Le 24 février 1848, après deux jours d’insurrections parisiennes, Louis-Philippe abdique et la Deuxième République est proclamée. Si cette révolution est politique comme en 1789, elle démarre avec la revendication du suffrage universel, la France a depuis changé. Le nombre d’ouvriers a explosé dans les années 1840 avec le début de la révolution industrielle, et aucune loi n’encadre leurs conditions de travail souvent terribles. À gauche et plus rarement à la droite de la droite, des penseurs émergent qui défendent une amélioration de leur sort.
Lire aussi : Ferrand raconte son histoire de France
Le gouvernement provisoire de cette République mélange donc deux tendances. La dominante est celle des libéraux, pour qui la République est d’abord une affaire politique, et celle minoritaire des démocrates pour qui une République accomplie doit être sociale. L’enthousiasme commun, l’ « esprit de février » pousse les libéraux à mettre en place certaines idées de l’aile gauche. C’est ainsi que le gouvernement proclame le droit au travail et surtout crée les Ateliers nationaux pour venir en aide aux nombreux ouvriers au chômage dans la capitale. Le gouvernement les emploie dans un certain nombre de travaux publics comme la construction de lignes de chemin de fer ou le terrassement des rues. Cette initiative de politique sociale tout à fait originale attire vite plus d’une centaine de milliers de travailleurs, mais elle est à la fois victime de ce succès car elle n’arrive pas à leur trouver à tous un emploi, et rapidement soumise aux attaques des conservateurs.
La bourgeoisie a été proprement terrifiée par ce soulèvement d’un ordre totalement nouveau où l’influence du socialisme naissant s’est fait ressentir, et où nombre d’historiens ont vu un cas typique de lutte des classes
Ces derniers ont en effet repris du poil de la bête avec les élections d’avril, qui envoient au palais Bourbon de larges contingents de républicains du lendemain, c’est-à-dire d’orléanistes déguisés surtout soucieux de défendre les intérêts de la bourgeoisie. Les républicains de gauche sont exclus du nouveau gouvernement et, sous l’effet d’une propagande aussi intense que mensongère à l’Assemblée présentant les Ateliers nationaux comme un coût exorbitant pour la collectivité et un ferment de subversion de l’ordre social, la décision de leur fermeture est prise le 21 juin. Immédiatement, tout le Paris populaire, c’est-à-dire la moitié Est de la capitale, se dresse de barricades. L’insurrection est réprimée en une semaine par les troupes du général Cavaignac, et les combats féroces laissent à peu près 4 000 morts sur le pavé. La bourgeoisie a été proprement terrifiée par ce soulèvement d’un ordre totalement nouveau où l’influence du socialisme naissant s’est fait ressentir, et où nombre d’historiens ont vu un cas typique de lutte des classes. Elle s’assure donc que toute référence à la dimension sociale de la République soit supprimée de sa constitution en cours de rédaction. Cette interprétation conservatrice du régime aura une longue influence, jusqu’au cœur de la Troisième. Ce n’est qu’avec le CNR que la République se redonne pleinement un rôle social.





