Skip to content

Anne Hidalgo: plus laide la ville

Par

Publié le

6 juillet 2020

Partage

Anne Hidalgo est réélue, et largement s’il vous plaît. Plus de saleté, d’insécurité, de stations de métro (officieusement) plus desservies car devenues des salles de shoot, plus d’embouteillages, plus de trottoirs arc-en-ciel, plus d’arbres abattus, plus de clientélisation, plus de subventions englouties dans le tonneau des Danaïdes des associations progressistes. Mais moins de Paris. Tout a un prix.
Le Louvre

Il y a une semaine, les Parisiens apprenaient sans surprise que leur édile était reconduite à son poste. La forte abstention témoignait alors du peu d’intérêt des électeurs pour un scrutin qui semblait joué d’avance : scindée entre l’ectoplasmique Agnès Buzyn et une Rachida Dati peinant à combler son déficit de popularité, l’opposition avait bien peu de chances de l’emporter. Plébiscitée en 2014 par l’engeance des pubards mangeurs de boulghour, la matrone des Vélib’ a été légitimement confirmée dans ses fonctions : selon l’INRIX, elle a hissé Paris au quatrième rang des villes les plus embouteillées du monde l’an dernier. Ses électeurs lui font confiance pour décrocher le podium – et pourquoi pas la médaille d’or ? – avant la fin de son second mandat. Bogota, Rio et Rome peuvent trembler : Hidalgo a plus d’une piétonnisation dans son sac !

Mais surtout, il eût fallu parler de Paris, de Paris en tant que tel, non de Paris « capitale de la France », non plus de Paris « ville connectée », et moins encore de Paris « ville monde ». Comme l’affirme Balzac, Paris n’est Paris qu’à l’aune de son histoire : « Mais Paris est un véritable océan. Jetez-y la sonde, vous n’en connaîtrez jamais la profondeur». Goethe déclare pur lui : « Imaginez-vous cette ville universelle, où chaque pas sur un pont, sur une place, rappelle un grand passé, où à chaque coin de rue s’est déroulé un fragment d’histoire ». Cette formule est peut-être l’une des plus percutantes jamais écrites à propos de la Ville Lumière.

Qu’importent les chouineries de Nicolas Hulot, qu’importent les amphigouris de Renzo Piano : la laideur est l’ennemi mortel de notre identité

Nous voilà donc repartis pour six ans : six ans de pistes cyclables, six ans d’événementiel inepte, six ans d’extravagances budgétaires. Six ans de rats aussi, six ans de rats bien sûr, mais nous n’en parlerons pas ici. Car si la légitime question de la propreté – ou plutôt de la saleté – des rues lutéciennes fut l’un des axes d’une bien pauvre campagne électorale, nous devrions en vérité déplorer le choix de l’opposition d’avoir focalisé ses critiques sur la prolifération de la vermine. Il eût sans doute fallu parler des « crackheads » avant d’évoquer les rongeurs, car si la peste bubonique a été éradiquée de notre sol, la criminalité augmente au rythme de la démultiplication des camés dans le nord-est parisien.

Or la sauvegarde de l’histoire des pierres est le corollaire urbain de la défense du terroir. L’identité d’une ville, c’est son histoire et son harmonie. Il faut la mémoire des pierres en ville, celle de la terre à la campagne, et l’esthétique des lieux partout. Un Beaubourg à Paris, c’est un champ d’éoliennes dans le Morbihan : ce qui scandalise les compatriotes de Pellan en Bretagne nous exaspère pareillement à Paname. Qu’importent les chouineries de Nicolas Hulot, qu’importent les amphigouris de Renzo Piano : la laideur est l’ennemi mortel de notre identité.

Que reste-t-il aujourd’hui au Parisien épris de sa vieille cité ? L’espérance et l’endurance. La foi en d’hypothétiques lendemains moins gris, l’espoir d’une rédemption urbaine. Quand l’orage bat son plein, il n’y a plus qu’à espérer l’embellie et à faire humblement sa part pour la voir advenir. Quand le ciel s’annoncera plus radieux, nous balaierons les immondices, nous exterminerons les rats, nous ostraciserons les crackheads et – tant qu’à faire – les bouffeurs de quinoa !

Lire aussi : Projet de loi bioéthique : transgression générale

Mais nous ne ressusciterons pas Belleville, pas plus que le vieux Grenelle : la laideur architecturale agit par effet de cliquet. Comme l’expliquait William Morris il y a plus d’un siècle déjà, la révolution industrielle a anéanti le génie artisanal de nos pères : le génie grandiose des bâtisseurs de cathédrales, mais aussi le génie laborieux des maçons creusois qui ont taillé Paris dans la pierre et l’ardoise. Or Hidalgo n’est pas seulement l’incarnation du « festivisme » jadis théorisé par le regretté Muray. Hidalgo, c’est avant tout un flambeau : celui du brasier, celui de la destruction que se transmettent solennellement nos prévôts depuis quarante ans. En 1977, Louis Chevalier signait une œuvre magistrale, à mi-chemin entre le poème et l’anathème : L’Assassinat de Paris. Tout en vilipendant les ravages urbanistiques de Pompidou, il prophétisait un autre drame : celui de la reprise en main de la capitale par ses élus. Rappelons en effet que depuis la Commune de 1871, le pouvoir central avait toujours dénié aux Parisiens le droit d’avoir un maire. La ville était alors sous la tutelle du préfet, qui se contentait d’y maintenir la bonne gestion de ses prérogatives régaliennes et de son administration.

