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La fin du monde est pour 2030, d’Yves Cochet aux services secrets, en passant par la global footprint américaine, le National Intelligence Council et j’en passe, tout le monde semble à peu près d’accord. Et il ne s’agit pas là, de prophéties mayas, de divagations à la Paco Rabanne ou prophéties façon Bugarach ou Nostradamus. Non, il est trop tard.
Il était encore temps de faire quelque chose aux temps heureux d’Alain Dumont, Soleil Vert ou des hippies. Mais, « Accord de Paris » ou pas, le glas est désormais sonné. L’Anthropocène, l’Âge de l’Homme, ce moment où l’action de ce dernier sur la planète Terre est devenue si dévastatrice que les dommages sont irréversibles. Famines, désastres et catastrophes écologiques, surpopulation, épidémies, fin des ressources naturelles, tout cela entraînant la disparition de la moitié de l’humanité dans un monde où sont réapparues les dictatures. Le tableau est digne de saint Jean. L’Apocalypse. L’Armageddon !
Tout se passe comme si le monde se raidissait, frileux, pour éviter cet insupportable destin. En fait, à mes yeux, nous entrons en aveugles dans un curieux Moyen Âge gouverné par les machines et la dictature informatique, fliqués, tracés, apeurés. Et comment dire ? L’Art, là-dedans? Oui, l’Art, ce cri dans la nuit. L’Art qui fait tenir les hommes debout. L’Art. Quand une chanson pouvait changer le monde. Si. Avoir grandi en hurlant, même sous la douche, « Je ne suis le fils de personne », « Je ne suis pas comme les autres », « Je ne peux obtenir satisfaction » ou « Tout ce dont nous avons besoin c’est d’amour », n’a pas été anodin. Féminisme, libération des mœurs, luttes sociales, individualisme triomphant, la génération d’après-guerre a changé le monde. Avant le choc en retour, le « backlash », la fin de la rigolade en veste de velours parme.
La Fin de l’Art
Le constat est clair. Même pas la peine de grossir le trait pour s’en apercevoir… Il n’y a plus d’Art signifiant. Qui peut citer un peintre ou plasticien depuis trente ans, depuis, disons, Jeff Koons, ou, dans le meilleur des cas, Weh Weh ? Qui peut citer un écrivain d’importance apparu depuis Houellebecq, une chanson, un tube récent, qui s’est imposé durant la dernière décennie ? Oui, un truc qui se fredonne et vous change la vie ? L’Art, disions-nous, oui. Et la peinture, sculpture, photographie ? On me rétorquera qu’il n y a jamais eu autant de foires dédiées à la chose, que la FIAC se porte à merveille. En fait, il n’est plus d’Art que conceptuel ou abstrait, cette vieille lune des années 50. Des « installations »; encore et encore. Qui ne disent rien sur le monde. Et ce n’est pas l’idée de toute façon. Les œuvres qui se vendent ne sont que du terreau pour les spéculateurs.
En fait, il n’est plus d’Art que conceptuel ou abstrait, cette vieille lune des années 50
Un patriarcat capitaliste qui empêche toute émergence d’une nouvelle peinture figurative. Même si les artistes sont là, ils ne peuvent exposer… Et surtout pas en France. Il n’y a plus de Dali, de Picasso, de Bacon, ou même de Bernard Buffet, de peintre connu par l’homme de la rue. L’Art contemporain est une bulle financière prête à exploser. Et rien d’autre. Cet Art-là, comme on peut le voir à la FIAC, ne dit rien à personne, ne dit rien sur notre société et l’état du monde. Nous ne parlerons pas de photographie, la fin du copyright – merci Internet, là encore – a empêché à jamais qu’apparaisse un nouveau Newton ou un Mondino. Et l’Art numérique ? Ah, les copiés-collés sur Photoshop ? Vous voulez savoir ce que j’en pense vraiment ?
L’Optimisme obligatoire
C’était mieux avant. Oh, pardon! On n’a guère le droit de le dire. On n’a guère le droit, de toute façon, au pessimisme. Il faudrait vivre encore comme dans les années 50, quand le progrès était une évidence et que l’Histoire, forcément, allait de l’avant et dans le bon sens. Il n’y avait alors que quelques auteurs de science-fiction pour s’insurger et poser question. Sinon, politiquement, tout le monde était peu ou prou d’accord. Marx pour tout le monde. Le siècle des Lumières, la libération de l’esclavage grâce a la mécanisation et à l’industrialisation, et puis, enfin, Marx pour tout le monde. L’aube dorée, la dictature du prolétariat, la civilisation des loisirs dans un monde robotisé pour le meilleur.
