Aurélien Pradié : « le handicap est un sujet qui n’intéresse pas la macronie »

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Les députés LREM ont rejeté en bloc jeudi soir la proposition de loi du jeune député LR du Lot Aurélien Pradié sur l’accompagnement et l’inclusion des élèves handicapés. Un rejet qui a provoqué la colère du député de La France Insoumise François Ruffin, qui déclara à l’attention des marcheurs : « Ce vote, j’en suis convaincu, vous collera à la peau comme une infamie ».

 

Vous avez déposé une proposition de loi visant à soutenir les auxiliaires de vie scolaire et les accompagnants des élèves en situation de handicap. Pourquoi et dans quel objectif ?

Une proposition de loi, c’est plusieurs mois de travail. S’agissant du handicap, c’est un vrai engagement sur un sujet qui n’est pas nouveau pour moi et sur lequel je m’investissais déjà lorsque j’étais maire. Car c’est une problématique que nous rencontrons beaucoup dans des départements ruraux comme le Lot.

Il faut savoir que les députés peuvent déposer autant de propositions de lois qu’ils souhaitent mais qu’en pratique, elles ne sont que très rarement inscrites à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. La seule possibilité pour qu’elles soient discutées, c’est de les inscrire dans le cadre des niches parlementaires réservées à chaque groupe politique. Notre groupe a ainsi choisi ce texte parmi tant d’autres. S’il a pu être inscrit contre la volonté du gouvernement, c’est bien par choix, en particulier celui de notre président Christian Jacob, très engagé sur la question du handicap. Ce qu’on a dénoncé hier, ce n’est pas en soi le rejet du texte mais le fait que le groupe LREM nous a empêchés de discuter du texte, ce qui est beaucoup plus grave. Ils ont déposé une motion de rejet préalable, c’est à dire un rejet pur et simple de notre proposition.

« Les députés LREM ne croient pas au travail parlementaire » Aurélien Pradié

Pourquoi ont-ils fait cela ? Comment analysez-vous l’attitude des députés LREM ?  

Il y a deux raisons qui les ont poussés à demander cette motion de rejet préalable. D’abord, ils ont peur qu’en entrant dans le détail du sujet lors de l’examen du texte, on s’aperçoive à quel point ils sont mauvais dans la gestion gouvernementale. Ensuite, les députés LREM ne croient pas au travail parlementaire. Ils considèrent que ces sujets ne relèvent pas de la loi mais de circulaires d’application et de textes d’administration. Ce sont des députés suicidaires. C’est pour cela que je me suis énervé hier : je leur ai dit qu’ils se sont trompés de carrière, qu’ils auraient dû devenir chefs de bureau ou sous-préfets mais pas députés. Ils font en permanence et sur tous les sujets une confiance aveugle au gouvernement.

 

 

Vous avez reçu un soutien remarqué de François Ruffin. Cela vous a-t-il surpris ?

Non, cela ne m’a pas surpris. On a travaillé plus de trois heures et demi sur le texte en commission, points par points : diplôme, formation, statut, etc. Pendant ces trois heures et demi, j’ai accepté certains amendements de François Ruffin, de LFI, du PC, du PS, des Constructifs. Lui comme les autres étaient dans une démarche constructive alors que les députés LREM sont les seuls à n’avoir pas déposé un seul amendement en commission.

« Jean-Michel Blanquer a voulu nous rendre honteux » Aurélien Pradié

Est-il possible de dépasser les clivages partisans sur cette question ?

Je l’espère. Quand Jean-Michel Blanquer a voulu nous rendre honteux du fait qu’on ait réussi à se mettre d’accord sur ces sujets, je lui ai répondu qu’on en était fier. Blanquer nous a presque accusés de collusion. Quand il s’agit du handicap, ce n’est pas de la collusion mais de l’intelligence.

 

Quel est le bilan de LREM sur le handicap ?

Ce sont des sujets qui n’intéressent pas la macronie. La question du handicap est, pour eux, un sujet secondaire. On aurait dû être alerté de cela quand la loi ELAN sur le logement a été examinée et que le gouvernement a souhaité supprimer l’obligation d’accessibilité fixée dans la loi de 2005, en affirmant que ce qui l’intéressait, c’était de rendre service aux promoteurs plutôt que de porter un message d’accessibilité à la société. Ce sont à la fois des technos et des comptables, là où sur le handicap, il faut être de véritables politiques.

 

Que pensez-vous de l’accueil des handicapés dans les structures hors contrat ?

20% des enfants en situation de handicap en Île-de-France sont expatriés dans des établissements belges et on ne sait pas ce qu’il s’y passe. De plus, les familles qui envoient leurs enfants là-bas sont obligés de payer. Ce n’est pas l’idée que je me fais de ces sujets. L’intégration du handicap, c’est au sein des écoles de la République que cela doit se faire et non dans des espaces privés qui font peut-être du bon boulot mais sont aussi la démonstration que les pouvoirs publics ont démissionné sur le sujet.

Journaliste

llecomte@lincorrect.org

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