Pour une jeune collaboration, votre complicité musicale est étonnamment affirmée. Qu’avez-vous trouvé l’un chez l’autre ?
Gabriel Bismut : L’intérêt pour les mélodies et le respect des compositions. Ce n’est pas souvent le cas en jazz. Maurizio avait cette générosité, cet égard pour la beauté d’une mélodie. Ça m’a touché et mis en confiance, en plus de sa carrière bien fournie. La première fois qu’il m’a proposé une session, c’était sans but précis, mais assurément pour « faire de l’original ».
Maurizio Minardi : J’ai d’abord trouvé chez Gabriel un sens de la mélodie qui me rappelle Ennio Morricone. Puis il y a chez lui beaucoup d’écoute et d’interaction. Et sa part d’improvisation est énorme ! Tulipano Nero est un morceau que j’ai composé il y a 25 ans. La structure est restée la même, mais Gabriel a enlevé le morceau avec une énergie et une manière que j’adore. Ce n’est plus tout à fait le même morceau. Et il pallie, au violon, l’absence de batterie. On se répartit tour à tour la polyrythmie, c’est central dans notre quartet.
Dans Tulipano Nero, on devine l’organiste derrière l’accordéoniste.
M.Minardi : Effectivement, j’étudiais l’orgue au conservatoire de Bologne lorsque j’ai écrit Tulipano Nero. Bologne est une ville médiévale aux rues étroites et à l’aspect un peu sombre. Cela lui donne un caractère dramatique qui m’a conduit à composer ce morceau inspiré de la musique baroque de Bach avec l’intensité dramatique de Vivaldi.
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On retrouve aussi dans votre musique une forte influence de Nino Rota. Comment se mesure-t-on au Parrain, au Guépard, Satyricon ou à Rocco et ses frères ?
M.Minardi : C’est très difficile à reprendre, Nino Rota ! Je ne me soucie que d’équilibrer rythme et harmonie et de conserver l’esprit italien, mélange de légèreté et de profondeur. Nino, ce n’est pas seulement la recherche de la mélodie. C’est un goût pour les musiques populaires ramenant à la simplicité de la vie de village. Mais c’est très sophistiqué en termes de composition et de mélodie : il a l’art d’élever le folklore à un rang international et solennel.
G.Bismut : On retrouve le même contraste chez Ennio Morricone dont on a pris l’ampleur lyrique, épique et dramatique, alors que nous avons retenu le côté léger, heureux et insouciant de Nino Rota.
Bipolarité génère des sensations visuelles éparses, telles des volutes…
G.Bismut : C’est l’un des derniers morceaux que j’ai composé en hommage à cette collaboration. Maurizio aime la musique minimaliste, les motifs, la répétition et je me suis amusé à cela. Un peu à la manière des fractales, ces objets géométriques infiniment morcelés dont on peut retrouver la figure principale en zoomant arbitrairement, ici, un même motif musical est joué deux fois, trois fois plus vite, ou bien plus lentement.
Nous avons cherché à faire un album qui laisserait la part belle à ces excellents musiciens, en mettant en valeur chaque instrument de façon à ce que ce ne soit pas un album « violon-accordéon » où l’on identifie trop nettement les parties d’improvisations ou de solos
Pouvez-vous nous évoquer le choix de vos instruments ?
G.Bismut : J’ai commencé le violon à quatre ans et demi. Je ne me souviens plus si c’était un choix propre ou parental. J’ai étudié d’autres instruments ensuite, pour choisir définitivement le violon par rapport à mon tempérament. Le fait d’être violoniste me rend dépendant des autres instruments, mais le violon doit parvenir à communiquer l’émotion, ce qui m’arrange bien sur un plan personnel !
M.Minardi : Je ne joue de l’accordéon que depuis dix ans. Les accordéonistes merveilleux du Quarteto Magritte m’ont sérieusement influencé et « sorti » du piano. Je ne suis donc pas le plus virtuose et ne me soucie pas de l’être, même si je me perfectionne sans cesse. Mais la liberté, l’expression, la simplicité m’intéressent bien plus, d’autant que l’accordéon se retrouvant dans presque toutes les cultures, il passe les frontières. J’ai appris de mon professeur qui était accordéoniste que « la musique doit être joyeuse et pas intellectuelle ».
Quelle est la contribution des deux musiciens qui ont rejoint votre duo d’origine ?
G.Bismut : Le guitariste Barthélemy Seyer, c’est la solidité ! Son jeu sobre et sensible met en confiance. L’alchimie est importante, la notion d’équilibre intervient à tous les niveaux dans cette musique.
M.Minardi : Maurizio Congiu peut affronter tous les styles avec sa contrebasse. Il nous a apporté son goût pour la musique populaire sarde. On les connaissait tous les deux de la scène jazz et dès la première répétition il est apparu évident que c’était la formule parfaite pour développer ce duo.
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G.Bismut : Fort d’un tel accompagnement nous avons cherché à faire un album qui laisserait la part belle à ces excellents musiciens, en mettant en valeur chaque instrument de façon à ce que ce ne soit pas un album « violon-accordéon » où l’on identifie trop nettement les parties d’improvisations ou de solos. Lidia Ferrandon-Bescond est également intervenue en posant de la harpe sur Bipolarité et Peau Neuve.
Ce doit être un sacré bonus d’avoir Marc Berthoumieux à la direction artistique et au mixage ?
M.Minardi : Marc a été très important pour la réussite de l’album ! C’est un accordéoniste et compositeur que j’aime beaucoup. C’est une personnalité positive exceptionnelle, douée en plus d’une lucidité salutaire ! On avait tendance à être trop dans notre truc.
Votre musique est particulièrement cinématographique. N’êtes-vous pas tentés par la formule ciné-concert, ou la composition de bandes-son originales ?
M.Minardi : J’adore le cinéma, j’y vais deux ou trois fois par semaine en salle et j’ai toujours rêvé de composer pour les films. Ça m’est arrivé en Italie. J’ai remarqué qu’il s’agissait d’un investissement à temps plein, qu’il fallait être complètement à disposition du réalisateur pendant six mois en moyenne. Mais j’aimerais beaucoup, oui, car, lorsque je pense musique, ce n’est jamais sans images.

AMA Recording & Inouïe Distribution, 15€





