Aujourd’hui, les entreprises manquent de fonds propres. Or, les ménages ont globalement épargné durant le confinement et leur épargne dort souvent sur des Livrets A peu rémunérateurs. Comment la drainer vers les entreprises qui en ont besoin, notamment les PME ? Quels outils d’incitation fiscale faut-il mettre en place pour cela ?
L’investissement de son épargne dans des PME françaises est, dans le contexte bien particulier de la crise économique post-covid, le plus rentable et le moins risqué de tous les placements : point de soubresauts boursiers, point de modes technologiques, un alignement d’intérêt avec des familles entrepreneuriales, propriétaires privés, éloignés des conflits d’intérêts des courtisaneries parisiennes. Le problème est de savoir identifier ces PME familiales, ce qui nécessite d’une part l’intermédiation de spécialistes de l’investissement dans le non coté, et d’autre part de disposer de la capacité de patienter quelques années avant de pouvoir légitimement demander une liquidité de son investissement. Et ces éléments ont un coût.
C’est là que les pouvoirs publics qui comprendraient les enjeux de l’investissement sauraient mettre en place les dispositifs adéquats. Ce fut le cas il y a peu de temps avec le mécanisme national ISF-PME qui fléchait une épargne importante vers les PME, en permettant aux particuliers de défiscaliser. Ce mécanisme, créé avec succès par l’ancien Président Sarkozy, fut hélas supprimé en 2017 sous prétexte que l’ISF fut transformé en IFI.
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A contrario, le Royaume-Uni, dont la population d’épargnants est mainte fois plus arguer rie à la prise de risque, dispose d’un mécanisme extrêmement incitatif pour stimuler l’épargne vers les petites et moyennes entreprises privées. Il s’agit d’accorder une réduction d’impôts sur le revenu si l’on investit dans des PME ou au sein de fonds investis en PME. L’Italie, l’Allemagne et l’Espagne bénéficient de dispositifs similaires. Mais hélas, en France, nous n’avons plus rien ou presque.
Êtes-vous favorable à la relocalisation des entreprises, notamment dans des secteurs qui s’avèrent stratégiques et comportent des enjeux de souveraineté ? Comment inciter les entreprises à y procéder ? Est-ce compatible avec le libre-échange ou faut-il s’acheminer vers un système protectionniste ?
Il est clair que la hausse continue des prélèvements obligatoires sur les entreprises, conjuguée à l’empilement des rigidités sur le marché du travail – notamment les 35 heures imposées à partir de 2001 sans distinction de secteurs et de tailles d’entreprise – furent extrêmement néfastes à l’industrie française. De 18 % du PIB en 1999 – on était déjà loin derrière l’Allemagne – on est désormais tombé à 12 %, en deçà du Royaume-Uni dont il convenait de moquer le modèle. En 20 ans, la France a connu hélas de très nombreuses délocalisations de ses capacités de production dans tous les secteurs d’activité.
En 20 ans, la France a connu hélas de très nombreuses délocalisations de ses capacités de production dans tous les secteurs d’activité
Pour y remédier, il faut d’abord sortir définitivement de l’idéologie anti-industrie qui prévalait dans les années 2000, du temps où Serge Tchuruk, PDG d’Alcatel, vantait les « entreprises sans usines ». Il convient également de réduire les prélèvements obligatoires pesant sur les entreprises en les remettant au niveau de nos voisins européens. La diminution de moitié des impôts de production irait en ce sens. Enfin, la préférence nationale et a minima européenne devrait être la norme en matière d’appels d’offres et d’achats émanant des collectivités et institutions publiques. C’est ainsi que des entreprises innovantes comme Space X ont pu se développer. Sans les commandes de la NASA, de la DARPA ou du NIST, les startups américaines, les fameuses GAFAM n’existeraient tout simplement pas.
Faut-il profiter de la crise économique pour accélérer la transition écologique ? Quels investissements faut-il faire pour cela ? Que pensez-vous, par ailleurs, de la fermeture de Fessenheim ? Le nucléaire est-il écologique ?
Le climat évolue, c’est un fait. Ceci s’est déjà produit dans le passé. Le petit âge glaciaire entre le début du XIVe et la fin du XVIIIe siècle en est un témoignage historique, tout comme celui des années 40 où l’Europe a enregistré des hivers particulièrement froids au cours du second conflit mondial. Il semblerait que nous connaissions une transition accélérée aujourd’hui en partie du fait des activités humaines, même s’il est difficile d’évaluer exactement la part de l’activité humaine dans le réchauffement climatique. Par ailleurs, la civilisation du plastique a tout envahi et les océans et continents sont horriblement pollués par cette substance certes pratique mais bien laide et très dangereuse pour la santé. Il n’est donc plus question de différer toute action vers plus d’éco-responsabilité.
Tous les secteurs économiques sont concernés. Il n’y a pas d’alternative mais cela doit se faire par la responsabilisation de chacun et non par la contrainte. Je suis contre l’écologie punitive mais désire que chacun puisse à son niveau développer un comportement écologique, en agissant concrètement. Pour les producteurs, il s’agit aussi d’une question de vie ou de mort. Ceux qui ignoreront cette tendance de fond disparaîtront, les autres en profiteront dans un darwinisme schumpetérien accéléré. La France et l’Europe doivent saisir cette nouvelle donne pour favoriser leurs industries et pénaliser les producteurs qui ne respectent pas un certain corpus de normes minimales d’éco-responsabilité.
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Durant le confinement, les Français ont moins consommé mais cette frugalité ne les a pas, pour la plupart, rendus malheureux. Faut-il doper la consommation pour faire repartir la croissance ou bien faut-il tirer parti de cette frugalité heureuse pour adapter l’offre à la baisse et revoir notre mode de vie ?
Soyons humbles vis-à-vis de cette épreuve que nous traversons. Et ne croyons pas, hélas, à la chimère d’une humanité meilleure du fait de cette pandémie… Le pire côtoie le meilleur depuis l’aube des temps. « Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent » (Matthieu, 13,15).
Le confinement a enfin sonné la revanche de la France périphérique. Naguère décriée, celle-ci est devenue une valeur refuge pour beaucoup de Français qui se sont confinés à la campagne et y ont vu les bienfaits d’un mode de vie plus simple et au grand air. Pensez-vous que cela puisse se traduire sur le long terme par un rééquilibrage de l’activité économique en faveur de la province ? La digitalisation peut-elle être l’instrument de ce retour à la campagne ? Quelles conséquences sur l’immobilier ?
Là aussi, soyons prudents mais il est vrai que certains cadres et consultants travaillant pour des grands groupes ont pu observer, dans une certaine proportion, une meilleure efficacité de leur production à travers le télétravail. Les réunions interminables et inutiles supprimées, les gains de temps en transport, un cadre de vie plus agréable, tout cela devrait faire prendre conscience à certains que le modèle des métropoles et des satellites pourrait gagner à évoluer. Si cela peut contribuer à revivifier nos campagnes et bourgades, ce serait un heureux dénouement mais soyons prudents, nous ne sommes pas encore sortis de la pandémie !





