Certains films insatisfaisants travaillent plus que d’autres qui semblent pourtant meilleurs. Leur inachèvement les rend perfectibles en pensée, comme si le spectateur voulait combler les manques et appréciait ce travail le rendant plus actif. C’est le cas de Clair-obscur (Passing en VO), premier film de l’actrice Rebecca Hall, et à ce titre une promesse, quoique imparfaitement tenue.
Tout – depuis le titre – est passionnant dans Passing, mais peine à s’ancrer dans un récit qui captiverait vraiment ou une incarnation franche. Adaptée d’un roman de Nella Larsen, première romancière afro-américaine à obtenir une bourse Guggenheim en 1930, l’histoire déjà peu commune part d’une pratique documentée assez éloignée de nos mœurs européennes, le « passing », soit le fait de s’identifier blanc tout en étant noir (ce qui n’est bien sûr possible qu’à condition d’avoir une carnation plus claire qu’obscure). Irene, femme de médecin à Harlem, retrouve ainsi son amie d’enfance Clare, orpheline se faisant passer pour blanche et qui a fait un beau mariage avec un barbu raciste (il la surnomme Neg, abréviation du N word, en raison de son teint point trop d’albâtre). L’essentiel du film va se jouer entre les deux femmes, le transfuge de race cherchant à reconquérir son ancienne amie qui la tient à distance, avant de l’accepter pour le meilleur et pour le pire.
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Plus d’une fois, on se prend à rêver de ce qu’un grand cinéaste aurait fait d’un pareil argument, et tout particulièrement Claude Chabrol puisque Clair-obscur existe au centre d’un triangle imaginaire entre Betty, les Biches et le Cri du hibou, même si vampirisme féminin, saphisme et voyeurisme destructeur sont autrement plus « passés » et délavés chez Hal (le lesbianisme, notamment, flotte comme une possibilité plus mort-née qu’avortée).
Il apparaît vite que la réalisatrice est tétanisée par son sujet qu’elle désactive au moyen d’une photo m’as-tu-vu, noir et blanc à la fois saturé et flottant avec un abus déraisonnable de flous. Le premier plan sur un macadam laiteux s’obscurcissant lentement rappelle le début du Carol de Todd Haynes, drame saphique à décongélation inachevée, et le dernier – zoom arrière au drone sur fond de lieu du crime – évoque assez clairement l’idéal esthétique de Hall : une boule à neige. L’attention portée à la surface de l’écran détourne des affects rarement développés et comme tenus en réserve. La bourgeoisie de Harlem est rendue en cocon semi-dysfonctionnel que le racisme n’atteint que par ricochets. Tout le film peut se voir au travers de la prise de conscience retardée et douloureuse du personnage principal qui découvre un statut dévalorisant. Parvenue au climax, la réalisatrice ne parvient pas à être tranchante et multiplie les plans inutiles, comme si elle voulait se désolidariser du drame et de son toupet de l’avoir traité.
Clair-Obscur de Rebecca Hall et Nella Larsen, avec Tessa Thompson, Ruth Negga, Andre Holland, sur Netflix depuis le 10 novembre





