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Bezos, Branson : les zinzins de l’espace

Les milliardaires américains ont une nouvelle danseuse : l’espace. Nourris à la science-fiction de moyenne gamme, ils rêvent de Prix Hugo et de grosses fusées pour décoller à quelques dizaines de kilomètres au-dessus du plancher des vaches. Ils sont les pionniers des nouveaux territoires à explorer, devançant les Etats pour accomplir leurs « rêves de gosses ». Faut-il s’en réjouir ou le déplorer ?

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© Capture d'écran YouTube

C’est à une véritable course de petits chevaux d’allumés des grands espaces que se livrent les hyper-fortunes mondialisées, façon Compagnies des Indes stellaires. Autrefois apanage des très grandes puissances, symbole de la Guerre Froide technologique livrée par les blocs américains et soviétiques, la conquête de l’espace est désormais une entreprise privée. Au moins en apparence, car les Jeff Bezos et les Elon Musk sont appuyés par la puissance américaine qui leur délègue un secteur négligé qui demande des moyens colossaux. L’espace n’est pas que la lubie de quelques-uns, peut-être s’agit-il même d’une part de notre avenir. Il n’y a pas là que matière aux rêves, mais un champ de recherche scientifique indispensable pour l’avenir.

Pourtant, l’aller-retour express du sieur Bezos et de ses invités ayant payé des tickets d’entrée à plus de 25 millions de dollars a quelque chose de puéril, voire d’indécent. Oh, il est de bon ton de caricaturer à l’extrême. D’un côté, les détracteurs s’offusquent pour des broutilles, fustigeant les moyens mis en œuvre pour un banal voyage d’agrément spatial, la consommation massive d’énergie qu’il faut déployer pour aller là-haut, représentant la consommation en CO2 de millions de plébéiens que nous sommes, souvent culpabilisés quant au réchauffement de la planète (notons pareillement que les porcheries sont largement aussi polluantes que les voitures, mais passons). De l’autre, l’armée des super-libéraux de salons se gaussera inévitablement des pisse-froid incapables d’admirer la puissance triomphante des grands capitalistes : « Vous êtes jaloux, bande d’aigris fonctionnaires qui gagnent un an ce que Bezos et Musk gagnent en 10 secondes ! »

L’aventure New Shepard, du nom de cette fusée qui a fait rire le monde entier avec son design de godemichet à turboréacteur hydrogène, n’est pas la grande aventure de l’humanité, mais bien celle d’un homme immensément riche

Ces deux attitudes d’esprit aussi agaçantes que prévisibles n’en recèlent pas moins des demi-vérités. Difficile de s’enthousiasmer pour ces aventures très solitaires, bien que nous soyons, nous aussi, de grands garçons vaguement geeks. Chez Jeff Bezos, Mogul de la tech et roi des Nerds, fasciné par la série SF The Expanse qui narre les premiers conflits nés de la colonisation du système solaire, on trouve une personnalité peu touchante d’enfant gâté prêt à tout pour ses petits caprices, avoir enfin ses « ailes d’astronaute », un peu comme ces mioches ravis d’exhiber leur brevet de petit secouriste ou leur première étoile de ski alpin. L’aventure New Shepard, du nom de cette fusée qui a fait rire le monde entier avec son design de godemichet à turboréacteur hydrogène, n’est pas la grande aventure de l’humanité, mais bien celle d’un homme immensément riche qui s’est envolé pour profiter quelques secondes de la gravité faible de la haute altitude aux côtés de son frère pompier volontaire Mark, d’un Néerlandais de 18 ans qui profitait d’un cadeau de son papa et de la pionnière de l’aviation Wally Funk.

En redescendant sur terre, l’Américain a tenu à remercier « chaque employé d’Amazon et chaque consommateur d’Amazon parce que vous avez donné pour tout ça ». Les petits commerces fermés, les travailleurs précaires, et les fainéants du monde entier qui préfèrent être livrés que marcher cinq minutes pour faire leurs courses, se réjouiront de savoir que leur sacrifice ne fut pas vain. Grâce à leur immense dévotion à la cause entrepreneuriale Amazon, l’objet et le sujet de leur admiration aura pu aller quelques secondes au-dessus de la ligne de Karman et regarder les yeux dans les yeux « l’infini », « l’univers » et se poser les grandes questions métaphysiques qui tâchent et qui fâchent, à la manière d’un homme de Cro-Magnon sortant de sa grotte en contemplant le grandiose espace qui nous fait nous sentir minuscules.

Lire aussi : Dans l’espace, personne ne vous entend prier

Jeff Bezos l’affirme ; « il s’agit ici de construire une route vers l’espace pour que les générations futures puissent y faire des choses incroyables. » Peut-être rêve-t-il de livraison Amazon sur la lune, depuis la terre ; les pionniers de demain dégustant un roquefort Amazon depuis la station « Jeff 3 » ou profitant d’une paire de Nike sur le centre « Richard Branson III ». Une vision bucolique qui ne cache pas les velléités états-uniennes de reprise en main de l’espace par le privé, Bezos développant une fusée orbitale à forte poussée nommée New Glenn, mais également un module d’alunissage dans l’espoir de décrocher un contrat avec la NASA et son programme Artemis. Dépassé pour l’heure par Elon Musk – Branson étant un tout petit joueur -, Jeff Bezos souhaite devenir le premier partenaire privé de la Nasa. Prochainement, le susnommé Musk organisera une expédition orbitale composée de civils. Il souhaite aussi emmener des touristes à bord de la Station spatiale internationale.

Il sera probablement aussi facile de se rendre sur la lune dans une centaine d’années que d’aller aujourd’hui à Tahiti. Toujours un peu cher mais largement accessible. Et qu’y fera-t-on ? Ni plus ni moins que ce que les hommes font partout : travailler les uns pour les autres. Sur la lune comme sur terre, il y aura toujours des Jeff Bezos et des livreurs…

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