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Christophe Dickès : « Jacques Bainville défendait une politique réaliste en faveur de la nation »

Docteur en histoire contemporaine et fondateur de la webradio Storiavoce, Christophe Dickès nous fait redécouvrir avec grand talent la pensée géopolitique de Jacques Bainville, historien et géostratège de l'Action française, dans un ouvrage passionnant. Entretien.

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Prophétique à bien des égards, Jacques Bainville le fut notamment grâce à la qualité de sa méthodologie. Comment la définiriez-vous ?

Jacques Bainville est un disciple de l’écrivain Sainte-Beuve et de Maurras. Dans leur sillage intellectuel, il considère que l’histoire nous permet de comprendre le présent et parfois de prévoir l’avenir. Ce que Sainte-Beuve appelait l’empirisme éclairé et Maurras l’empirisme organisateur. Cette méthodologie consiste essentiellement à étudier les événements du passé et à voir comment, dans des situations identiques, les hommes ont agi ou réagi : « Notre maîtresse en politique, c'est l'expérience » disait Maurras. Bainville faisait donc de l’histoire un laboratoire pour l’homme politique. Il disait qu’un homme politique qui ne connaît pas son histoire est comme un médecin qui ne serait jamais à l’hôpital.

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Bainville pratiquait aussi l’uchronie, c’est-à-dire l’histoire avec des « si » : que se serait-il passé si, par exemple, Louis XVI était passé à Varennes plus tôt ? Si la Corse était devenue autrichienne et non française ? De cette gymnastique intellectuelle, il tirait des hypothèses et des possibilités.

Quel fût son rapport, et ses évolutions, à l’Allemagne, depuis sa jeunesse jusqu’à ses œuvres de maturité ?

La question allemande est au centre de son œuvre. Tout d’abord, dans sa jeunesse, Jacques y passe ses vacances. À l’époque, l’Allemagne est un exemple parce que c’est elle qui a gagné la guerre de 1870. Cependant, l’expérience allemande de Bainville le pousse vers la monarchie pour deux raisons. Alors que la France se divise sur l’affaire Dreyfus, Bainville voit que l’unité politique de l’Allemagne ne cesse de se consolider. Or, dans ce mouvement, le rôle de l’empereur est essentiel. Parti républicain de France, il en revient monarchiste.

Il comprend aussi que Bismarck, après la victoire de 1870, a encouragé la naissance d’une République française afin, précisément, de l’affaiblir. Le rôle de l’Allemagne dans le déclenchement de 1914 le persuade enfin du danger que constitue un grand espace germanique pour l’équilibre et la paix européenne. Il écrit alors ses principaux ouvrages sur le sujet : son Histoire de deux peuples puis son Histoire de trois générations et enfin Les Conséquences politiques de la paix. [...]

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