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La meilleure version de moi-même : folies de femmes

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Publié le

22 décembre 2021

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Pour sa première série, Blanche Gardin plonge la satire du néo-féminisme dans le fiel et le malaise. Imparfait mais grinçant.
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Abondamment commentée, la première série de Blanche Gardin est un objet curieux et ambivalent, courageux mais insatisfaisant, à la fois osé et facile, sinistre et parfois hilarant. Il y a dans La Meilleure version de moi-même un côté Psychose, à la façon dont le film de Hitchcock brisait un tabou à l’époque en montrant la cuvette des toilettes où Marion Crane (Janet Leigh) jetait une preuve griffonnée de son vol. Si l’argent hitchcockien se révélait un excrément menant à la mort, la merde aujourd’hui fait gagner de l’argent, ce que montre frontalement Gardin dans un plan effarant d’étrons aspirés à la source pendant une séance d’hydrothérapie. C’est également le sens du parcours auto-fictionnée de l’humoriste en crise devenue instagrammeuse néo-féministe pour racheter d’improbables péchés.

Derrière la satire du développement personne wokisé se cache un pilonnage en règle du féminisme d’atmosphère dans lequel nos sociétés occidentales baignent depuis trop longtemps avec ses ineptes et interchangeables têtes de gondoles (ici Mona Chollet qui prend pour toutes les autres, Despentes, Haenel, Sciamma, etc.). Ce qui pourrait sembler hyperbolique (la retraite en non-mixité, l’auto-mariage) existe dans la réalité et nul doute que les dialogues les plus énormes (comme Gardin expliquant à sa prof de yoga qu’à son avis TOUTES les femmes ont déjà été violées sans en avoir conscience) seront toujours minorés par la réalité (je découvre au moment où j’écris ces lignes l’existence de  « Mâle-baisées » de Dora Mouton, un essai dénonçant le « patriarcat sous les draps », et en appelant à une « révulvation » (sic).)

Il y a un réel courage chez Gardin à affronter le bruit de fond d‘une époque, qui ne va malheureusement pas jusqu’à l’usage d’une forme originale


Il y a un réel courage chez Gardin à affronter le bruit de fond d‘une époque, qui ne va malheureusement pas jusqu’à l’usage d’une forme originale. La principale faiblesse de La meilleure version de moi-même tient à sa nature de faux-documentaire avec filmeur intégré, idée qui a traîné partout depuis sa popularisation dans le film C’est arrivé près de chez vous, et dont elle ne fait à peu près rien (la seule intervention du réalisateur est pour signifier la mort probable de la petite chienne de Gardin abandonnée dans la nature). Elle va de pair avec une structure lâche basée sur l’improvisation, choix de non-écriture qui se révèle à double tranchant. Si elle fait la part belle aux comédiens vraiment excellents (Gardin, Louis C.K, et la formidable Delphine Baril, pour ne pas tous les citer), il condamne la série à une non-forme où des plans presque jamais pensés cèdent le pas à une captation sur le vif,  Le montage à la va comme je te pousse privilégie le flux (prééminence du féminin ?) aux raccords (prééminence du masculin ?), ce qui semble au moins en phase avec le sujet.

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Ce sont donc les épisodes à la distribution la plus large qui convainquent le plus car propices à plus d’inventivité et d’interaction entre les acteurs, exemplairement les 6 et 7 consacrés au cercle de femmes, beaucoup mieux développé que dans Problemos d’Eric Judor (où officiait déjà Gardin en féministe new-age). A contrario, les épisodes centrés sur le mal-être de son personnage achoppent sur une sinistrose sans qualité où s’enferre la réalisation (par un malin plaisir, le non-opérant est souvent volontairement étiré en longueur, comme dans les premiers ou avant-dernier épisodes). Ce recours à l’indécidable – drôle ou pas drôle ? – se situe dans la droite lignée d’un certain esprit Canal, tout comme de l’influence majeure que représente Louis C.K. (à la fois compagnon, inspirateur et « muse ») qui s’exprimait lui aussi, du temps de sa non-annulation pour exhibition masturbatoire auprès de tiers.e.s,, par le biais du stand-up et de la série (l’inégale « Louie »).

Le coup de maître de Blanche Gardin est de prévenir ou de rendre problématiques les accusations d’antiféminisme en s’inscrivant elle-même en tant qu’émettrice de la série  – pour ne pas dire fomentrice – du côté de la féminité traumatique. Le « D’où tu parles ? » inquisiteur ne peut la renvoyer à son invalidité pour aborder la dilution de l’identité dans le narcissisme contemporain ou le néo-féminisme sectaire, puisqu’elle même est une femme qui a connu drogue, deuil, hôpital psychiatrique, etc. Il faut donc en passer par d’autres biais comme Daniel Schneidermann voyant la patte du tout-puissant Bolloré derrière La Meilleure version de moi-même ou comme telle féministoïde de service réduisant la série sur France Cul à un plaidoyer pour Louis C.K., seul personnage « normal » de toute la distribution.

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Il est au final difficile d’avoir un avis tranché sur cette première saison (on imagine déjà la suite ou le reboot). On en admire certains épisodes, répliques ou scènes (les infâmes colleuses d’affiches féministes enfin présentées comme des harpies hystériques) tout en en déplorant les lo(a)ngueurs ou facilités. Reste que présenter à un large public le féminisme intersectionnel et ses dérives les plus dommageables comme une pure et simple imposture menant à l’antichambre de la folie est un geste inédit qui ne manque pas de panache.

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