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Comme les rasoirs Bic à deux lames, le système politico-médiatique est implacable. La première lame soulève le poil, la deuxième le coupe. Lynché à la télé, puis lâché par les copains. La droite est experte en ce domaine : elle finit toujours le travail que la gauche a commencé. Et au suivant !
Lorsque nous rencontrons Emmanuelle Gave, le samedi 16 février en fin de journée, elle pense encore qu’elle va s’en sortir – et, à vrai dire, nous aussi. Qu’elle va être en quatrième position sur la liste menée par Nicolas Dupont-Aignan aux élections européennes.
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Que l’onde de choc créée par un article de l’Opinion, qui met dans sa bouche des mots qu’elle affirme ne pas avoir prononcés et la plante dans un décor qui fait porter sur elle le soupçon infamant de l’antisémitisme, va s’estomper. Qu’elle va pouvoir reprendre une vie presque normale, tant elle a compris qu’il ne peut y avoir de vie tout à fait normale dès lors qu’on est engagé en politique.
« Ce qui m’a le plus blessé, nous confie-t-elle alors, c’est l’accusation d’antisémitisme, qui ne repose sur absolument rien et face à laquelle je me suis sentie démunie. Un peu comme l’est un homme accusé de viol et qui, par définition, ne peut pas apporter de preuves négatives. J’en ai été d’autant plus meurtrie que j’ai une belle-sœur israélienne et que les rapports avec mes futurs neveux vont poser problème quand ils vont apprendre que leur tante a été accusée d’être antisémite.
On ne soigne plus le combattant blessé au front, on lui met une balle. On le « débranche » pour éviter le court-circuit général.
Mais puisqu’on me dit que ça fait partie de la politique, je ferai avec ». Quatre jours plus tard, le couperet tombe, ou plutôt le tir de mortier, sous la forme d’un communiqué diffusé le 20 février au soir qu’avec son humour distancié elle résumera sans doute ainsi quand elle aura réalisé ce qui lui est arrivé : « T’es virée, ma chérie. »
Le texte est signé par Frédéric Mortier, secrétaire général de Debout la France : « À la lumière des nouveaux éléments révélés ce soir par l’émission Quotidien sur TMC et dont nous n’avions pas connaissance, le mouvement Debout la France, présidé par Nicolas Dupont-Aignan, indique que la candidature d’Emmanuelle Gave ne sera pas validée par la commission d’investiture pour être sur la liste des élections européennes ».
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— L'Incorrect (@MagLincorrect) March 2, 2019
Édifiant, et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que l’accusée est déclarée coupable sans qu’il lui ait été donné l’occasion de se défendre et sans même avoir été entendue.
Ensuite parce que le texte ne prend même la peine de respecter les formes: comment Nicolas Dupont-Aignan, devenu oracle, se permet-il de faire annoncer que la candidature « ne sera pas validée par la commission d’investiture », décision, dont, par définition il ne devrait pas pouvoir préjuger, sinon parce que celle-ci n’est qu’une simple chambre d’enregistrement des décisions qu’il a prises ?
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Sans aucune concertation, soit dit en passant, avec ses supposés « partenaires » au sein des Amoureux de la France, qui ne sont même plus convoqués pour faire illusion… Sur le fond, que s’est-il passé ?
Rien, hélas, que de très banal: un lynchage médiatique suivi d’un lâchage politique. Quand Paul Larrouturou, reporter pour Quotidien, l’émission de chasse à l’homme de Yann Barthès, lui lance : « Ça, ça s’appelle du racisme, Madame », après lui avoir fait lire, face caméra, à la manière d’un procureur maoïste, un « post » maladroit relatif aux musulmanes qu’elle a publié sur Facebook, il signe son arrêt de mort.
[ PORTRAIT ??? ] Parce que c'est Son-Forgeeet ! Inclassable, iconoclaste, brillant, kosovar, provocateur,mesdames et messieurs voici le portrait de @sonjoachim #Lincorrect ??https://t.co/RzxGGP3Iwf
— L'Incorrect (@MagLincorrect) March 6, 2019
Avec les « racistes », on ne débat pas, on exécute. Ce n’est qu’une question d’heures pour que, avec Yann Barthès, il puisse accrocher un trophée supplémentaire au tableau de chasse du safari qu’est devenue la politique française.
