On est rarement confronté à l’œuvre de toute une vie, et c’est ce qui arrive devant Mad God, que Phil Tippett, concepteur d’effets spéciaux pour le gotha (Spielberg, Verhoeven) a assemblé patiemment, par segments, depuis trente ans. L’univers dépeint est une cosmogonie gnostique d’après l’Apocalypse où air et eau se confondent. Un plongeur nommé l’Assassin recherche un élu à naître parmi de dantesques tableaux de prédation, où à peu près toutes les créatures croisées sont boulotées par plus grosses qu’elles le plan suivant.
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Quasi-muet, le film étonne et épuise, parfois dans le même mouvement. L’animation en stop-motion parcourt tout le spectre du genre, des ombres chinoises de Lotte Reiniger (Les Aventures du prince Ahmed, 1926) aux micro-claustrophobies des frères Quay. Dans le dernier tiers, un corbeau aux doigts crochus, lévitant dans sa cage à oriflammes, conduit une larve à un baptême qu’on devine spécial. La presque entière beauté de Mad God est contenue dans son voyage.
MAD GOD (1h24), de PHIL TIPPETT, film d’animation, en salles le 26 avril





