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Convoi de la Liberté : les Gilets jaunes renfilent la veste

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Publié le

9 février 2022

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À quelques mois d’une élection présidentielle probablement teintée d’abstention record, le politique continue à se reconfigurer hors des cadres établis.
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Selon l’expression consacrée, « les minorités agissantes font les révolutions ». Il semblerait que les minorités roulantes aient pris le relais. Dernier exemple en date au Canada, où le « Convoi de la Liberté », lancé à l’initiative de routiers opposés aux mesures sanitaires liées au Covid, paralyse Ottawa. Un mouvement qui fait des émules en France, puisqu’un convoi similaire devrait rejoindre Paris le week-end du 13 février.

Avant eux, les Gilets jaunes avaient constitué un autre mouvement « routier », occupant des ronds-points, arborant le désormais célèbre gilet jaune de sécurité, pour dénoncer pêlemêle l’augmentation du prix des carburants liée à la hausse de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques. L’abaissement de la vitesse maximale autorisée à 80 km/h sur certaines routes avait aussi joué son rôle. Outre l’asphalte, ces deux mouvements ont en commun leur spontanéité et de trouver leur origine sur les réseaux sociaux. Les principales pages Facebook françaises du Convoi de la Liberté comptent déjà près de 300.000 abonnés. Le mot clé #ConvoidelaLiberté est également en tête des tendances sur Twitter. L’absence de leader désigné et de recours aux syndicats finit de sceller les similitudes entre ces deux mouvements, alors que de nombreux Gilets jaunes soutiennent le Convoi de la Liberté.

En d’autres termes, le peuple ne vote pas avec ses pieds par ignorance ou bêtise, il sait au contraire très bien à quoi s’attendre

Si les deux initiatives ne partagent pas les mêmes revendications à trois ans d’écart, et que la situation est incomparable entre la France et le Canada, ils illustrent pourtant pareillement la reconfiguration à l’œuvre du politique hors des sentiers établis. Ces mobilisations spontanées populaires contredisent en effet l’analyse sociologique classique de la forte abstention aux dernières élections comme une désaffection du politique, et illustrent au contraire une forte demande politique associée à une espérance quasi nulle du corps politique établi à répondre aux attentes des Français. Alors que les réseaux sociaux offrent un nouvel espace d’expression politique désinhibé.

En d’autres termes, le peuple ne vote pas avec ses pieds par ignorance ou bêtise, il sait au contraire très bien à quoi s’attendre. La proéminence du référendum dans les revendications, en 2018 comme aujourd’hui, illustre un désir d’exprimer des attentes politiques de manière moins intermédiée. En France, on peut ainsi considérer Le Convoi de la Liberté comme une réplique sismique des Gilets jaunes.

Lire aussi : Canada : le « Convoi de la liberté » ou les invasions barbares

Ce mouvement n’est pas uniquement canadien ou français. Le convoi du 13 février prévoit ainsi de passer par Paris pour atteindre une autre destination tout autant symbolique le 14 février : Bruxelles, y rejoignant d’autres convois venus d’Europe. Des initiatives comparables ont été observées aux Pays-Bas, en Allemagne, ou en Australie. Le politique à l’inverse ignore comment répondre à ces revendications, à l’image du gouvernement fédéral canadien, totalement paralysé devant la situation, comme avait pu l’être le gouvernement français en 2018, lorsque les fenwicks étaient au porte des ministères, avant de lancer une offensive policière qu’on aurait aimé voir si répressive dans d’autres situations.

L’histoire politique américaine récente, la remarque d’Hillary Clinton sur les « déplorables », en particulier, nous rappelle le coût politique à ignorer de telles aspirations citoyennes. À quelques mois de l’élection présidentielle française, on peut gager que l’absence de réponse à ces mouvements, à minima de considération, se traduira nécessairement par la confirmation de l’abstention comme premier parti de France.

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