Claude Chabrol disait de Fritz Lang que le hors-champ n’existait pas chez lui, qu’il n’y avait rien en dehors du cadre, que le monde y était contenu tout entier. On pour- rait presque définir ainsi le cinéma de Jaime Rosales. Dans Les Tournesols sauvages, on suit Julia, jeune mère cherchant chaussure à son pied, et le premier chapitre – qui renvoie à leur nullité Anatomie d’une chute et L’Amour et les forêts – la voit choisir un musclor désaxé. Le second la rejette dans les bras du père de ses enfants, militaire à Melilla. Le troisième ramènera la voix insinuante de la raison.
Lire aussi : [Cinéma] Anatomie d’une chute : Cannes dans le caniveau
Cette progression est traitée avec un prosaïsme révélé, où le romanesque étiolé ne laisse que la trame nue et insatisfaisante de la vie. Si le dernier film de Rosales n’égale pas son chef-d’œuvre, La Soledad (2007) – où l’on trouve l’une des morts les plus simples et terribles jamais vues sur un écran – il laisse un malaise persistant chez le spectateur. Il n’y a devant nous plus que la réalité, et même elle ne semble plus certaine d’exister.
LES TOURNESOLS SAUVAGES (1H47), de JAIME ROSALES, avec Anna Castillo, Oriol Pla, Quim Ávila, en salles le 2 aout.





