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Congrès de la CDU : on demande une boussole

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Publié le

21 décembre 2020

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Le congrès de la CDU prévu le 15 janvier à Stuttgart doit élire un nouveau Président du parti. L’Union (CDU et CSU) étant actuellement le pivot incontournable de toute coalition gouvernementale, cela veut dire qu’il désignera son candidat à la chancellerie et, si la CDU-CSU sort victorieuse des élections de 2021, le futur chancelier de l’Allemagne fédérale. L’événement est à la fois historique (fin de l’ère Merkel) et dérisoire (la succession ne s’annonce pas disruptive).
Merkel

Il y a eu un premier ratage : après son élection au congrès de décembre 2018, Annegret Kramp-Karrenbauer, la candidate d’Angela Merkel, n’a pas réussi à établir son autorité sur le parti et déclaré en février qu’elle renonçait. Depuis, la direction du parti est un bateau ivre. Un nouveau congrès a été fixé en avril, mais il a été repoussé pour cause de pandémie (deuxième ratage). Celui de janvier s’annonce cocasse : réduit à une journée, badges couineurs à moins d’un mètre cinquante de distance, congrès en ligne en cas d’aggravation de la contamination. Plus grave, il n’y aura pas de débat sur le programme du parti avant la campagne pour les élections générales de 2021. Il se réduit à un concours de beauté entre les candidats.

Les 1001 délégués des fédérations régionales de la CDU décideront. L’heureux lauréat est quasi assuré d’être le successeur de Merkel. Mais le choix est-il si important ? On a dit que dans les circonstances actuelles, un mannequin serait élu président et dans la foulée chancelier. Le système politique allemand, qui est une émanation des grands partis actuellement en crise, ne favorise pas l’originalité, l’imagination, l’audace ou la rupture.

Du Merkel sans Merkel ?

Trois candidats se sont déclarés : Norbert Röttgen, Armin Laschet et Friedrich Merz. Trois hommes de l’Ouest, catholiques, quinqua-sexagénaires (après l’interminable règne d’Angela Merkel et le passage-éclair d’AKK), dont deux apparatchiks de la CDU du plus gros Land de la RFA, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (un ancien patron de la CDU du Land et son premier ministre actuel), et Merz en a été député. Or ce Land envoie au congrès un bon tiers des délégués. Adieu l’Est incontrôlable et son élue mal aimée, retour à l’Ouest rassurant d’Adenauer et Kohl. Aucun des candidats n’attaque (plus) la chancelière encore en poste, qui a survécu à toutes les crises et reste populaire dans les sondages. À part leurs caractères, les différences ne sautent pas aux yeux. Merkel l’a rappelé, la doxa des « valeurs » est intouchable.

Friedrich Merz, Armin Laschet et Norbert Röttgen / © Romée de Saint-Céran pour L’Incorrect

Friedrich Merz, un économiste ultralibéral, attaché aux valeurs traditionnelles, classé à droite de ce fait, séduit le fameux Mittelstand. Solitaire et impulsif, il a affronté dans le passé la chancelière. Elle l’a viré de la présidence du groupe au Bundestag en 2002, et après un passage par les affaires qui l’a passablement enrichi, il a critiqué la politique migratoire de Merkel en 2015 et affronté en décembre 2018 sa dauphine désignée AKK, qui l’a battu de peu pour la direction du parti. Il croit son heure venue. Il s’est recentré peu à peu. Il cultive la base de la CDU. C’est un atlantiste convaincu. Il dénonce « l’extrême gauche autant que l’extrême droite », mais il veut gagner des électeurs à droite.

Armin Laschet, le centriste absolu (« chrétien, mais pas conservateur ») et partisan de Merkel, est le patron de la CDU en Rhénanie-du-Nord-Westphalie et il met en avant sa gestion « pragmatique » de la région, pour suggérer qu’il gèrerait aussi bien l’Allemagne entière. Il est pour un dialogue avec les musulmans (« Türken-Armin »), mais sans le voile, et laxiste sur l’immigration. Il verrait bien un gouvernement avec les Verts.

Norbert Röttgen a été ministre de l’Environnement du Bund et a fait perdre son parti aux élections régionales de son Land (Rhénanie-du-Nord-Westphalie). Il se veut centriste, écologiste, il est laxiste sur l’immigration, pour une « ouverture au monde et une société solidaire » (donc centre-gauche). Il est atlantiste (Otan, Bilderberg), européiste (renforcement de l’UE), et pour des interventions de la RFA à l’extérieur.

Lire aussi : Jérôme Rivière : « C’est très clairement Angela Merkel qui a refusé que ces sanctions contre la Turquie soient prises »

Trois candidats finalement peu exaltants et peu convaincants – mais c’est un peu la loi du système : panne d’idées, platitudes ressassées, certitudes éculées, prudence surjouée, obsession centriste jusqu’à la nausée. En gros, peu de changement dans la continuité, si ce n’est le facteur personnel : le départ d’Angela Merkel peut redresser un peu la CDU dans les Länder de l’Est, tant elle y a polarisé la détestation, et faire reculer (espère-t-on) l’AfD. Mais qui peut à la tête de la CDU avoir une autorité molle et une habileté politicienne aussi efficace dans une époque qui change ?

