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Bruno Mégret : « La France a besoin d’une Europe puissance qui défende sa civilisation »

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Publié le

11 décembre 2018

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Retiré de la vie politique, Bruno Mégret dirige depuis janvier 2018 le site Ligne droite qui a l’ambition de créer le logiciel politique d’une droite nouvelle qui prônerait une Europe puissance fondée sur une préférence civilisationnelle. Il nous révèle en exclusivité ses intentions profondes.

 

Pourquoi avoir décidé de lancer Ligne droite ?

 

L’élection de Macron marque un changement important dans la vie politique française. Le système qui, en arrière-plan des partis politiques, dirige de facto notre pays avait jusqu’à présent tendance à choisir parmi les hommes politiques celui qui lui convenait le mieux et à faciliter son élection à la tête de l’État. En 2017, il a procédé différemment car c’est l’un des siens qu’il a fait élire sans l’appui d’une force politique existante. Ce qui veut dire que Macron a été mis en place pour appliquer l’intégralité de la politique du système.

 

Pour la droite dite républicaine cela change tout car, voulant rester politiquement correcte, elle suivait la gauche sur les questions identitaires et sociétales et s’opposait à elle sur le terrain économique où elle ne risquait pas la diabolisation. Mais, avec Macron, cela n’est plus possible puisqu’il adhère, comme elle, à l’ultralibéralisme économique. La droite classique se trouve dès lors dans une impasse. Car, dans le champ du politiquement correct, elle n’a plus d’espace pour s’opposer et se trouve condamnée à disparaître. Dès lors, la nouvelle gauche de Macron fondée sur l’ultralibéralisme international, le mondialisme migratoire et la déconstruction des valeurs ne rencontre aucune opposition véritable en dehors de celle de la rue.

 

Lire aussi : Charles Millon : « Le malaise français, c’est de ne plus savoir où sont prises les décisions politiques »

 

Une droite nouvelle doit donc voir le jour qui, en rupture avec la pensée unique, prônerait la sauvegarde de notre identité, la régulation des échanges économiques et la promotion de nos valeurs de civilisation. Malheureusement, cette droite nouvelle n’existe pas encore et, n’étant pas en situation de la faire émerger, j’ai voulu avec Michel Geoffroy notamment et d’autres comme Yves Dupont concevoir le logiciel qui devrait l’animer. Ce qui nous a conduits à la création du site Ligne droite.

 

Considérez-vous aujourd’hui que le clivage droite-gauche est devenu obsolète ?

 

Je crois à la permanence d’une droite et d’une gauche car elles se distinguent sur plusieurs grandes questions qui n’ont rien de conjoncturel : par exemple, la gauche croit en un certain déterminisme historique là où la droite croit dans la volonté des hommes pour maîtriser leur destin, la gauche est internationaliste là où la droite est attachée à la tradition et à l’enracinement, la gauche croit au progrès inéluctable de l’humanité quand la droite sait que le déclin des civilisations est possible. Enfin, pour la gauche, les hommes sont interchangeables et malléables à merci alors que la droite considère chaque homme comme une personne unique dotée à sa naissance de capacités propres.

 

Sur le plan politique, le critère qui détermine ce clivage change cependant en fonction de l’époque. Jusqu’à l’effondrement du bloc soviétique, c’était sur la question économique que la droite et la gauche se différenciaient. Aujourd’hui, c’est sur le débat concernant l’identité et le mondialisme. Le clivage droite-gauche n’a donc pas disparu, mais il a changé d’objet. Avec Macron il y a bien une nouvelle gauche, mais en face il manque encore une droite nouvelle.

« Que l’on soit croyant ou non, personne ne peut ignorer la composante chrétienne de notre identité, une réalité que les pouvoirs publics se doivent de reconnaître et de revendiquer. » Bruno Mégret

Si l’on élargit la perspective aux enjeux européens, comment voyez-vous l’émergence de cette droite nouvelle ?

 

Depuis l’effondrement de l’URSS, le monde a cessé d’être bipolaire. Il n’est pas devenu unipolaire pour autant car entre temps servies par le libre-échangisme mondial, certaines puissances, comme la Chine ou l’Inde, ont réussi un extraordinaire retour sur la scène de l’histoire. Aussi sommes-nous entrés dans un monde multipolaire où tous les grands pôles sont porteurs d’une civilisation. Une réalité qui concerne aussi le pôle musulman qui n’est certes pas incarné par une structure étatique centralisée mais l’est par l’Oumma, la « communauté des croyants ».

 

À l’inverse, la civilisation européenne est la seule qui ne s’appuie pas sur un pôle de puissance. Une situation qui la rend fragile et vulnérable alors même qu’elle doit affronter plusieurs périls. La plupart des pôles émergents ont en effet été naguère dominés par l’Europe et beaucoup estiment avoir une revanche à prendre sur elle. Aussi l’Europe subit-elle de plein fouet le choc des civilisations. Le terrorisme islamique en est l’expression la plus sanglante mais l’immigration qui s’apparente à une invasion en est une autre manifestation, moins violente mais tout aussi hostile. Quant à la concurrence sauvage de la Chine qui détruit notre appareil industriel, elle en est la composante économique, quand l’américanisation des mœurs en est l’expression culturelle.

