Un matin de 2018, la maison de Frédéric Beigbeder se voit vandalisée par des néo-féministes. On lui reproche de plus en plus de choses dans les mois qui suivent, non seulement d’avoir signé le manifeste des 343 salauds contre la pénalisation des clients de prostituées (loi dont les effets pervers sont depuis parfaitement établis), mais encore d’avoir pris à la légère le témoignage d’une agression sexuelle faite par l’une de ses autrices vingt ans plus tôt et dont il ne se souvient pas, d’être trop blanc, trop mâle, trop hétéro, trop boomer. Lui, le roi de la littérature branchée des années 2000, le dandy suprême des nuits parisiennes autant poudrées que pailletées, le voici mené au pilori par plusieurs harpies de la génération woke. Va-t-il répliquer ?
Lire aussi : Frédéric Beigbeder : bilan provisoire
Même pas, Beigbeder passe à confesse. D’abord pour avouer que lui-même a été aussi une victime, et que d’ailleurs, il n’y a aucun monopole dans cet ordre ; qu’il n’éprouve que dégoût, comme la plupart des hommes, pour les Weinstein et affiliés et qu’il est évidemment du côté de l’honneur et de la liberté des femmes. Ensuite, pour reconnaître que la cocaïne est décidément démodée et que ce n’était pas un stupéfiant si classe que ça. Beigbeder pousse alors la confession jusqu’à la retraite dans un monastère augustinien en pleine gueule de bois, puis s’inflige un petit stage militaire au 21è Rima à la sortie du festival de Cannes. En se colletant aux moines et aux guerriers, ces deux grands archétypes virils, la déconstruction d’abord envisagée par notre mondain ringardisé se transforme en retour aux fondamentaux sur un air de Candide ironique.
La déconstruction du fêtard des années 2000 aura donc abouti à un adulte conséquent de la vieille veine catholique, conscient de ses faiblesses, de la fragilité de tout et de la valeur du miracle amoureux
Que le désir masculin est en lui-même effrayant, voire terrible, c’est la dernière confession que Beigbeder offre au nom de son sexe, ultime vérité aujourd’hui refoulée, que le mâle au naturel, c’est plutôt Sade que Rousseau, et que c’est donc là aussi son défi et son fardeau, le séducteur repenti concluant par un bel éloge de l’amour conjugal. La déconstruction du fêtard des années 2000 aura donc abouti à un adulte conséquent de la vieille veine catholique, conscient de ses faiblesses, de la fragilité de tout et de la valeur du miracle amoureux, ayant rappelé au passage un ensemble de vérités oubliées sur un ton badin, et s’étant accusé pour finalement retourner l’argumentaire de son adversaire en le confrontant à ses contradictions. L’air de rien, le pénitent fait de l’aïkido et ne tend la joue gauche que pour démonter l’épaule de la néo-puritaine en se retournant pour lui offrir des fleurs. Élégant.

Albin Michel, 176 p., 19,90 €





