La Coupe du monde de foot féminin, organisée par l’Australie et en la Nouvelle-Zélande, commence le 20 juillet prochain mais n’a toujours pas trouvé de diffuseur dans plusieurs pays d’Europe et notamment en France – même si un accord avec M6 et France Télévisions semble se profiler. Une situation qui a inquiété au plus haut niveau puisque début juin, la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra et quatre de ses homologues européens publiaient un communiqué pour demander à la FIFA et aux diffuseurs de trouver une solution. « En raison du fort potentiel de cette compétition et des enjeux sportifs et sociétaux qui s’y rattachent, nous considérons qu’il est de notre devoir de mobiliser pleinement toutes les parties prenantes afin qu’elles parviennent à trouver rapidement un arrangement. »
Il existe évidemment un problème d’horaires. « Ce sont les pires créneaux horaires pour les diffuseurs européens et français, en particulier » juge Vincent Chaudel, le cofondateur de l’Observatoire du sport business. De plus la période de diffusion (juillet-août) est une période particulièrement creuse au niveau de l’audience. Mais le mal est bien plus profond.
Foot féminin sans le sou
La Fifa serait-elle trop gourmande, comme l’a déclaré Oudéa-Castéra ? « Nous considérons comme une obligation morale et juridique notre refus de brader la Coupe du monde féminine. » annonçait son président Gianni Infantino. Il se dit que la FIFA réclamait entre 15 et 20 millions d’euros. Ne trouvant pas de diffuseurs, elle aurait accepté l’offre des chaînes M6 et France Télévisions à environ 10 millions d’euros. Une somme proche de ce qu’avait déboursé TF1 pour obtenir les droits télé du dernier Mondial féminin, qui s’est déroulé en France.
« Pour ce qui est du football féminin, il n’existe aucun marché en tant que tel, dans la mesure où ce sport reste extrêmement confidentiel à l’échelle mondiale »
Jérémy Bouhy
Pour Jérémy Bouhy, « le système de diffusion du sport à la télévision obéit aux lois du marché ; il est donc tout à fait normal que les chaînes refusent de payer pour retransmettre un spectacle qui n’intéresse pas les Français ». Effectivement, le football féminin manque d’attractivité et de rentabilité, surtout par rapport au football masculin. Ainsi, le mondial masculin de 2018 a rapporté à la Fifa plus de 4 milliards de dollars pour un investissement de 2 milliards, très loin devant les 73 millions de dollars remportés pour 30 millions de dollars investis lors de l’édition féminine de 2015, selon Statista. « Pour ce qui est du football féminin, il n’existe aucun marché en tant que tel, dans la mesure où ce sport reste extrêmement confidentiel à l’échelle mondiale » poursuit Jérémy Bouhy. « La différence est évidente même s’il faut mettre un bémol quant au marché de la retransmission du football masculin, qui répond aujourd’hui à une absence de contrôle et de régulation qui à mon avis fait peser un danger mortel sur le football mondial. »
Le football féminin n’a pas encore trouvé de modèle économique. D’après l’économiste Richard Duhautois, le foot féminin serait déficitaire. Ce que confirme Jérémy Bouhy : « Le nouveau propriétaire de l’Olympique lyonnais John Textor le dit lui-même : la section féminine de l’Olympique Lyonnais accuse déficit structurel annuel (donc récurrent) de 12 millions d’euros. C’est absolument hallucinant ! ». Les droits TV pour la diffusion des matchs de D1 féminine ne sont que de 1,5 million par an (contre 734,5 millions pour les hommes). Leurs revenus viennent principalement des subventions de la fédération. Les chiffres montrent que la population française n’est pas réceptive à ce sport, notamment sa moitié féminine qui représente moins de 10 % des supporters dans les stades. Dès lors, les écarts de salaire ne sont plus étonnants. En Ligue 1, le salaire mensuel médian est d’environ 40 000 € tandis que pour son équivalent féminin, le salaire moyen n’est que de 2 500 €. La joueuse qui possède le plus gros salaire en France est l’internationale française Marie-Antoinette Katoto (PSG) avec 50 000 € mensuels brut – très loin derrière les 6 millions d’euros de Kylian Mbappé (PSG).
Le foot féminin à la ramasse
C’est que le football féminin est bien moins qualitatif que d’autres sports féminins pour Jérémy Bouhy. « La légende du sport français a été écrite par des femmes autant que par des hommes ; nous sommes des millions à avoir rêvé et vibré grâce à Marie-Jo Perec, Laure Manaudou, Amélie Mauresmo, Carole Merle, Florence Artaud et tant d’autres. A titre personnel, le sport que je regarde le plus aujourd’hui est le biathlon, et je dois dire que les courses féminines me passionnent autant que celles des hommes. J’aime aussi regarder un bon meeting ou championnat d’athlétisme et prend le même plaisir à voir concourir les hommes et les femmes ; pareil pour le judo, le ski et la natation… en fait la quasi-intégralité des disciplines olympiques. »
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Mais il n’en est pas de même pour le football : « En revanche, le foot féminin (et le Tour de France féminin, le tournoi des VI Nations de rugby féminin) me laissent aujourd’hui totalement indifférent. Et je ne pense pas être le seul dans ce cas. » Rappelons à titre d’exemple que les septuples championnes d’Europe de l’OL se sont fait battre sur le score de 7-0 par les U16 du même club. Un autre exemple, en 2017, c’est la victoire 5-2 de l’équipe masculine des moins de quinze ans de Dallas face aux triples championnes mondiales des États-Unis.
Du matraquage idéologique
Pourtant, un certain féminisme aimerait créer un engouement artificiel pour le foot féminin au nom de l’idéologie égalitaire. « C’est une faute de nos gouvernants, en premiers lieux celle d’Amélie Oudéa Castera, qui est une ministre des Sports absolument épouvantable, obsédée par l’inclusion, le féminisme politique, le métissage, l’Ukraine, le handisport, le réchauffement climatique, et toutes les lubies de femmes blanches névrosées. Ses sorties récurrentes pour enjoindre les chaînes à diffuser du sport féminin ou les Jeux paralympiques relèvent effectivement de l’idéologie. »
De fait, en mars dernier, notre ministre des Sports a déclaré qu’elle souhaitait revoir la liste des« évènements d’importance majeur » que la loi oblige à diffuser. Amélie Oudéa-Castéra a déclaré qu’un décret dans ce sens serait publié vers « l’automne 2023 ». La nouvelle liste aura pour but d’avoir « à la fois les finales de Coupe du Monde de rugby et de foot pas seulement masculines, mais féminines qui seront protégées », « de même que la Ligue des Champions et le Tour de France féminin ». Et gare à ceux qui refuseraient de regarder !