Achever la bête
Peu importe qu’Emmanuelle Gave soit une femme : une femme n’est plus une « espèce protégée » dès lors qu’elle est « raciste ». Emmanuelle Gave, néophyte en politique, a certes accumulé, et à un point inimaginable, les erreurs de communication, mais c’est aussi pour cela qu’elle va être « débranchée », comme on le dit élégamment le soir même rue de Dantzig, où se trouve le QG de campagne de Debout la France (et même dès avant la diffusion de l’émission, dont l’équipe de Dupont-Aignan connaît déjà la teneur) : d’abord la maîtrise de la com, ensuite, éventuellement, le combat des idées.
En 2012, Christian Vanneste fut même lâché… par le collectif de députés de La Droite populaire auquel il appartenait ! « Thierry Mariani, à la demande de Sarkozy sans doute, nous rappelle-t-il, a fait signer un communiqué me lâchant complètement« .
Elle avait commencé à le comprendre la veille, mais manifestement pas suffisamment pour s’abstenir de se rendre devant la caméra de Quotidien, écrivant dans une « lettre de cœur » publiée sur le site de l’Institut des libertés, dont elle est la présidente exécutive : « Depuis une semaine et quoi que je fasse, quelles que soient les méthodes logiques ou raisonnables que j’emploie pour essayer de reprendre la main sur un storytelling nauséabond à mon endroit, je suis enfoncée encore plus profondément par une meute aux abois, sans relâche ».
En effet, c’est comme cela que ça se passe : une fois que la machine est lancée, plus rien ne saurait l’arrêter. Puisqu’elle a été blessée médiatiquement et que la traque va se poursuivre, la bête doit être achevée pour ne pas contaminer ceux qu’elle croyait être ses amis politiques. Comme si, en politique, on pouvait encore avoir des amis! On ne soigne plus le combattant blessé au front, on lui met une balle.
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On le « débranche » pour éviter le court-circuit général. Emmanuelle Gave rejoint ainsi la longue cohorte de tous ceux qui ont été abattus par les leurs, passés dans le camp de l’ennemi en croyant, en un mélange de lâcheté et de naïveté, qu’il suffit de « couper la branche pourrie », comme disait le général Imbot, alors patron de la DGSE, pour être épargné, alors que cela ne fait que renforcer le camp adverse ainsi que le même général Imbot l’éprouva lorsque son propre fils fut assassiné.
Émoi instantané
S’il en est un qui connaît bien le sujet, c’est l’ancien député UMP du Nord Christian Vanneste, victime, à quelques années d’intervalle, de deux campagnes visant à le faire passer pour « homophobe », la première, en 2005, parce qu’il avait abordé le sujet de l’homosexualité sous son aspect anthropologique – anthropo quoi? –, la seconde parce qu’il avait dit, en 2012, que la déportation des homosexuels français durant la Deuxième Guerre mondiale était une « légende ».
Dans les deux cas, cela avait été un déchaînement médiatique. Et ses « amis politiques » l’avaient lâché. « En 2005, se souvient-il, il subsistait encore un esprit de corps, celui du RPR. En 2012, c’était fini. Et maintenant, nous nous retrouvons dans un monde où les idées comme les valeurs n’ont plus aucune importance; seules comptent les carrières individuelles ».
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— L'Incorrect (@MagLincorrect) March 5, 2019
Après la première « affaire » – le temps des controverses est terminé, il n’y a plus que des « dérapages » qui donnent lieu à des « affaires » et bien sûr à des poursuites judiciaires –, Nicolas Sarkozy, en visite dans sa circonscription au déclenchement de la tempête, lui avait fait savoir qu’il était prié de ne pas se montrer, et, aux législatives de 2007, il n’avait pas été investi par son parti, mais au moins celui-ci avait-il l’élégance de ne pas présenter de candidat contre lui, lui permettant ainsi d’être réélu sous l’étiquette CNIP.
Après la seconde, il n’y eut plus aucune bienveillance : l’UMP accorda son investiture à un homme présentant toute garantie de « politiquement correct », un certain… Gérald Darmanin, qui l’emporta.
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Que Serge Klarsfeld ait confirmé aussitôt la véracité de ses propos sur la déportation, que, dans les deux cas, il ait été blanchi par la justice, n’a aucune importance : le temps – long, trop long – des procédures judiciaires, parfois jusqu’en Cour de cassation comme ce fut le cas, ne peut faire contrepoids à l’émoi instantané propagé par les médias, de plus en plus instantanés eux aussi, aux cabales des représentants d’intérêts aussi minoritaires qu’activistes qui y tiennent permanence, et au refus – ou à l’incapacité – de chercher à comprendre ce qui a été dit.
