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Champigny-sur-Marne : au temps des Portugais

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Publié le

12 février 2018

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portugais

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Cette commune du Val-de-Marne a été le théâtre d’une attaque violente contre les forces de l’ordre au cours de la nuit de la Saint-Sylvestre. Soixante ans plus tôt, la ville accueillait le plus grand bidonville de France.

A chaque Saint-Sylvestre, le commun des mortels se souhaite « bonne année » en s’enfilant du champagne, pendant que les gardiens de la paix tentent de maîtriser des délinquants qui n’aspirent qu’à en découdre. Hélas, l’année 2018 n’a pas fait faux bond. Cette fois, c’est Laurie, gardienne de la paix de 25 ans, que l’on a lynchée à Champigny-sur-Marne : gifles, insultes et coups de poing. Des dizaines de jeunes encapuchonnés se sont adonnés au « plaisir » de la tabasser et de lui cracher dessus, pendant que d’autres filmaient avec leur téléphone portable. Scène quasi ordinaire dans les quartiers sensibles, où la frustration d’une jeunesse de banlieue biberonnée au ressentiment victimaire mute en hyper-violence à destination des représentants de l’État.

Mais cette hostilité ne s’explique certainement pas par leurs conditions de vie : un demi-siècle plus tôt, la même ville, Champigny-sur-Marne, accueillait le plus grand bidonville de France. Là, près de 14 000 immigrés portugais avaient trouvé refuge, fuyant la dictature de Salazar, le service militaire, la misère… « Presque tous les Portugais qui immigraient à cette époque sont passés à Champigny », assure Valdemar Francisco, le président de l’association portugaise « Les amis du Plateau ». Alors que la France vivait l’expansion industrielle des Trente Glorieuses, elle offrait à cette main-d’œuvre du travail mais des habitations aux conditions déplorables : ces années-là sont d’ailleurs nommées les années de bous. « Pas d’eau, pas d’électricité, pas de tout-à-l’égout, pas de ramassage des déchets, etc. Et pas de violence, ni d’association pour crier au racisme. L’intégration au bout du chemin. Qui peut dès lors nier la décomposition française ? », questionnait le journaliste du Figaro Alexandre Devecchio sur les réseaux sociaux. Différentes tribunes dans le Bondy Blog, Médiapart et Le Monde lui ont alors reproché de comparer les immigrations, alors qu’il s’agissait de constater un changement d’époque.

 

Lire aussi : Les banlieues ont été désertées par les juifs

 

Malgré cet environnement précaire, les Portugais de Champigny ne se sont pas réfugiés dans un communautarisme sectaire, ils n’ont pas nourri de ressentiment envers leur pays d’accueil au point de tabasser une jeune femme en uniforme. Ils se sont soumis aux règles de l’État, au prix d’un effort d’intégration. La République était pourtant sévère. Il y a par exemple cette anecdote restée célèbre chez les Portugais. Un jour que l’un d’eux déposait un drapeau de son pays d’origine sur sa cabane, un agent de police vint lui demander de le retirer : ce qu’il fit sans sourciller. Plus tard, les enfants de ces ouvriers sont allés à l’école et ont rejoint la nation française. Il y a deux ans, l’association « Les Amis du Plateau » a inauguré un monument en hommage à la ville et à Louis Talamoni, le maire de la commune entre 1950 et 1975, pour le remercier de l’aide qu’il leur a apportée durant son mandat: « On veut lui rendre hommage car il nous a tendu la main […]. Il a fait distribuer des couvertures, fait venir des bus pour emmener les enfants du bidonville aux bains-douches, créé une école… C’était un homme de conviction », saluait Valdemar Francisco.

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