A VOIR OU À FUIR, C’EST LA SEMAINE CINÉMA DE L’INCORRECT

Les Chevaliers de la Table Ronde version prépubère ricain, une adaptation sexy de Blanche Neige ou une fresque à la frontière mexicano-colombienne…que faut-il voir ou ne pas voir au cinéma cette semaine.

 

 

Alex le destin d’un roi

De Joe Cornish avec Louis Serkis, Tom Taylor (IV), Rebecca Ferguson

Après un récapitulatif de la légende arthurienne en film d’animation, Alex le destin d’un roi, nous plonge dans l’Angleterre actuelle, où notre héros en devenir n’est pour l’instant qu’un collégien bizuté tentant d’échapper à ses persécuteurs. Au cours d’une de ses fuites, il découvre une épée scellée dans la pierre, qu’il parvint à retirer ; la suite, à quelques détails près, est connue de tous.

 

 

Ce n’est pas la banalité des péripéties – dont même Alex souligne le caractère prévisible par une comparaison méta avec Harry Potter – ni l’esthétique artificielle, qui font d’Alex le destin d’un roi un film ordinaire. Ce ne sont pas non plus les enjeux sans consistance, la bien-pensance criarde ou la VO affreusement doublée qui en font un film raté, mais c’est bien l’accumulation de ces échecs qui confirment que l’on a affaire ici à un fiasco prépubère américanisé, sans corps ni âme. Les quelques touches d’humour (Merlin dans son corps pataud d’adolescent est assez réussi), ou les premiers jump-scare, ne suffiront pas à faire oublier un constat accablant, dont les chevaliers de la Table ronde n’avaient pas besoin pour redorer leur blason.

Victor Tarot

 

 

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Blanche comme neige

De Anne Fontaine avec Lou de Laâge, Isabelle Huppert, Charles Berling

C’est l’histoire de Claire, une jeune fille dont la jeunesse et la beauté sont jalousées par sa belle-mère. Cette dernière décide de le lui faire payer. Après un invraisemblable concours de circonstances, la jeune fille se retrouve seule dans un village de montagne et apprend à découvrir ses habitants. Masculins. Poétique ? Oui, plutôt, jusqu’au moment où l’on comprend que Blanche neige va se taper les sept nains, un par un mais pas que.

 

 

Claire (Lou de Lâage esprit pur et corps brûlant) se découvre une sensualité après avoir été inhibée des années durant. Du point de vue de la réalisatrice, c’est une sensualité joyeuse et gratuite mais du côté masculin, c’est insoutenable. La réalisatrice est cruelle avec ces hommes qui souffrent, à la fois instruments de leur désir et sextoy de la demoiselle. Seul le personnage du prêtre joué admirablement par Richard Fréchette apporte un regard humain et apaisé, à la fois paternel et spirituel sauf lorsqu’il s’aventure bêtement chez Saint Augustin pour encourager sa libido, confondant libertarisme et liberté d’un saint. Ce film d’Anne Fontaine ne manque pas de qualités. Visuellement léché, il fourmille de bonnes idées et use admirablement du son. La mise en scène est impeccable, la distribution réussie et la galerie de portraits masculins bien vue. Mais l’écriture se révèle vite décousue. Les multiples clins d’œil lourdingues font trébucher le film jusqu’à le faire patiner dans le vide. Entre le réalisme et le conte, Anne Fontaine se refuse à choisir et ne trouve jamais l’équilibre sur cette crète qui laissait pourtant l’espoir d’un envol d’une bizarrerie jouissive.

Louis Lecomte

 

 

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Les Oiseaux de passage

De Ciro Guerra, Cristina Gallego avec José Acosta, Carmiña Martínez, Jhon Narváez.

Dans les années 1970, en Colombie, une famille d’indigènes Wayuu se retrouve au cœur de la vente florissante de marijuana à la jeunesse américaine. Quand l’honneur des familles tente de résister à l’avidité des hommes, la guerre des clans devient inévitable et met en péril leurs vies, leur culture et leurs traditions ancestrales. C’est la naissance des cartels de la drogue.

 

 

Pour ce long-métrage audacieux portant sur la bonanza marimbera, une période peu connue de l’histoire mexicano-colombienne, Ciro Guerra décide de partager la réalisation avec son associée et productrice Cristina Gallego. Le duo nous plonge au sein du clan Wayuu, un peuple qui, dans les années 70, confronté à cette nouvelle « herbe sauvage » dont raffolent les gringos – la marijuana – va se voir divisé et menacé. Les paysages sont grandioses, la mise en scène est organique, la B.O. est poétique, l’esthétique travaillée, l’ensemble est beau et convaincant. La fresque se joue des genres et fait des Oiseaux de passages un film très singulier. Le grand défaut, néanmoins, réside dans une gestion maladroite des péripéties, le climax semblant être atteint très tôt, tandis que la suite se traîne et s’enlise dans des twists répétitifs, qui gâchent un ensemble par ailleurs presque parfait.

Victor Tarot

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redaction2@lincorrect.org

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