En 2012, Christian Vanneste fut même lâché… par le collectif de députés de La Droite populaire auquel il appartenait! « Thierry Mariani, à la demande de Sarkozy sans doute, nous rappelle-t-il, a fait signer un communiqué me lâchant complètement. Je me suis retrouvé bien plus seul qu’en 2005. Quelques jours plus tard, se rendant compte de son erreur, il en a fait un autre, de sens contraire, mais celui-là a été signé par beaucoup moins de monde et il est passé inaperçu ».
Hystérisation du débat
Durant la tourmente de 2005, le hasard avait fait que l’écrivain Vladimir Volkoff vienne donner une conférence à Lille. Christian Vanneste avait demandé à cet éminent spécialiste de la désinformation ce qu’il pouvait faire pour contrecarrer la campagne de dénigrement dont il faisait l’objet. « Monsieur le député, lui avait-il répondu, c’est fini, c’est trop tard »…
Le 16 février, lorsque nous rencontrons Emmanuelle Gave, le hasard fait, encore lui, que nous sortons des Salons Hoche où vient de se tenir le 70e anniversaire du Centre national des indépendants et paysans (CNIP). Elle aurait dû y être présente mais elle a souhaité prendre un peu de repos, la semaine a été éprouvante – pas autant que celle qui va suivre, mais elle ne le sait évidemment pas.
https://www.youtube.com/watch?v=mbun2_W0E60
En revanche, Robert Ménard est venu, ainsi que Jean-Frédéric Poisson, le sénateur (non inscrit) Jean-Louis Masson, et… Nicolas Dupont-Aignan. Que dit North devant le président de Debout la France ? Que l’« hystérisation du débat public est proprement effrayante ». Que « la dénonciation et la diabolisation sont devenues les armes uniques de nos adversaires, qui refusent tout débat ».
Que « ces méthodes sont d’autant plus inquiétantes, pour l’avenir, que, comme le rappelle Eric Zemmour, la France, qui a bien des qualités, a aussi la détestable caractéristique d’être un vieux pays de guerres civiles ». Il ajoute même qu’« on en est maintenant à entrevoir le retour des heures les plus sombres de notre histoire, celles de la Terreur révolutionnaire, où tous ceux qui ne partageaient pas les “valeurs de la République” périssaient ou étaient jetés au cachot ».
Finalement, s’y dit-on, tant mieux si untel est lynché, on va pouvoir s’en débarrasser, ça va libérer une place. Alors que la seule place que ça libère, c’est celle du prochain sur la liste des cibles à abattre au grand ball-trap politico-médiatique français.
Son discours nous fait penser aux propos que nous avait tenus Jean-Yves Camus: « Ce qui me fait peur, c’est la violence des rapports individuels, la guerre de tous contre tous. C’est le fait qu’on n’arrive plus à traiter celui avec lequel on est absolument en désaccord sur le plan politique comme un concitoyen qui a le droit d’être entendu et avec qui on a le droit – le devoir même – de débattre sans le rejeter dans les ténèbres extérieures ni lui interdire de prendre la parole ».
Pendant que Bruno North s’exprime, Nicolas Dupont-Aignan, assis comme il se doit au premier rang, donne l’impression d’être attentif. Il doit plutôt être ailleurs… Il n’était pas arrivé quand Robert Ménard a pris la parole et c’est dommage. Ce fut bref mais saignant. Il l’aurait entendu dire à quel point il en avait « ras-le-bol des partis de droite », où « chacun n’en a que pour sa gueule » (en Ménard revigorant dans le texte).
"Les libéraux sont convaincus que la suppression de la pauvreté ne passe pas par la redistribution, mais par la création de richesse et l’élévation générale du niveau de vie."
Libéraux… ou pas : le duel continue ?????https://t.co/LKbCVrHXZc— L'Incorrect (@MagLincorrect) February 28, 2019
Il l’aurait entendu expliquer pourquoi il avait quitté les Amoureux de la France, parce qu’il « n’a pas vocation à être le marchepied de qui que ce soit ». La tyrannie médiatique n’est forte que de la lâcheté des politiques, mais surtout, et cela fait une sacrée différence, la gauche chasse en meute, alors que la droite ne fait pas corps. Plus jamais. L’individualisme l’a gangrenée, les ambitions personnelles la dominent.
Finalement, s’y dit-on, tant mieux si untel est lynché, on va pouvoir s’en débarrasser, ça va libérer une place. Alors que la seule place que ça libère, c’est celle du prochain sur la liste des cibles à abattre au grand ball-trap politico-médiatique français.
« Je ne sais plus combien de gens se prennent pour de Gaulle! », s’était aussi exclamé Ménard sous les applaudissements. Y compris les pigeons… d’argile.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





