Après deux courtes mandatures de deux ans pour la première (2015-2017) et de trois ans pour la seconde (2018-2021), la majorité nationaliste rassemblée sous le pacte de mandature « Per à Corsica » est partie en ordre dispersé. Quatre listes nationalistes (deux autonomistes et deux indépendantistes) étaient présentes et malgré l’adversité incarnée par le maire d’Ajaccio, Laurent Marcangeli, c’est une nouvelle fois Gilles Simeoni, le président du Conseil exécutif qui est sorti grand vainqueur de ce premier tour des élections territoriales en obtenant plus de 29% des suffrages exprimés.
Dénommées « élections territoriales » en Corse depuis la mise en œuvre du second statut particulier de l’île défini par la loi Joxe de 1992, elles comportent certes des similitudes mais aussi des différences notables avec les élections régionales de la France continentale. Depuis le 1er janvier 2018 et du fait de la loi Notre, l’ancienne région « Collectivité Territoriale de Corse » et les deux conseils départementaux de la Haute-Corse et de la Corse du Sud ont fusionné pour créer la Collectivité de Corse. Une collectivité unique qui gère des compétences comme les transports et ses infrastructures routières, ferroviaires, maritimes et aériennes, le tourisme, le développement économique, l’entretien du patrimoine scolaire, l’action sociale pour 350 000 habitants. Dans ce qui est la collectivité la plus décentralisée de France, le président du Conseil exécutif dispose évidemment de pouvoirs plus étendus qu’un président de région lambda même si son influence reste limité et même si l’Assemblée de Corse n’a jamais obtenu de l’État la possibilité de légiférer, y compris pour des questions mineures comme la taxation du mouillage sauvage notamment. À l’inverse, au fil du quinquennat de Macron, les relations se sont considérablement dégradées entre la Corse et Paris. Le chef de l’État préfère aborder la place des régions dans le cadre de la déconcentration plutôt que de la décentralisation. En clair, il vaut mieux prendre les décisions avec les préfets qu’avec les exécutifs régionaux élus pour éviter d’en rendre certains plus présidentiables en 2022…
Depuis le 1er janvier 2018 et du fait de la loi Notre, l’ancienne région « Collectivité Territoriale de Corse » et les deux conseils départementaux de la Haute-Corse et de la Corse du Sud ont fusionné pour créer la Collectivité de Corse
Dans ce contexte et dans un monde tout juste déconfiné, les Corses ont également participé à élire leurs nouveaux représentants régionaux, nommés conseillers territoriaux. Dimanche, on connaîtra les 63 prochains noms qui s’installeront à l’ancien hôtel Grandval d’Ajaccio, un bel édifice du début du XXe siècle qui est le siège de l’Assemblée de Corse. Dix listes étaient en présence dont quatre nationalistes, une écologiste, une de centre-droit, une de centre-gauche soutenue par LREM, une communiste, une RN et enfin une souverainiste. Fidèles à la tradition, les Corses n’ont pas boudé les urnes, contrairement à la tendance nationale. 58% des insulaires ont effectué leur devoir électoral, un chiffre à faire pâlir d’envie Thierry Mariani, Renaud Muselier, Laurent Wauquiez, Carole Delga, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et consorts. Évidemment, la démographie n’est guère comparable puisque l’île ne compte que 350 000 habitants pour environ 239 000 électeurs.
Fidèles à la tradition, les Corses n’ont pas boudé les urnes, contrairement à la tendance nationale.
Avec 29% des suffrages, la liste Fà Populu Inseme conduite par Gilles Simeoni sera donc la grande favorite pour remporter le second tour de scrutin et conduire les affaires publiques de l’île lors des sept prochaines années. Charismatique, audacieux, bénéficiant d’un réseau n’ayant de cesse de s’agrandir, l’homme fort du nationalisme est à présent l’homme fort de la scène politique corse, d’autant que son pari de faire cavalier seul sans les soutiens de l’indépendantiste et président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni et du maire de Porto Vecchio, Jean-Christophe Angelini, auraient pu lui coûter les voix au sein d’une famille divisée. Il n’en a rien été et au contraire, l’électorat nationaliste dans son ensemble a fortement progressé depuis 2017, passant de 50 à 60% en l’espace de quatre ans. Ainsi, pour ce second tour, trois listes étaient en position de se maintenir, celle de Gilles Simeoni (29%), celle de Jean-Christophe Angelini (13%) et celle de Core in Fronte (8%) menée par Paul-Félix Benedetti, l’autre courant indépendantiste qui a réussi à s’ancrer dans le paysage. La dernière, celle de Corsica Libera a échoué pour une cinquantaine de voix à atteindre la barre fatidique des 7% pour se maintenir au second tour. Pour ne pas disparaître de l’échiquier, Corsica Libera a réussi à trouver un accord de fusion avec la liste d’Angelini au bout de plusieurs heures de tractations.
La chute se poursuit à droite, la gauche est au cimetière des éléphants
L’érosion de l’électorat lié aux partis traditionnels en Corse n’a de cesse de se creuser. Autrefois hégémoniques, la droite et la gauche réalisent à présent à peine 35% des voix si l’on prend en compte les votes communistes. Avec 24%, la droite résiste mieux que la gauche qui récolte avec deux listes (LREM et PCF) à peine 9% des suffrages exprimés. On pourra toujours parler des 3% réalisés par la liste écologiste mais ses représentants sont aussi des sympathisants autonomistes. Ce premier tour a suscité de la déception chez les partisans du maire d’Ajaccio. Se voyant incarner la seule alternative à Gilles Simeoni, Laurent Marcangeli n’a pas su franchir le cap de la gestion à l’espoir.
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Misant sur un discours techno destiné à séduire les maires, il n’a pas été suffisamment entendu au sein d’une population qui attendait sûrement des mesures plus concrètes en termes de pouvoir d’achat et de cherté des prix du carburant. Privé du soutien des LR de la Haute-Corse pour mésentente avec François-Xavier Ceccoli, le président de la Fédération départementale, par ailleurs agriculteur reconnu et fortement impliqué dans l’action sociale avec des initiatives intéressantes comme la banque alimentaire pour les plus démunis ou encore avec Francis Giudici, le maire tout terrain de Ghisonaccia, Laurent Marcangeli semble avoir accumulé les erreurs de stratégie en positionnant sa liste vers un centre-droit libéral, en posant avec Édouard Philippe alors que les Corses sont avant tout attachés à un conservatisme latin des plus fermes. Pour preuve, les listes de gauche toutes aussi progressistes doivent elles se résoudre à disparaître.
Présence sur le terrain, discours sur les valeurs et l’identité, forte base militante, voici les trois raisons à chaque élection du succès des nationalistes en Corse. Le reste étant de la littérature !