Ne pas être persuadé de cela, c’était être réactionnaire. Une vieille barbe attachée à ses privilèges avec si possible une coupe de cheveux à la brosse ou un bandeau sur l’œil. Ça l’est toujours. Évoquer les splendeurs passées ou, simplement, un monde où l’Art était encore signifiant et flamboyant est tabou. C’est faire preuve de sénilité. Même s’interroger sur les dérives d’Internet est tabou. Cela, devant l’évidence, s’est certes un peu calmé, mais il fut un temps où remettre en cause la gratuité d’Internet ou des outils comme le MP3 ou le JPEG vous classait du mauvais côté.
« Il faut toujours que j’exagère. »
Pourtant, de nos jours, « être réactionnaire », c’est refuser ce monde déshumanisé, courant vers l’abîme où les avancées technologiques ne font que condamner le meilleur de ce qui semblait nous être acquis de toute éternité. Notre Liberté d’aller et de penser. Rien que cela… Être réactionnaire, aujourd’hui, c’est être en lutte et relever la tête. Il est vrai, certains beaux penseurs ont fini par accepter l’évidence. Et même l’idée que ce monde court à sa perte. Ainsi, même Libération a publié sur cette fin du monde promise, donc, pour 2030… Tout en précisant que la Renaissance, le merveilleux « Aquarius », ne saurait ensuite tarder, vers 2050. Pourquoi ? Comment ? On ne sait pas.
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La Terre et son atmosphère pourries sur pied, la moitié de la population décimée, les ressources naturelles épuisées, l’homme, alors, serait bien obligé de devenir raisonnable, on suppose. Et sur les murs de ces grottes, où il se serait réfugié, en soufflant sur des tiges creuses de bambou, cet homme de la Renaissance produirait alors de nouveau un art signifiant qui… Euh… non. Je m’égare. Un monde post-Apocalypse, certes, sans électricité. Mais peut-être que tous les violoncelles, pianos, et autres machines à écrire ne seraient pas détruits ? Il faut toujours que j’exagère. Alors, il y a le passé. Et le piège terrible de la nostalgie. Qui ne mène à rien, ou qu’à nous instruire sur le monde d’aujourd’hui : puisque c’était comme cela, avant…
Démagogie d’Internet
Pourquoi, et comment on en est arrivés là ? Les causes sont multiples, une déchéance commencée dans les années 90, avec la mondialisation sauvage et les crises économiques, et puis est arrivé Internet avec son mensonge de la gratuité, son mépris du copyright, cette idée démagogique de la grande médiathèque universelle accessible à tous, qui a tué toute possibilité économique à l’Art de survivre décemment. L’Édition est en crise, la presse idem, les disques ne se vendent pas ; la photographie se meurt via le numérique à tout crin, et la mort du copyright. Accessoirement, les gens n’ont pas envie d’aller voir de la musique libre dans un endroit où il leur sera interdit de fumer.
Accessoirement, les gens n’ont pas envie d’aller voir de la musique libre dans un endroit où il leur sera interdit de fumer.
Seul leur sont permis les festivals d’été, avec bracelet au poignet et programme consensuel. Pour l’instant, seul le cinéma s’en sort à peu près, malgré le streaming. C’est qu’il est moins facile, sans doute, de pirater un film qu’un disque… On nous a vendu l’idée qu’Internet était une démocratisation, un DIY débarrassé des grandes firmes du disque ou de l’Édition. Un monde libre ! Où cela ne coûte plus rien, ou quasi, d’enregistrer, par exemple, grâce à l’informatique, où les blogs sont là pour que les écrivains publient. Oui. Mais, comment dire ? Tout le monde s’en fout, de ces œuvres prétendument « libres ». L’Artiste, pour exister, pour signifier, a besoin de visibilité, de valorisation, d’exposition, de promotion.
Plus que des cris anonymes
Alors, oh, certes, la bohème n’est pas une invention nouvelle. Il y eut des beatniks qui ne survivaient qu’en faisant du busking à la terrasse des cafés, des écrivains en colère qui n’arrivaient pas à vivre de leur art, comme André Helena ou Léon Bloy et Villiers de l’Isle-Adam. Il y eut des jazzmen maudits et junkies qui ne survivaient que d’expédients. Mais au moins la postérité les a vengés. L’Art d’aujourd’hui semble volatile et éphémère. On imagine mal quelque Remy de Gourmont du futur ré-explorer tout ce qu’Internet a produit pour y dénicher des perles, et, qui sait, Isidore Ducasse passe à l’as. Oui, peu de chances. Tout cela aura disparu. Définitivement.
L’Internet n’est pas pérenne. Dans Le Culte de l’Amateur, Andrew Keene expliquait l’impact négatif d’Internet. Je ne vais pas le paraphraser ici. Il a tout dit. La gratuité, la violation de la vie privée et la fin du droit d’auteur ; l’amateurisme qui remplace l’expertise, tout cela, et une société en crise morale et économique ont conduit au Monde tel que nous le vivons aujourd’hui. Un Monde où nous n’avons plus envie de vivre. Des milliers de cris anonymes sur Myspace jadis, sur YouTube aujourd’hui. Voilà la Bohème 2018. Le Cri de Munch, oui. (à suivre…)
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