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[Cinéma] Beau is Afraid : pas de baisers pour maman

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Publié le

27 avril 2023

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En deux films, Ari Aster a passablement bousculé le petit monde du cinéma intello-horrifique. Toute la question était de savoir si le cinéaste allait transformer l’essai avec ce troisième opus attendu. Verdict : on a aimé et on vous explique pourquoi.
Beau is afraid

L’attente était d’autant plus longue que les rumeurs allaient bon train : un montage initial de quatre heures, un changement de titre (le film était prévu pour s’appeler au départ Disappointment Bvd). Certains oiseaux de malheur prédisaient déjà la catastrophe, le syndrome du réalisateur en roue libre, abandonné par ses producteurs.

Qu’on se rassure, il n’en est rien. Ari Aster aurait pu continuer dans le sillon de ses précédents films, surfant sur la vague de cette « folk horror » qu’il s’est attaché à revisiter. Il a pris tout le monde à contre-pied en annonçant une comédie familiale… et en effet, Beau is Afraid s’inscrit dans un genre où tout reste à faire : l’épopée psychanalytique. Un « Seigneur des anneaux juif » comme le décrit plaisamment l’intéressé. L’argument est simple : Beau doit se rendre à l’enterrement de sa mère. Son périple ressemblera à une sorte de chemin de croix intérieur.

Cette première partie est sûrement la plus convaincante parce qu’elle retranscrit à merveille une réalité américaine devenue poreuse aux hallucinations individuelles à cause de sa propre inertie économico-sociale

Sur le papier, on avait de quoi s’inquiéter : rien de plus « casse-gueule » que le film-mental, parce qu’il permet à peu près toutes les approximations scénaristiques et surtout parce qu’il désengage le spectateur de toute implication (en effet, si tout ce qui se passe à l’écran n’arrive que dans la tête du personnage, dur de s’en émouvoir a priori). Et Aster ne nous épargne pas certains ventres creux où le film mouline, tourne à vide, le long d’une fausse écriture automatique qui culmine lors du passage du « théâtre-gigogne » – avec cette esthétique de film d’animation Sundance qui fait un peu peine à voir.

Mise à part cette faute de goût, ce film-monstrueux de trois heures (on ne s’ennuie pas une seconde) pourrait se décrire comme un mélange presque parfait de David Lynch et de Woody Allen. La première partie du film emprunte d’ailleurs aux récents films de Lynch cette peinture hallucinée de la misère qui frappe actuellement les États-Unis : car Beau vit dans un quartier pauvre d’une grande ville non-identifiée – mais qui a tous les atours du fameux skid row de Los Angeles – et Ari Aster force à peine le trait avec quelques travellings latéraux bluffants où il montre toute la perdition morale et matérielle qui y est à l’œuvre (on pense à ces fameuses vidéos de downtown driving qui fleurissent sur YouTube et donnent une bonne idée de l’étendue des dégâts). Cette première partie est sûrement la plus convaincante parce qu’elle retranscrit à merveille une réalité américaine devenue poreuse aux hallucinations individuelles à cause de sa propre inertie économico-sociale.

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La suite parachève ce portrait pathologique de l’Amérique sur un espace davantage balisé (la famille bourgeoise dysfonctionnelle, le soldat victime de syndrome post-traumatique, la secte qui hante les bois, etc) mais Aster parvient toujours à relancer l’intérêt en ne quittant jamais des yeux son véritable sujet – c’est-à-dire sa propre névrose obsessionnelle qui tourne autour de l’impossible réhabilitation de l’amour filial. Une névrose faite film, donc, et qui prend douloureusement chair à travers Joachin Phoenix, véritable punching-ball humain… Ari Aster semble justement se jouer de l’aura actors studio de ce pénible comédien pour la réduire à néant – Beau n’étant qu’une créature cartoonesque passablement horripilante et geignarde.

À ce titre, le film pourrait s’appeler : « L’homme blanc, suite et fin. » tant il s’attache à ruiner d’emblée tout espoir de rédemption. D’ailleurs, le film tout entier prend beaucoup de plaisir à déjouer les attentes, jusqu’à cette confrontation finale sans cesse repoussée : celle avec la mère, cette inévitable matriarche aux cheveux rouges qui travaille l’inconscient occidental depuis l’aube des temps.


BEAU IS AFRAID (2h 59min), d’Ari Aster, Avec Joaquin Phoenix, Nathan Lane, Amy Ryan

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