paraître absurde.

 

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L’absurde qui « naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde  » disait le maître Albert Camus qu’Alexandra se plaît à citer. Et c’est ce silence qu’elle a décrit dans Silence radieux. Celui d’une jeune comédienne éprise d’un certain Emmanuel qui ne lui rend pas ses sentiments. Un Emmanuel distant, incapable de répondre à la soif qui dévore celle qui le cherche. Cette quête de soi sera émaillée d’érotisme, de désabusement et de spiritualité. Un mélange de Lolita Pille, de Kierkegaard et de Stupeflip (mettez le tout dans un shaker, secouez et servez chaud).

 

Un carrefour spirituel que l’on peut comprendre en remontant l’arbre généalogique d’Alexandra Dezzi. Entre une grand-mère maternelle prénommée Athéa, une grand-mère paternelle habitant à proximité de la Grande Chartreuse et une mère bouddhiste (elle doit son prénom à Alexandra David-Néel, première femme européenne à séjourner à Lhassa), Dezzi a de qui tenir et surtout de quoi se questionner.

 

Les Chartreux l’ont fascinée par leur « capacité à créer leur propre espace-temps et une grande imprégnation spirituelle » ; des bouddhistes ont gardé un fort attrait pour la méditation qu’elle pratique régulièrement. Alors, en marche vers Lhassa ? Tout dépend ce que veut dire « Lhassa » et ce que l’on entend par en marche.

Un mélange de Lolita Pille, de Kierkegaard et de Stupeflip (mettez le tout dans un shaker, secouez et servez chaud).

La jeune prodige vous expliquera qu’elle se sent plutôt en marge. En marge d’une société en perte d’identité, « qui se met en scène pour s’uniformiser et se télé-réalise au lieu de se réaliser », lâche-t-elle avec une pointe de lassitude. Une société qu’elle ne comprend pas mais qu’elle cerne très bien. Suffisamment pour vouloir s’en échapper. Et c’est tout l’intérêt de ce roman qui « oscille entre le très noir et le très lumineux ». Un roman qui se demande, dans un contexte d’attentat terroriste, si « l’espoir est encore permis », qui dépeint l’histoire d’amour entre l’héroïne et Emmanuel comme une extase érotique « spirituelle ».

 

On serait presque tenté de répondre que le très noir et le très lumineux constituent cette oscillation entre le Bien et le Mal, on voudrait remplacer espoir par espérance et interpréter l’extase érotique comme une prière. Une prière adressée à Emmanuel est toujours plus proche que Lhassa et moins hasardeuse qu’une révolte camusienne. Encore faudrait-il Le faire sortir de Son silence radieux.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

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