Pour quelles raisons votre association s’oppose-t-elle au projet de rénovation du Champs de Mars ?
La mairie annonce des augmentations extraordinaires de surface verte sur le Champs de Mars et les jardins du Trocadéro. Elle avait d’abord annoncé une augmentation de 50%, puis a tablé sur 40%. Mais quand on regarde le détail, ce n’est pas vrai : le projet table seulement sur 17 000 m², soit un hectare. Et comme elle a reculé sur certains points, ce sera encore moins. En clair, la mairie de Paris nous matraque de communications et de chiffres qui sont faux. Par ailleurs, certaines surfaces ne seront plus accessibles aux promeneurs. En tout et pour tout, il y aura donc une diminution de la surface accessible aux promeneurs, ce qui n’est pas acceptable.
Concrètement, où ces réductions d’espaces publics auront-elles lieu ?
Trois endroits sont concernés. En premier lieu, il y a l’environnement de la Tour Eiffel, qui est en quelque sorte privatisée par la société qui la gère (dont le capital est détenu à 99% par la ville de Paris, ndlr). En avançant des raisons sécuritaires, ils ont élevé une très vaste muraille en verre tout autour, espace qui comporte deux jardins anglo-chinois avec étang, etc. À l’intérieur, ils se construisent des bureaux de luxe, et devront pour se faire abattre environ 80 arbres qui sont des grands arbres datant de l’exposition de 1878.
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Il y a ensuite cette sorte de grand tapis vert central, où les gens viennent pique-niquer. Cette surface sera diminuée d’un tiers en largeur, et sera surélevée de 60 centimètres sur des blocs de granite, ce qui est très accidentogène.
Le troisième et dernier endroit, c’est la partie sud de l’École militaire, où il y a en permanence des salons, des rencontres promotionnelles, etc. À l’heure actuelle, il y a le « grand palais éphémère ». Dans le futur projet, l’espace se transformerait en marché éphémère qui serait là de manière permanente. En clair, avec ce projet, c’est tout l’espace de la tour Eiffel qui sera privatisé, marchandisé et retiré au public, alors les gens veulent des espaces verts de détente dans Paris.
Le projet comporte-t-il d’autres problèmes ?
Il y a encore la question du trafic. La circulation des voitures va être complètement paralysée à cause d’une barrière verte. On ne pourra plus passer de la place du Trocadéro, jusqu’à la place de Fontenoy qui est derrière l’avenue de Breteuil. La conséquence pour les riverains sera une ceinture de bouchon particulièrement pénible. De plus, cela risque de marginaliser les arrondissements extérieurs du quinzième et du seizième.
Ensuite, il y a la sécurité des promeneurs. Un jardin est un lieu conçu pour trouver la sécurité et l’apaisement. Le champ de Mars ne dispose d’aucune grille ni d’horaires, mais il a été très bien conçu : quelle que soit l’heure, vous n’êtes jamais isolé au milieu d’une masse verte et êtes toujours en vue du trafic automobile. Avec ce nouveau projet, ce sera un grand bloc sans les voies traversantes, et le promeneur ne sera donc plus à vue. En novembre à 23h, il pourrait y avoir un sentiment d’insécurité.
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Enfin, il faut s’interroger sur les œuvres d’art de l’époque – qui est très peu réputée –, qu’on restaure très peu. Par exemple, les vases Médicis que l’on peut voir au Champs de Mars sont très endommagés, mais plutôt que de les restaurer, l’architecte suédoise qui s’occupe du projet préfère les remplacer par des œuvres plus contemporaines pour en faire un jardin à l’image des grandes métropoles modernes, quand bien même ce n’est pas en accord avec le patrimoine français.
Quels sont les moyens à votre disposition pour contrer ce projet ?
La mairie de Paris a souvent le mot « démocratie » à la bouche, mais elle a de grandes difficultés à dialoguer avec les associations. Il y a un véritable problème de concertation et c’est désastreux, parce que plus de dialogue permettrait à la mairie d’entendre nos arguments, et de mieux faire comprendre ses projets. Pour autant, une partie de la population est mobilisée : il y a eu une enquête publique avec plus de 6000 participants, ce qui est énorme. Les gens ont rédigé des textes longs et argumentés. Mais la mairie de Paris n’en a pas tenu compte, et avait même commencé les négociations pour la réalisation du projet avant même le résultat de l’enquête.
« Tous les autres groupes politiques sont opposés au projet. Rappelons par ailleurs que le projet a un coût pharaonique de 120 millions d’euros ! »
Pierre Lamalattie
Vous avez adressé une tribune ainsi qu’une lettre ouverte à Anne Hidalgo. J’imagine à la teneur de vos propos qu’il n’y a pas eu grande réaction de sa part ?
Le problème, c’est que la majorité actuelle est plutôt bien établie. Certes, il y a un groupe écologiste qui hésite sur le vote : ils ne sont pas d’accord avec le projet mais ils ne veulent pas ouvrir un autre front face à Anne Hidalgo. Sinon, tous les autres groupes politiques sont opposés au projet. Rappelons par ailleurs que le projet a un coût pharaonique de 120 millions d’euros !
Et ce d’autant que la ville de Paris a environ 7 milliards euros de dettes. La ville risque d’être mise sous tutelle. Ce projet est-il une énième preuve d’un problème de gestion ?
C’est une question de finances publiques qui me dépasse un peu, mais la mise sous tutelle de la ville de Paris serait un acte très fort. Cette affaire du Champ de Mars démontre qu’il y a une très grande légèreté sur les questions budgétaires.
Est-ce que cela pourrait nourrir une hostilité des Parisiens vis-à-vis de ce projet ?
Les Parisiens sont peu mobilisés parce qu’ils se disent que ça ne sert à rien. Il y a une sorte de passivité et d’indolence générale. Certes, il y a eu beaucoup de réactions dans l’enquête publique et dans les réunions, mais les gens qui participent sont une minorité. La population réagira quand elle verra les conséquences néfastes du projet.