Dans un pays aussi centralisé que le nôtre, où la capitale concentre – hélas ! – toute la gloire et le prestige nationaux, le retour aux urnes des Parisiens devait mécaniquement attiser les appétits politiques. La mairie devient alors un marchepied potentiel pour les ambitions nationales de ses hôtes – Chirac passera même de la place de Grève à l’Élysée. Chaque édile veut marquer la ville de son empreinte, comme les cabots marquent de la leur les réverbères d’un quartier. Les présidents font de même : il faut qu’un monument porte leur patte – voire leur nom –, et qu’importe s’il doit être façonné par l’imagination malade de Jean Nouvel. Du Centre Georges Pompidou au Musée Jacques Chirac, en passant par la Bibliothèque François Mitterrand ou l’Institut du monde arabe, les monades architecturales poussent comme des pustules en plein Paris. Même les trésors du passé subissent les lubies de nos chefs : hier, un ancien collabo du PS affublait le Louvre d’une verrue pyramidale, tandis qu’aujourd’hui l’infâme Jupiter met son tarin poudré dans le chantier de Notre-Dame.

Depuis la destruction des Halles et leur remplacement par des échoppes de sape pour lumpenprolétaires subsahariens, les maires de Paris ne sont pas en reste dans ce travail de dénaturation. Anne Hidalgo est à ce titre bien plus dangereuse que nombre de ses prédécesseurs : en témoigne son acharnement à construire des tours de bureaux de verre et d’acier, parfois contre l’avis de son propre conseil municipal – le projet de la Tour Triangle avait été une première fois retoqué, avant d’être finalement voté dans un second temps. À l’heure de la crise du logement et alors que le marché du burlingue n’est pas sous tension, une telle incongruité ne peut s’expliquer que par l’impérieux besoin de laisser une trace : sempiternellement laids mais toujours « originaux » et « novateurs », les projets monumentaux se multiplient. Et quand les urbanistes se mêlent aux architectes, la hideur est multipliée au carré. Aménagé sous l’ère Hidalgo, le quartier Rosa Parks vient enlaidir un XIXe arrondissement qui avait déjà tant souffert. Quinze équipes d’architectes ont ordonnancé la boucherie : chacune d’elle a – comme il se doit – apporté sa touche personnelle à un ensemble parfaitement inharmonieux, associant immeubles d’« open spaces » et grandes surfaces commerciales. Le tout est organisé autour d’une esplanade aux airs de plate-forme multimodale où errent les junkies.

Le bâti moderne pourrit à la vitesse de l’éclair, et bientôt tout sera à recommencer. Quant aux Parisiens qui aiment leur cité pour autre chose que ses « plages » du mois d’août, ses trottinettes ou ses Starbucks, ils devront continuer à pleurer leur cher Pantruche, leur vieux Paname qui agonise toujours sans jamais mourir tout à fait.

Nous voilà donc repartis pour six ans. Six ans au cours desquels la baronne de l’Hôtel de Ville pourra de nouveau scarifier, sacrifier la ville sur l’autel de ses caprices. Elle commencera par terminer l’ouvrage de la ZAC Paris Rive Gauche, extension d’un « nouveau Quartier Latin » (sic) aux allures de cité fantôme. Du côté des Batignolles, la tâche est déjà achevée. D’autres quartiers suivront sans doute. Il suffira de quelques mots magiques : « désenclaver », « revaloriser », « dynamiser ». Alors les chantiers fleuriront à nouveau, avec la promesse d’une ville verte, moderne, inclusive, idéale. D’une ville nouvelle, en somme. Au temps jadis, un temps à vrai dire pas si lointain, d’autres ont essayé. Ils ont eu des problèmes. Le bâti moderne pourrit à la vitesse de l’éclair, et bientôt tout sera à recommencer.

Quant aux Parisiens qui aiment leur cité pour autre chose que ses « plages » du mois d’août, ses trottinettes ou ses Starbucks, ils devront continuer à pleurer leur cher Pantruche, leur vieux Paname qui agonise toujours sans jamais mourir tout à fait. Ils maudiront les bulldozers et les pelleteuses, ils chériront dans leurs souvenirs les pâtés de vieilles pierres, les reflets des toits d’ardoises et les pavés des anciennes venelles. Ils méditeront l’éternel mot de Baudelaire : « Le Vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville / Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel) ».

Si Paris a toujours muté, si les transfigurations haussmanniennes l’ont ébranlé plus que toutes les précédentes – bouleversant d’un même élan l’âme de ses habitants –, nul n’a jamais remodelé Paris avec autant de mépris pour son histoire, son identité et sa beauté que les édiles des dernières décennies. À l’heure où la racaille diversitaire et ses alliés gauchistes voudraient déboulonner les statues des grands hommes, Anne Hidalgo veut déboulonner Paris tout entier. Il serait temps que l’on s’en préoccupe.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest