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Ces anciennes terres frontistes devenues des friches

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Publié le

12 juin 2020

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Le Rassemblement national a conservé – et de quelle manière ! – la plupart des municipalités qu’il détenait et pourrait en conquérir d’autres (Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, et, qui sait, Perpignan). Mais dans les villes conquises dans les années 1980 et 1990, puis perdues, quelles gifles !

 

L’événement est entré dans l’histoire politique française comme « le coup de tonnerre de Dreux ». En septembre 1983, à l’occasion d’une municipale partielle, Jean Hieaux (RPR) se faisait élire maire de la ville grâce à l’alliance contractée avec le Front national emmené par son secrétaire général, Jean-Pierre Stirbois, dont il allait faire son premier adjoint. La première véritable percée du FN, même si Jean-Marie Le Pen s’était fait élire, quelques mois plus tôt, conseiller municipal dans le XXe arrondissement de Paris. L’heure sonnait de la mobilisation « antifasciste » emmenée par une personnalité locale, un humoriste du nom de… Dieudonné. Et ensuite ? Une victoire, de plus en plus triomphale au fil des scrutins, de la croisade initiée par Dieudonné M’Bala M’Bala.

 

M’Bala M’Bala a eu la peau de Stirbois

 

Même si Marie-France Stirbois a fait mieux que maintenir le flambeau après la mort de son mari, réussissant à se faire élire député FN d’Eure-et-Loir au suffrage universel direct, le coup de tonnerre n’a retenti que le temps d’un éclair. Aux municipales de 1989, Marie-France Stirbois obtient plus que son défunt mari (22 % contre 16,7 %), mais, faute d’alliance, qui avait d’ailleurs déjà été rompue, elle doit siéger dans l’opposition. Idem le coup d’après, malgré cette fois plus de 35 % des suffrages. Après quoi, pour le FN, c’est la chute libre.

 

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D’abord par absence de combattants, puisque, en 2001 comme en 2008, le FN est dans l’incapacité de présenter une liste. Le MNR de Bruno Mégret occupera la place laissée vacante (9,84 % en 2001), mais, par charité, nous ne nous attarderons pas sur le parcours de sa tête de liste, certes élu au conseil municipal mais finalement condamné pour meurtre devant les assises. En 2014, le FN croit trouver la perle rare en la personne d’une ancienne adjointe au maire UMP, passée au FN deux ans plus tôt. Bilan : 13,44 % au premier tour, 12 % au second, suivis d’une démission du FN quelques mois plus tard !

 

En mars dernier, pas l’esquisse d’une embellie : le Rassemblement pour Dreux, mené par Marc de Ferrières, s’est arrêté à 7,3 %.

 

En mars dernier, pas l’esquisse d’une embellie : le Rassemblement pour Dreux, mené par Marc de Ferrières, s’est arrêté à 7,3 %. L’événement est qu’il a été devancé par la liste Dreux, notre avenir ensemble (8,7 %) d’un certain Ali Ben Akki, lequel a mené campagne sur la nécessité de « ne pas laisser la jeunesse des quartiers en errance »…

 

Le RN de plus en plus en rade à Toulon

 

Aux municipales de 1995, le Front national conquiert plusieurs villes d’importance. En tête desquelles Toulon, première ville de plus de 100 000 habitants à tomber dans l’escarcelle du parti de Jean-Marie Le Pen. Même pas le temps d’un mandat, car, après quatre ans que l’on dira mouvementés, Jean-Marie Le Chevallier rompt avec le FN. Et avec ses électeurs. En 2001, le maire sortant n’est même pas qualifié pour le second tour : moins de 8 % des voix ! Hubert Falco s’installe à la mairie, et, près de vingt ans plus tard, il y est toujours.

 

À près de 73 ans, le tout-puissant patron UMP du Var a été réélu en mars dernier dès le premier tour avec plus de 60 % des voix ! Et le Rassemblement national, emmené par Amaury Navarranne, est resté en rade, n’atteignant même pas 15 %. Un quart de moins que les 20 % recueillis en 2014 par la liste FN de l’amiral Jean-Yves Waquet. Six élus il y a six ans, quatre cette fois, et le temps qu’il faut à Falco pour préparer sa succession dans une parfaite sérénité. Sauf raz-de-marée national consécutif à l’accession de Marine Le Pen à la présidence de la République, la reconquête de Toulon n’est plus dans les espérances.

 

Vitrolles, terre redevenue de gauche

 

Et Vitrolles ? Tout le monde se souvient de Vitrolles, dont le couple Mégret avait fait le laboratoire de la politique municipale du Front national, y instaurant la préférence nationale dans l’attribution d’une prime de naissance. Quelle bataille ! et quelle victoire !

 

Lire aussi : Jérôme Rivière : « Les plus farouches opposants, au sein de LR, à tout accord avec le Front national peuvent très bien être demain ses plus ardents défenseurs »

 

En 1995, Bruno Mégret obtient 43 % des suffrages face au socialiste Jean-Jacques Anglade, un score jamais atteint dans une ville de plus de 30 000 habitants. Il avait même dû obtenir plus car il y avait eu fraude. Recours, annulation, mais Bruno Mégret, dont les dépenses de campagne n’étaient pas d’équerre, ne peut se représenter. C’est sa femme qui s’y colle. Elle l’emporte, avec 53 % des suffrages. Toute la gauche hurle contre la politique menée, pas les Vitrollais, qui la réélisent en 2001. Mais il y a encore annulation. On revote. Elle est battue.

 

Vitrolles était à gauche, elle l’est redevenue, elle l’est toujours, et, qu’elle soit FN, MNR ou RN, la liste d’opposition nationale doit se contenter de faire figure plus ou moins honorable.

 

 

Vitrolles était à gauche, elle l’est redevenue, elle l’est toujours, et, qu’elle soit FN, MNR ou RN, la liste d’opposition nationale doit se contenter de faire figure plus ou moins honorable. En 2014, Vitrolles Bleu Marine, conduite par Marcel Yde, s’était hissé à 24,44 % au premier tout, puis à 33 % au second tour, obtenant six élus. Six ans plus tard, un seul tour a suffi pour que le maire PS soit reconduit. Et le RN a de nouveau refusé : 18,69 % pour la liste Un avenir pour Vitrolles emmenée Philippe Sanchez, seulement quatre élus, et même pas d’invalidation en vue pour espérer refaire le match.

 

Crashs à répétition sur Marignane

 

Reste Marignane, également dans les Bouches-du-Rhône, également gagnée par le FN lors de la vague de 1995. Le maire Laurens Deleuil était en place depuis… 1947. Près d’un demi-siècle ! Daniel Simonpieri l’emporte sous les couleurs du FN à l’issue d’une triangulaire. Ça passe de justesse mais ça passe. Pour la plus grande satisfaction des Marignanais, qui, six ans plus tard et alors qu’il est passé au MNR, le reconduisent avec 62,5 % des suffrages !

 

Lire aussi : Jean-Marie Le Pen : « Mai 68 n’aurait pas eu lieu si j’avais pu fonder le FN en 1965 »

 

Encore six ans plus tard, c’est cette fois avec l’investiture de l’UMP qu’il sollicite un troisième mandat. Un autre membre de l’UMP ne l’entend pas de cette oreille et décide de se présenter en dissident. Simonpieri est battu, Eric Le Dissès est élu. Douze ans ont passé et Eric Le Dissès vient d’être réélu pour un troisième mandat avec plus de 70 % des suffrages ! Et que fait le RN ? De la figuration. En 2014, la liste Marignane Bleu Marine de René Amodru, aidée en sous-main par Simonpieri, avait totalisé 17,83 % des voix. Cette année, la liste RN, baptisée Union des citoyens de Marignane et menée par Adrian Aleo, qui s’était vanté de « n’avoir pas gardé les membres des équipes municipales de 2014 », a fait trois points de moins.

Emporter, c’est bien ; conserver, c’est évidemment mieux, mais, à défaut, tirer les leçons de toutes ses erreurs, ça peut être utile.

 

Emporter, c’est bien ; conserver, c’est évidemment mieux, mais, à défaut, tirer les leçons de toutes ses erreurs, ça peut être utile. Pour garder par exemple à l’esprit que quand on est parvenu à cultiver un champ, mieux vaut continuer à le labourer et le semer, la première récolte eût-elle été perdue, plutôt que d’y passer une fois tous les six ans, au lieu de s’escrimer à tuer dans le bulbe la fleur sur le point d’éclore ou à faire dépérir la plantation ancienne dans le champ du cousin. Ce ne sont certainement pas Valérie Laupies ni Jacques Bompard (voir ci-contre) qui diront le contraire.

 

 

Bruno Larebière

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