Benoît Aguelon n’est pas un tailleur comme les autres ! Si beaucoup imaginent ces vénérables artisans du tissu comme les héritiers de maisons installées, dont le savoir se passe de père en fils, ce n’est pas le cas de cet électron libre de l’élégance. Rien ne le prédestinait à habiller les gentlemen : consultant à La Défense après avoir, comme il nous le raconte dans son atelier, « collectionné les diplômes pendant plusieurs années », il y mène un métier qui nourrit son homme, mais qui broie son âme, à l’en croire (et l’on n’a que peu de mal à l’imaginer).
Est-ce pour cela qu’il a choisi d’installer sa maison Blaise de Sébaste à Neuilly, avec vue imprenable sur les menaçantes tours de la défense, haut lieu du tertiaire et de l’impalpable ? Assurément. « Je les ai tous les jours sous les yeux, cela me rappelle que je ne veux jamais y retourner. Quand mon premier enfant est né, je me suis dit qu’il fallait que je choisisse autre chose. Et comme je ne suis absolument pas doué de mes mains, j’ai choisi de devenir tailleur », s’esclaffe ce gaucher pourtant peu gauche. Un défi à relever, qu’il relèvera, malgré les bâtons dans les roues que lui ont mis certains artisans, peut-être trop conservateurs. En effet, la corporation des tailleurs, qui a perdu la mainmise qu’elle avait sur le métier en laissant la grande distribution s’attribuer des termes qui lui étaient propres, s’arc-boute désormais sur les quelques prérogatives qu’il lui reste et voit parfois d’un mauvais œil l’arrivée de nouveaux venus.
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Véritable passionné, l’homme peut parler de tissus pendant des heures, liasses dans une main, bouteille d’excellent vin blanc dans l’autre pour ne pas laisser ses hôtes mourir de soif. Car Benoît Aguelon, c’est l’élégance à la française : l’élégance du vêtement, et l’art de recevoir le client, qu’il conseille d’un bout à l’autre du processus de création. Il trouve d’ailleurs principalement sa clientèle par LinkedIn, aidant principalement les travailleurs de son ancien secteur dont on ne peut dire qu’ils soient très au fait des coutumes sartoriales (qui n’a jamais vu quelqu’un venir au bureau en costume noir, par exemple ?), en leur proposant de remodeler leur image et de les conseiller. Il s’agit peut-être des liens avec son ancien monde qu’il n’a pas coupés… Et après tout, ne peut-on pas voir le fait d’habiller correctement les cadres du tertiaire comme une mission de salubrité publique, voire comme un sacerdoce ?
C’est d’ailleurs sur linkedin que Benoît Aguelon a commencé à trouver la notoriété, après avoir interpellé, par un post assaisonné, Emmanuel Macron, dont les costumes mal taillés, mal assortis, mal ajustés et mal tout sont devenus légendaires, puis lui avoir proposé ses conseils. À partir de là, la machine s’emballe, et depuis, les posts de ce Normand très normand font mouche, notamment sur les faux-pas à éviter. Comme on le dit très bien : « Avant de casser les codes, apprenez les règles ».
Benoît Aguelon, c’est l’élégance à la française : l’élégance du vêtement, et l’art de recevoir le client, qu’il conseille d’un bout à l’autre du processus de création
En outre, Benoît Aguelon est un créatif, que d’aucuns pourraient qualifier de doux dingue, s’il n’avait pas tant les pieds sur terre. Brandissant une sorte de casse-crâne blanc au-dessus de sa tête, il nous apprend qu’il s’agit en fait d’un os de pénis de morse (vous avez bien lu), avec lequel il compte faire… des boutons ! Car rien n’indique mieux un élégant que des boutons en os de pénis de morse. Ce genre de projets, il en a plein, et bouillonne d’idées. Mais n’allez pas croire que l’on peut le réduire à cette petite excentricité. Lorsqu’il s’agit d’élégance, Benoît Aguelon est bien plus que sérieux. Chez lui, pas de montage à la machine, ou de thermocollage. Prononcez le mot devant lui, et il vous en thermocolle une ! Tout est fait à l’atelier, par l’artisan (excepté les boutonnières, qu’il ne sait pas bien faire, de son propre aveu, justement parce qu’il est gaucher). In house, comme on dirait de l’autre côté de la Seine, chez les fourmis en costumes Celio, qui feraient bien de passer voir ce qui se passe sur l’autre rive.
C’est bien un drame que le monde, qui s’enlaidit déjà de jour en jour, perde son sens de l’élégance. Mais heureusement, il existe encore des balises dans la nuit, qui guident le chemin pour ceux qui, de plus en plus nombreux, essaient d’arpenter le chemin de l’élégance. Un chemin ardu, mais qui offre tellement de récompenses. Entre deux cigares et un verre de calvados, ou l’inverse, entouré de milliers de liasses de tissus, votre vie pourrait en être changée !





