Que s’est-il passé le 16 novembre 2019, en forêt de Retz ?
Il y a eu deux évènements concomitants, dont l’un était tragique. Une jeune femme qui promenait le chien de son compagnon, chien d’une race interdite en France, de surcroît soumis à un type d’entraînement également interdit en France, et importé illégalement. Cette femme promenait seule ce chien, visiblement sans muselière. Un animal dangereux qui est devenu fou et l’a tuée. Simultanément, dans cette même forêt de Retz, il y avait comme chaque samedi une chasse à courre qui se tenait. C’était l’équipage du Rallye la Passion, qui chasse le chevreuil.
Très vite, le propriétaire du chien Curtis a dit qu’il avait croisé un équipage de chasse à courre. Puis, il a même expliqué avoir vu les chiens sortir du ventre de sa femme. Tout au long de cette affaire, j’ai voulu considérer que cet homme, dans l’état où il a pu découvrir le corps de sa femme, a pu être complètement choqué et tout confondre. Peut-être aussi a-t-il voulu sauver sa peau. Oui il y avait une chasse à courre dans la même forêt. Mais non elle n’est pas responsable. On n’a découvert aucune trace d’ADN de nos chiens sur le corps d’Elisa et aucune trace d’Elisa sur nos chiens. En revanche, il y avait bien des traces de Curtis sur elle et de son ADN sur Curtis. Voilà pour les faits.
Certains se sont alors emparés de l’affaire par idéologie…
La suite concerne la folie idéologique qui s’est mise en œuvre. C’est la fondation Brigitte Bardot qui a lancé la machine. Bardot a écrit le lendemain à Elisabeth Borne, ministre à l’époque de la Transition écologique. Elle lui expliquait sans une once de doute que la chasse à courre était responsable de la mort de cette jeune femme et de son bébé. Elle l’a clairement dit. Rémi Gaillard, qui est une espèce d’influenceur des réseaux sociaux, a lui-même fait des attaques, en tutoyant le président de la République : « Jusqu’à quand tu défendras tes copains qui viennent de tuer une femme ? ». Ce sont les deux seuls qui ont été très clairs. Tous les autres ont été extrêmement allusifs. C’est intelligent car on ne peut pas les attaquer en diffamation. On pourra attaquer Bardot. Mais les autres, à l’image d’Hugo Clément ou du leader des anti-chasse de Picardie ont été plus malins. Toute cette affaire a provoqué sur Facebook et les réseaux sociaux un hallucinant déluge de haine. Cette haine a touché les meneurs, bien sûr, mais aussi l’avocate de Chritophe Ellul, le maître du chien. Cette affaire a enflammé la toile !
il n’y a pas dans les plus de cinq cent ans d’histoire de la vénerie un seul cas de chien qui ait été agressif avec les hommes
Très vite, nous avons publié un communiqué pour expliquer que la vénerie n’était pas coupable. Pour plusieurs raisons. D’abord parce que nous n’étions pas là. Les horaires ne collent pas. Deuxièmement, il n’y a pas dans les plus de cinq cent ans d’histoire de la vénerie un seul cas de chien qui ait été agressif avec les hommes. Ils ne sont agressifs avec personne. Ils poursuivent l’odeur que laisse l’animal et, si c’est un petit, ils le tuent, si c’est un plus gros, ils l’aboient. Mais ce ne sont certainement pas des tueurs d’homme. Nos chiens ne sont pas constitués comme ça. Alors qu’en ce qui concerne Curtis c’est autre chose. Aux défenseurs de Curtis, moi je dis : adoptez-le ! Ce chien a été élevé pour être agressif et dangereux. Le vrai responsable n’est sûrement pas le chien qu’on finira par tuer d’ailleurs. C’est Christophe Ellul qui l’a dressé comme ça.
Notre communiqué a calmé la presse. Même si certains ont continué à faire des titres équivoques pour vendre, ça a eu un impact. Dites du mal, il en restera toujours quelque chose. On a instillé l’idée que des chiens de chasse à courre pouvaient être dangereux. Alors qu’il n’y a en réalité aucun risque. Il y a eu cette hystérisation menée par nos opposants.
Comment vous êtes-vous défendus face au déchaînement médiatique ?
