L’opéra français ? Une affaire… d’Italiens. Sans remonter jusqu’au Florentin Lulli – Monsieur de Lully, à la cour du Roi Soleil – ce sont les Spontini, Cherubini et autres Donizetti qui font la loi entre la place Boieldieu et le carrefour de l’Opéra tout au long du XIXe siècle. Le nom du boulevard traversant ce quartier n’est pas un hasard, que Benjamin Bernheim a choisi pour titre de son nouveau disque. Sous les conseils d’éminents musicologues, le prince des ténors français compose une anthologie d’airs d’opéras, parfois méconnus (Ali Baba de Cherubini, Amica de Mascagni), que les grands compositeurs lyriques italiens ont créés ou adaptés pour les scènes parisiennes, assimilant la langue et le goût de leurs hôtes.
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La voix est splendide, débordante de jeunesse et d’éclat jusque dans l’extrême aigu, où Benjamin Bernheim joue avec aisance entre les registres de tête et de poitrine, grâce à une technique époustouflante. La palette des nuances fait merveille ; la maîtrise du souffle lui autorise la plus grande souplesse de phrasé, gage de naturel et d’élégance : le charme à l’état pur. D’un air à l’autre – héros blessé ou amoureux épris – il ne cesse d’évoluer sur les cimes d’un raffinement contrôlé et expressif: le ton d’un grand seigneur déguisé en berger d’Arcadie, rêveur et nostalgique. Le soin maniaque du son et de la diction cache parfois au souci dramatique – mais écoutez l’air des Vêpres siciliennes (« Ô toi que j’ai chérie », piste 17), le plus habité. De bout en bout, quelle lumière dans ce timbre de miel et d’ambre ! Non pas la lumière écrasante des matins de Rome ; plutôt celle, douce et noble, des blondes collines de Toscane.
Boulevard des Italiens, airs de Spontini, Cherubini, Donizetti, Verdi, Mascagni, Puccini – Benjamin Bernheim (ténor), orchestre du théâtre communal de Bologne, Frédéric Chaslin (chef d’orchestre) Deutsche Grammophon, 14,99€





