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Amalgamé, délivré. En 2012 Les Forbans se retrouvent au pilori pour avoir chanté dans une ville FN. Son meneur Bébert, juif tunisien devenu français assume haut et fort.
C’est l’histoire d’un type qui n’a jamais voulu faire comme les autres. Né en pleine période disco, il s’est lancé dans le rock. Quand le rock commençait à reprendre du muscle, il s’est lancé dans la variété. Il emmerde haut et fort les médias, il déteste et la mode et la meute, a toujours trouvé miteuse la Fête de l’Huma : et si finalement c’était lui qui était toujours en avance ?
Bébert est né Albert Kassabi en Tunisie il y a 59 ans. À une époque où l’immigration avait un tout autre esprit. Avec la verve des méditerranéens, Bébert développe : « Assimilation, intégration, ce ne sont pas des mots serviles ou humiliants. Mon père est arrivé profil bas. Ça ne veut pas dire qu’il avait honte, mais qu’il croyait qu’il avait des devoirs avant d’avoir des droits. Il avait comme simple volonté qu’on ne puisse pas dire du mal de nous ». Pourquoi ce choix du départ ? « Disons qu’on n’était plus trop désirés: pieds-noirs, juifs de surcroît… » Bébert ne développera pas. Parce qu’il refuse par principe « d’être le juif de service. Je ne supporte pas la victimisation ».
« J’étais comme saint Louis sous son chêne. Sans vouloir ressembler à un gland bien entendu. Je voulais toujours défendre le faible ou l’opprimé. » Bébert
La famille Kassabi connaît quelques années très heureuses dans le premier arrondissement de Paris, mais doit bientôt déménager à Ivry-sur-Seine, en pleine banlieue rouge. De cette enfance, Albert garde une touchante admiration pour son père. Dans les années 70, le paternel, cordonnier de son état, ne sortait jamais en ville sans s’être soigneusement habillé. Par respect pour lui et pour les autres. Une attitude qui a marqué à jamais son fils: « Mon père est mon idole. J’aimerais l’être pour mon fils. Pas par orgueil: j’aimerais qu’il pense que je suis un mec bien et qu’il essaie de reproduire ce que je fais. »
Paradoxalement, même s’il a beaucoup regretté Paris, vivre en banlieue va donner l’occasion à Albert de devenir Bébert. Dans son collège, il apprend la bagarre et cultive son attitude de rockeur. Il devra faire de douloureux arbitrages entre son tempérament et ses valeurs : « J’étais comme saint Louis sous son chêne. Sans vouloir ressembler à un gland bien entendu. Je voulais toujours défendre le faible ou l’opprimé. » Couteau dans la santiag, blouson noir, il rencontre des amis qui vont l’accompagner toute sa vie. L’un d’entre eux lui parle de son groupe de rock où il manque un chanteur. Bébert se propose au bluff de prendre le micro, compensant un manque total de technique par une débauche aussi généreuse qu’anarchique d’énergie et de bonne volonté. Il devait y avoir un peu de talent au fond du coffre, parce que la carrière du groupe décolle rapidement. Le premier disque sort en 1980 sous le titre le « rock des copains ».
Bernanos a ses imbéciles, Bébert a ses crétins. Et ils sont nombreux : les juges qui l’ont incarcéré pour une petite affaire de recel, les médias qui l’ont moqué, certains critiques, et les politiques qui l’emmerdent.
Deux ans plus tard, sa vie est bouleversée. Il vient de produire un album entier, n’a absolument plus ni l’envie ni l’énergie d’écrire un autre titre. Et pourtant son producteur le pousse, l’emmerde, et finit par lui faire comprendre que si c’est pas Bébert qui écrit cette chanson, ça sera bibi. Touché. Bébert prend un stylo et une feuille, et écrit en trois ou quatre heures les paroles de « Chante ». Le tube va marquer son époque. Bébert a honte de ramener à la maison le chèque de 300 000 francs gagné à 18 ans pour son premier succès. Il sent instinctivement l’indécence de ces sommes, sans pouvoir encore mettre de mots dessus. Depuis, il a toujours vécu de son art. Ce sont l’éducation et l’amitié qui vont le sauver de l’ivresse des cimes. Les Forbans, c’est un groupe artisanal. Jamais de play-back. C’est peut-être pour cette intransigeance qu’ils n’ont jamais été conviés aux tournées années 80.
Bernanos a ses imbéciles, Bébert a ses crétins. Et ils sont nombreux : les juges qui l’ont incarcéré pour une petite affaire de recel, les médias qui l’ont moqué, certains critiques, et les politiques qui l’emmerdent. En 2012, Les Forbans se retrouvent au cœur d’une tempête médiatique, parce qu’ils chantent à la Fête du cochon d’une municipalité FN. Droit dans ses potes, Bébert, et tout son groupe avec lui, assume parfaitement et refuse de courber l’échine. Au panache. Le Creusot, Aubervilliers : il arrive que ses concerts soient annulés par des maires de gauche mal embouchés. Tant pis, si c’est le prix de la liberté, ça le vaut.
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En parlant de liberté, l’ami Bébert porte un regard tout patriarcal sur son époque. #BalanceTonPorc, ça le fait rire : « Si insister pour avoir un numéro c’est harceler, je peux vous dire que j’en ai harcelé. » Vieux mâle blanc de plus de 50 ans et fier de l’être. Aujourd’hui, il vit confortablement avec ses droits et ses 50 concerts par an, et use de son temps libre pour rédiger son autobiographie. Bébert habite une maison dans les hauts de Champigny-sur-Marne, qui défie crânement les longues barres de HLM de la rive d’en face. Dis-moi où tu habites, je te dirai qui tu es.
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