On y est allé. Ces moments-là sont les pires pour nous. Mais ce sont aussi les seules fenêtres médiatiques que nous avons. Chaque année, il y a 18000 journées de chasse à courre. Cette année il y eut deux journées un peu difficiles. Le 19 septembre, un cerf a fini sa course dans un chantier à Compiègne. Il ne s’est rien passé. Nous avons respecté la loi, et nous l’avons même aidé à passer. À savoir qu’on arrête la chasse, on arrête les chiens et on met tout en œuvre pour que le cerf reparte en forêt. Mais là encore nos opposants ont complètement hystérisé la scène. Puis, le 16 janvier, il y a ce cerf qui finit sa course dans la gare de Chantilly. Il retarde quelques trains. Là encore nous parlons dans les médias. Nous nous expliquons.
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Le grand sujet derrière ça, est d’expliquer une pratique pluriséculaire et rurale à un monde d’urbains totalement déconnectés de la vie et de la mort des animaux sauvages comme domestiques. Ils mêlent tout ! Le lièvre, la vache, le chien, l’enfant et l’homme, tout cela c’est du vivant. Et le vivant pour eux est sacré. Or le vivant n’est pas sacré en soi. L’Homme est sacré. « Tu ne tueras point » les autres hommes. On a une relation en tant que premier prédateur de vie et de mort avec le reste de la création. Mais les urbains qui ne sont plus connectés qu’au digital sont complètement déconnectés de cette réalité. Nous on profite de ces occasions-là pour le dire. Face à nous, ce sont des opposants aux arguments pauvres et faux qui ne jouent que sur le registre de l’émotion.
Que voulez-vous dire aux détracteurs de la chasse à courre ?
Qu’ils se trompent parce qu’ils ne connaissent pas. Soit ils ne connaissent pas, soit ils sont partie prenante d’une entreprise de transformation de l’élevage et de la chasse par la nourriture de synthèse industrielle. Il y a des réflexions autour de cela : une nourriture fabriquée qui nous exonérerait de l’élevage. C’est un projet de société pour certains. Mais mettons cela de côté. Les autres développent trois grands arguments. Tous faux. Ce serait une activité de privilégiés, une activité du passé et une activité cruelle. Tout cela est faux.
Le couple de chercheurs de gauche, les Pinçon-Charlot, s’est dit il y a vingt ans qu’ils allaient s’intéresser à la chasse à courre pour démontrer qu’il s’agissait d’un milieu de privilégiés. Comme ce sont des scientifiques, ils ont mené leur enquête et ont conclu que non. Ce n’est pas le cas. Il y a des banquiers avec des agriculteurs. Il y a des médecins avec des caissières de supermarché. C’est la vraie mixité sociale ! C’est même mieux car l’estime ne s’y fait qu’en fonction de la finesse à la chasse. Ça recrée une hiérarchie. La considération ne dépend pas du statut professionnel. Elle se fait en fonction de la qualité du chasseur.
Le grand sujet derrière ça, est d’expliquer une pratique pluriséculaire et rurale à un monde d’urbains totalement déconnectés de la vie et de la mort des animaux sauvages comme domestiques
Ceux qui disent que c’est une activité du passé se trompent. Il n’y a jamais eu autant d’équipages. Il y a beaucoup de jeunes, 25% de femmes. Alors qu’il n’y en a que 2,5% dans la chasse à tir. Il faut reconnaître que la chasse, c’est de prime abord une activité masculine. Or la chasse à courre attire plus de femmes. La chasse à courre n’a jamais connu une telle vitalité. On n’est pas nombreux non plus ; 10000 sur 1 million de chasseurs. Ça fait 1%. Est-ce qu’on veut exterminer les minorités ? Je croyais que la diversité et le respect des minorités c’était bien. Nous on n’est pas la bonne minorité ? Y a des bonnes et des mauvaises minorités ?
Enfin, est-ce que c’est cruel ? La prédation est la chasse la plus naturelle qui soit. Ce sont des animaux sauvages qui sont l’objet de la prédation depuis la nuit des temps, chassés par un prédateur, le chien. Nous, les hommes, nous servons les chiens. Ce sont eux les experts. Les animaux sauvages ont développé depuis des tas de capacités physiques et sensorielles qui font qu’ils peuvent échapper à leurs prédateurs. Pourquoi les chevreuils et les cerfs ont-il des yeux sur le côté ? Pour guetter l’ennemi arriver. Pourquoi ont-ils une ouïe et une audition extraordinaire ? Cueillir un champignon fait fuir un cerf. Qu’y a-t-il de cruel dans la chaîne de la prédation ? Ce n’est pas ça la cruauté. La cruauté c’est d’enfermer son chien dans un placard à balais et de partir en week-end deux jours. Là c’est cruel. Nos animaux échappent à nos chiens trois fois sur quatre. On les prend qu’une fois sur quatre.





