Pourquoi lancer ce think tank à quelques mois de la présidentielle ? Quel est le sens de cette démarche ?
Le lancement de ce think tank ne s’inscrit pas dans un quelconque agenda politique. Il s’agit d’une initiative de Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat Unité SGP Police-FO, qui souhaitait avec d’autres avoir une réflexion plus opérationnelle sur les sujets de sécurité et de justice, avec des acteurs ayant l’expérience du terrain, mais également du recul. D’où la composition de ce think tank avec, en plus de Linda Kebbab et moi-même : Frédéric Péchenard, élu LR et ancien directeur général de la police nationale ; Jean-Michel Fauvergue, patron du RAID et député LREM ; Richard Lizurey, ancien directeur de la gendarmerie nationale ; Bruno Pomart, ancien membre du Raid très actif auprès de la jeunesse par son association Raid Aventure ; Éric Delbecque, ancien Directeur délégué à la sûreté de Charlie Hebdo après l’attentat de 2015 (jusqu’en 2017) et membre du conseil scientifique du Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques.
Ce cercle de réflexion se veut réellement transpartisan, décorrélé de toute échéance électorale, de tout enjeux politiciens. De mon côté, je n’ai pas d’appartenance politique. J’ai souhaité y participer car je trouvais intéressant qu’il y ait un apport sur la justice dans la réflexion sur la sécurité. Je trouvais intéressant de décloisonner cette réflexion. Il existe déjà des think tanks sur la sécurité intérieure, mais qui n’ont pas cette approche transversale tant au niveau des acteurs que de la réflexion.
Ma participation à ce think tank, est aussi un moyen de signaler qu’il n’y a pas de rupture entre d’un côté la police, et de l’autre la justice
Également, à la différence de think tanks déjà existants, le nôtre n’a pas vocation à atteindre un haut niveau de recherche, non pas que nous n’en ayons pas la capacité, mais simplement parce que nous voulons avoir une approche pratique, concrète et opérationnelle. Notre but est de trouver des solutions rapides pour améliorer la situation sur le terrain. En résumé, notre cercle de réflexion se veut transversal, pratique, opérationnel, transpartisan, et surtout pas « politisé » au mauvais sens du terme.
Beaucoup de policiers expriment une certaine lassitude voire de la colère face à des peines prononcées qu’ils jugent trop faibles ou qui ne sont pas appliquées, y compris pour ceux qui s’en prennent aux forces de l’ordre. Quelles réponses proposerez-vous ?
Je ne démens pas le fait qu’il y a un malaise. Je ne suis pas dans le déni. Nous sommes des acteurs institutionnels qui travaillons ensemble, au jour le jour, et plutôt bien en général. Mais oui, il y a une incompréhension entre ces acteurs. Ma participation à ce think tank est aussi un moyen de signaler qu’il n’y a pas de rupture entre la police d’un côté, et la justice de l’autre. Il y en a d’autant moins du fait de mon appartenance syndicale. Je fais partie – en tant que Secrétaire générale – du syndicat Unité Magistrats SNM-FO, appartenant lui-même à une confédération syndicale où un syndicat policier est majoritaire : Unité SGP Police-FO. Cela fait des années que nous travaillons ensemble, notamment avec Linda Kebbab. Ce cloisonnement, nous l’avons dépassé depuis longtemps, puisque nous sommes le seul syndicat de magistrats à faire partie d’une confédération.
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Ce dialogue institutionnel existe donc déjà, ne serait-ce qu’au quotidien, entre les acteurs de ce nouveau think tank. Mais il était important et intéressant de dépasser le cadre syndical pour mener une réflexion plus globale avec d’autres acteurs. Et encore une fois, réfléchir à la sécurité sans prendre en compte la justice, c’est avoir une vision amputée des choses. Et c’est justement de cette vision amputée des choses que vient le malaise entre les institutions policière et judiciaire. Si vous renforcez le maillon de la sécurité, mais qu’il n’y a pas de cohérence avec le maillon de la justice, ça ne fonctionne pas. Et c’est précisément là-dessus que nous allons travailler.
Concrètement, quels seront vos moyens d’action ? Remettrez-vous des notes, des rapports aux divers institutions et acteurs politiques ?
Le conseil stratégique n’aura lieu qu’en septembre. L’idée est de continuer à élargir le cercle de participants ayant des compétences dans des domaines très variés : les nouvelles technologies, les nouvelles menaces, etc. Nous souhaitons le maximum de contributions spontanées, mais nous irons aussi chercher des experts. Nous déterminerons une feuille de route avec des objectifs clairs, et de là nous ferons des propositions en rapport avec les idées qui auront émergé de nos réflexions.
Dans un contexte où l’insécurité augmente et où la menace terroriste reste forte, la question de la sécurité peut elle dépasser les vieux clivages droite-gauche ?
Non seulement elle peut les dépasser, mais elle doit les dépasser. Dans ce think tank, nous sommes tous d’accord sur un point : la sécurité comme la justice, qui sont certes exercées par des acteurs spécifiques, sont des biens communs devant être analysés au regard, non pas d’intérêts particuliers, mais de l’intérêt général. Il ne s’agit pas de faire de l’angélisme. Il existe bien entendu des positions politiques concernant la sécurité, mais nous voulons dépasser au maximum ces clivages, pour en garder ce qui est commun et qui peut servir l’intérêt général. L’idée n’est pas de faire un think tank sécuritaire.
Du côté de la justice, nous sommes très attachés à tout ce qui touche aux libertés publiques. Nous voulons porter une approche beaucoup plus large des problèmes de sécurité au regard de nos institutions dont la justice fait partie en tant que pilier garant des libertés. Il faut trouver un équilibre entre le retour de la sécurité et le maintien des libertés individuelles et publiques.