Les non-candidats en réserve

Devant ce morne paysage, deux hommes attendent leur heure : les candidats des sondages. Ce sont aussi des hommes de parti. Markus Söder, l’actuel chef de la CSU et Premier ministre de Bavière (mais protestant), autre quinquagénaire, s’est fait une réputation nationale par sa gestion draconienne de la pandémie dans son Land, avant qu’elle redémarre. Il a fréquenté Viktor Orban et défend « les crucifix, pas les voiles » dans les écoles, a osé dire que la croix, « signe de l’identité et du mode de vie des Bavarois », fait partie du patrimoine allemand, et pas l’islam. Merkel l’accusait de courir après l’AfD, il lui renvoie d’être à la remorque du SPD. Il est plus ferme en paroles sur l’immigration. Mais la CSU s’est bien recentrée depuis la crise migratoire de 2015, et lorgne même vers les Verts. Söder fulmine contre l’AfD, qui a grignoté son parti aux élections de 2017 et 2018. Il s’est rapproché de Merkel. Les sondages le donnaient récemment candidat préféré à la chancellerie. Les deux groupes de l’Union pourraient s’accorder sur son nom si le nouveau président de la CDU ne faisait pas l’affaire.

Markus Söder et Jens Spahn / © Romée de Saint-Céran pour L’Incorrect

Jens Spahn est le petit jeune ambitieux (tout juste 40 ans). Catholique, député CDU (encore un Rhénan-du-nord-westphalien), actuellement ministre de la Santé (un peu critiqué pour sa gestion du virus). Il est arrivé troisième à l’élection pour la présidence du parti en décembre 2018. C’est un atlantiste mondialiste (Atlantikbrücke, Bilderberg). Il est marié à un homme, mais assez conservateur par ailleurs (il se pose en « conservateur moderne »). Il a critiqué la politique migratoire de la chancelière. Ses « amis » lui disent qu’il peut passer son tour cette fois. Spahn a une cote de popularité de plus de 50 % (Merz 39, Laschet 31 et Röttgen 28), mais il est au gouvernement, Söder a 59 %, et ces classements reflètent surtout la notoriété et fluctuent pour un rien. Et ce sont les délégués au congrès qui décident.

Que faut-il attendre de ce congrès d’un « bateau sans gouvernail », de ce congrès de l’incertitude et de la navigation à vue ? Pas de coup de barre à droite en tout cas (la minorité vraiment conservatrice est suspecte de faiblesse envers l’AfD). Continuation d’une ligne centriste, ligne rouge face à l’AfD, maintien de l’économie de marché à correctif social, atlantisme, européisme tendance Bruxelles, « modernité », « esprit d’ouverture », « valeurs » humanitaires, responsabilité particulière en raison du passé, et concessions aux modes sociétales et écologistes, juste ce qu’il faut pour ne pas provoquer la rupture d’une partie de l’électorat qui partirait à droite, ni un éclatement de la Grande Coalition avec le SPD, et pour freiner la montée des Verts ; agenouillements devant les médias de gauche lourdement dominants enfin. Un parti plus trop « conservateur », donc, si ce n’est dans sa base électorale. Et cela a plutôt bien fonctionné jusqu’ici, pour trois raisons.

Les Allemands, surtout à l’Ouest, n’aiment pas le changement, s’accommodent de leur prospérité, de leur liberté et de leur sécurité sous le régime des grands partis presque interchangeables

D’abord, la CDU ne gouverne seule ni le Bund, ni aucun Land. Elle n’est au pouvoir que dans 6 Länder sur 16 (7 avec la CSU en Bavière), où elle le partage avec le FDP, ou le SPD et les Verts. Ces quatre partis de gouvernement sont dans une situation d’interdépendance. La CDU se soumet ainsi au chantage de la gauche (SPD, Verts, et même Die Linke, le parti postcommuniste). C’est le système politique actuel de la RFA.

Ensuite, dans cette succession de cliquets- garde-fous qui fragmentent et verrouillent le vote populaire depuis la fondation de la RFA sous la houlette des Alliés occidentaux en 1949 (carrière dans le parti, désignation par le parti, nombre de députés des partis au Bundestag, accord de coalition entre les partis du Bundestag, élection du chancelier par le Bundestag), les partis dits de gouvernement restent les maîtres du jeu. Pas d’élection directe de l’exécutif, pas de référendum, pas de pluralisme inconditionnel.

Les Allemands, surtout à l’Ouest, n’aiment pas le changement, s’accommodent de leur prospérité, de leur liberté et de leur sécurité sous le régime des grands partis presque interchangeables. Cela marche dans les époques calmes et dans un monde consensuel. Mais la société allemande se divise, les générations passent, et avec l’usure des vieux partis, la crise de la mondialisation et les tempêtes migratoires qui se sont levées, tout peut changer.

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