 

Comment empêcher la disparition de la civilisation européenne ?

 

Devant de tels périls, la France seule n’est pas en mesure de faire face. Et l’Union européenne actuelle n’est d’aucun secours car, loin de renforcer les nations, elle les paralyse et les dissout. Aussi faut-il ériger l’Europe en un pôle de puissance et remplacer l’organisation bruxelloise et sa Commission par une Europe confédérale dirigée par les États. Cette Europe nouvelle telle que Ligne droite la conçoit devrait rendre aux pays membres leurs compétences ordinaires pour se consacrer à cinq priorités majeures. D’abord, elle devrait stopper toute immigration pour sauvegarder son identité. Elle devrait aussi créer une alliance militaire européenne qui se substituerait à l’OTAN pour assurer la sécurité et l’indépendance de l’Europe. Il lui faudrait par ailleurs réguler les échanges économiques à ses frontières par le recours au protectionnisme et procéder à une réindustrialisation volontariste du continent. Enfin, elle devrait faire de l’euro une monnaie qui serve la puissance économique de l’Europe, notamment en soumettant la Banque centrale européenne à l’instance politique de la future Confédération.

 

Lire aussi : La tentation autoritaire

 

Si elle parvenait au pouvoir en France, la droite nouvelle devrait incarner ce projet et passer un accord stratégique avec les pays de Visegrad pour créer un rapport de force favorable à une refonte identitaire de l’Union. Et pour ce grand changement, elle devrait pouvoir s’appuyer sur les peuples. Des peuples qui sont aujourd’hui désemparés car on ne leur propose que deux solutions: rester dans l’organisation de Bruxelles ou en sortir, alors que beaucoup, comme le peuple français, rejettent ces deux options. Sans doute attendent-ils une troisième voie, celle d’une Europe puissance fondée sur une préférence civilisationnelle.

 

Qu’entendez-vous par là ?

 

Notre identité est certes française, mais elle est aussi européenne. Il y a en effet bien plus de différences entre les Européens et les Chinois par exemple qu’entre les Français et les Italiens. Il faut donc prendre conscience de cette dimension européenne de notre identité et promouvoir à côté du patriotisme national un patriotisme européen. De même qu’il faut mettre en œuvre une préférence civilisationnelle qui favoriserait systématiquement notre civilisation.

 

Je prends un exemple : l’État doit donner la préférence au christianisme sur l’islam. La laïcité, qui impose la séparation des Églises et de l’État, n’implique en effet nullement le traitement égalitaire des religions. Car, au-delà de l’aspect spirituel dont il ne doit pas se mêler, l’État doit prendre en compte la dimension culturelle et identitaire des religions. Or, que l’on soit croyant ou non, personne ne peut ignorer la composante chrétienne de notre identité, une réalité que les pouvoirs publics se doivent de reconnaître et de revendiquer. À l’inverse, parce que l’islam est étranger à notre civilisation, l’État doit imposer aux musulmans de pratiquer leur religion dans la sphère privée. Les manifestations de l’islam dans l’espace public comme le port du voile, les prières de rue ou les repas hallal dans les cantines doivent être interdites.

« Il ne faut donc pas sortir de l’euro mais le réformer pour qu’il serve les économies européennes comme le dollar sert l’économie américaine. » Bruno Mégret

Pour souligner la dimension civilisationnelle de cette nouvelle Europe, le texte constitutif de la confédération proposée par Ligne droite devrait par ailleurs faire référence aux racines de l’Europe et notamment à son ancrage grec, romain et chrétien. Il devrait aussi définir ses frontières ultimes. La Turquie, par exemple, n’a pas vocation à figurer dans cet ensemble, de même que la Bosnie, le Kosovo et l’Albanie qui appartiennent à l’aire culturelle musulmane. Quant à la Russie, elle forme avec l’Ukraine, la Biélorussie et la Moldavie, un autre ensemble géopolitique qui n’a pas vocation à intégrer la confédération européenne mais avec lequel celle-ci devrait entretenir des liens étroits de coopération et d’amitié.

 

Dans votre projet de confédération, pourquoi avez-vous fait le choix de garder l’euro ?

 

Je n’étais pas favorable à l’euro au moment où il a été institué parce que sa création supposait l’existence d’un espace économique homogène, ce qui n’est d’ailleurs pas encore le cas. Pour autant, abandonner l’euro après une vingtaine d’années d’existence nous exposerait aujourd’hui à des difficultés majeures. De plus, comme toute monnaie, l’euro a une dimension politique qui pourrait bénéficier à l’Europe puissance. Il ne faut donc pas sortir de l’euro mais le réformer pour qu’il serve les économies européennes comme le dollar sert l’économie américaine.

 

Et tout cela vous paraît-il possible ?

 

Le moment me paraît venu de présenter aux Français et aux Européens un projet d’envergure qui puisse les mobiliser et leur offrir l’occasion de renouer avec la grandeur qui était la leur au cours de leur histoire. L’Europe puissante, c’est la possibilité pour les Européens de s’imposer à nouveau dans le monde à parité avec les plus grands. Est-ce possible ? C’est en tout cas nécessaire et tout l’art de la grande politique consiste précisément à rendre possible ce qui est nécessaire.

 

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